‹ Histoire d' AngleterreChapitre 13 sur 307 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

du corps. Lorsque l'exécuteur la releva, les muscles du visage s'étaient tellement contractés, que les traits n'étaient plus reconnaissais. Il s'écria, selon l'usage: « Vive la reine Elisabeth ! »

h Ainsi périssent tous ses ennemis ! » ajouta le doyen de Peterborough.

« Ainsi périssent tous les ennemis de l'Évangile! » s'écria, d'une voix forte, le fanatique comte de Kent.

Pas une autre voix ne s'éleva pour y répondre. L'esprit de parti avait fait place a l'admiration et à la pitié (1).

Avant l'exécution de Marie, Êlisalelh avait balancé entre la crainte de l'infamie et le plaisir de la vengeance. l*e coup actuellement était frappé : sa haine était satisfaite, et elle espérait échapper à la honte en se couvrant du prétexte d'une feinte ignorance. I,c lecteur se rappellera que Davison, au lieu de dépêcher le warrant immédiatement après qu'il eut été signé, le retint jusqu'au matin suivant. Il en avait instruit la rcin<\ mais elle eut soin de ne pas renouveler son ordre : elle laissa même six jours s'écouler sans en faire aucune mention; et*cnfin , quand on vint lui en annoncer l'cxé-

(1) ISous avons plusiruru récit» intéressant* de l'exécu- i tion de la reine d'Écosse par des témoin» oculaires; la , dépêche officielle du cumie de Sbrewsbury, qui a été < publiée par Robertson, h, App. iviii; un autre par | H. W. a l'usage de lord Burgbley, publié par Hr-arne, | dans la préface de Camden , cm , et par Howard , écuyer , dans ses anecdote* de la famille Howard , 30- 66; et un troisième, beaucoup plus circonstancié par un des domestiques de Marie, dans Jrbb , it, 611 , 641. Le corps fui embaumé* le même jour en présence de Paulet et du shérif, par un médecin de btamford et le chirurgien du village. Il fut ensuite déposé dam un cercueil de plomb, et resta six mois dans la mène chambre, jusqu'au Ie' août, époque à laquelle Élisabeth ordonna de l'enterrer, avec toute la pompe royale , dans l'église de l'abbaye de Peler borougb. Les domestiques de Marie avaient été retenus comme prisonniers à Fotberingay. lia furent alors mis en liberté, et ceux qui étaient français se rendirent a Londres , aân de retourner dans leur pairie; mai* il* furent détenus durant une quinzaine, jusqu'à ce que Nau , qui se trouvait en sûreté dans la maison de Walsingbam, eût le temps de débiter tes contes, on peut-être ceux qui lui furent tuyères par le I secrétaire , afin de iromper la cour de France. Le corps de Marie, après être resté vingt-cinq ans a Peterborough, fui transféré a Westminster, par ordre de Jacques, 1 1 oct 1612. Voyez Jfbb., n , «1 , 649-661. Uearne's Camden, clxx-cliiv. [

eut ion, elle affecta la plus grande surprise; elle protesta qu'elle le croyait toujours entre les mains de Davison; elle fondit en larmes , fit de grandes lamentations; et, quand l'excès de son chagrin fut un peu calmé, elle menaça de sa vengeance les ministres qui avaient abuse de sa confiance, qui avaient usurpe son autorité , et, A son insu , ou sans son consentement, avaient mis à mort sa bonne sœur la reine d'Écosse. Cette dissimulation imposa peut-être à la multitude; mais la proposition secrète qu'elle avait faite à Paulet, quelques jours avant, doit prouver que , si elle s'affligea , ce ne fut point de ce que Marie avait péri , mais de ce qu'elle * avait été exécutée en public, en vertu d'un arrêt signé de sa main , portant le grand sceau.

Quelques jours , cependant , s'écoulèrent avant que ?on chagrin réel ou prétendu se manifestât , soit que la reine ignorât ce que tout le monde savait , ou qu'avec son irrésolution accoutumée, elle hésitât à avouer le fait, ou ;ï on rejeter le blâme sur ses conseillers. Le malin après l'exécution, et de bonne heure, elle reçut une missive de lord Shrewsbury (I) (9 fév. ). Elisabeth fit sa promenade ordinaire, et, à son retour, causa longtemps avec don Antonio, le prétendant à la couronne de Portugal. Vers midi, le bruit de la mort de Marie se répandit dans la ville : les cloches annoncèrent cette joyeuse nouvelle, et un grand nombre de feux dissipèrent les ténèbres de la nuit. Quatre jours, toutefois, se passèrent en secrètes consultations, avant que le résultat en fût rendu public (2). Le lundi ( 14 fév. ), les rainis-

(t) Jebb. en donne l'extrait, n, 641. Roberlaon l'a publié tout entière, n, App., xvn.

Çl) Durant ces quatre jours, lord Bockburst présenta un mémoire à la reine. Il soutenait que l'arrestation de Davison provoquerait des propos : que l'on dirait que la reine d'Écosje avait été réellement assassinée; que les lords du conseil passeraient pour des assassins ; que « toute La procédure, depuis le commencement, serait appréciée par la fin , une suite d'actes illégaux tendant à un assassinat ; que I ou ne croirait pas au mépris du secrétaire et à son erreur , ou que si l'on y croyait, le danger ue serait pas moindre ; que le conseil, ayant vu ce warrant, signé de la main et certifié du sceau delà reine , était obligé, par son devoir d'allégeance, de le faire exécuter, même avec toute la rapidité possible ; que le fait du secrétaire, tout étant sans excuse dans l'état de la cause, ne pouvait être puni sans de graves inconvénients. • Mas., Vie de Georges , second comte de Shrewsbury, p. I W.

très furent disgraciés el Da vison conduit à la Tour ; le mardi ( 15 fév. ), Walsingham, absent depuis deux mois, reparut à la cour, et le jour suivant ( 16 fëv.), Elisabeth fit appeler Roger, valet de chambre du roi de France, le pria d'assurer son souverain de son regret de la mort de la reine d'ftcosse, de l'ignorance où elle avait été de l'envoi du warrant , et enfin de sa résolution de punir la témérité de ses ministres. Pour expliquer celte communication tardive, on rapporta que le conseil avait caché la mort de Marie à la reine , qui n'avait appris cet événement que par une conversation fortuite avec une dame de la cour ; 1 ).

Elisabeth, alors, essaj ade prouver la sincérité de ses regrets en mettant ses menaces à exécution. Elle suspendit de leurs emplois les ministres coupables, et leur ordonna de venir répondre à la chambre étoiléc de leur mépris pour son autorité. Mais sa colère s'apaisa insensiblement. Ils reconnurent leur faute en toute humilité, s'excusèrent sur la pureté de leurs intentions, et se soumirent à son bon plaisir. Tous, l'un après l'autre, rentrèrent en charge et en faveur, à l'exception de Davison (2). Il avait niérilé cette dislinction par ses refus constants de se joindre à ses collègues pour persécuter Marie; il avait refusé même, à la prière de la reine, de souscrire à « l'association ; » il avait éludé la tâche d'interroger Babington et sesas>ociés, lorsqu'ils étaient retenus à la Tour ; il s'était absenté lors du procès à Folheringay, quoiqu'il fût désigné comme membre de la commission; et il avait ensuite refusé de signer la condamnation de la reine d'ficossc , comme les commissaires absents l'avaient signée ( 12 mars). Pour ajouter encore a ses méfaits , loin d'imiter la bassesse de ses collègues , il répondit aux questions qu'on lui

'i; Voyez une letire très intéressante Je l'Aubespine â Henri lit, datée du '27 février. Pi. S. dans E(;enoii,7 9, el famden , 539.

(2; !Noui avons plusieurs lettre* deBurnhîey a Êlisabeih pendant «a disgrâce passagère. Au lieu de (te défendre, it se soumet a «a votont , ei cherche â l'apaiser avec de* tente» extrait* de» Écriture». En mar», il fut appelé au conseil pour délibérer sur le* affaire* de Hollande , et la reine prit cette occasion pour l'accuser de u faute. Sa colère fut telle , qu'i l*e retira précipitamment chez lui , <>d il écrivit la lettre la plu» humble et ta plus désirée. Voyez Strype, >ii 371. APP , 144-1*5.

fit en prison, se défendît en accusant indirectement la reine de fausseté , et fit allusion , en tcrmvs obscurs , au message de sa souveraine à Paulc! (|). Toutefois, devant la cour, il agit avec plus de réserve et de prudence. Il répondit aux invectives des avocats de la couronne, qu'avouer la faute serait flétrir sa réputation, que contester avec sa souveraine serait transgresser le devoir d'un sujet; qu'il disait seulement qu'il avait agi dans la persuasion qu'il obéissait aux ordres de la reine; que relativement au reste, il s'en remettait à sa merci. Il fut condamné à une amende de 10,000 livres, et à un emprisonnement à la volonté de la reine. Le trésorier s'empara de ses biens, et la reine, quoiqu'elle vécut encore plus de dixsept ans , ne lui rendit jamais sa faveur. Elle fut sourde à ses pétition* réitérées: le jeune comte d'Ksscx lui-même, au moment de sa plus haute influence, pria vainement pour Davison (2). Elle pensait peut-être, par cette sévérité, convaincre le public qu'elle n'avait pas dissimulé. Elle atteignit certainement un but important, elle ferma la bouche de son prisonnier, que le ressentiment ou l'espoir de venger son innocence pouvait porter ù révéler l'histoire secrète de ses procédés envers Marie, et les indignes artifices et les coupables desseins de sa souveraine.

Il doit paraître surprenant qu'un mois entier

Cl) Pans son interrogatoire, a cette question : 1° Sa Majesté ne vous a-t-elle pas ordonné de tenir le warrant secret , et de n'en parler a personne? Il répoadit qu'elle le lui avait remis sans aucun ordre, ce qii'ilaffirma devant Dieu. 2° Vou* a-t-elle commandé d'y apposer le grand sceau? Il répondit affirmativement , et mentionna telles circonstances, qui , à ce qu'il pensait , rappelleraient cet ordre a la mémoire de la reine. 3° lorsque le Rraud sceau fut apposé , ne vous ordonna-t-elle j>a* , sur votre vie, de ne pas le laisser sortir de vos mains? Il répondit, eu protestant devant Dieu , qu'il ne se ressouvenait pan d'avoir jamais reçu un pareil commandement. 4° Vous at-elle jamais ordonné de le rendre à quelqu'un ? Il répondit que non , mais que routine il n'avait reçu aucune défense , il n'avait pas pensé qu'il dut am'r autrement qu'il n'est d'usage dans des occasions semblable*. Ne \ous at elle pas dit , six ou sept jour* après, qu'elle avait un me Heur expédient à employer? Il répondit : Au reçu de la lettre de M. Paulet , a raison de qu-lquc chose qu'elle connaît mieux que lout autre, elledit à peu presces mots: Qu'elle saurait faire se* affaires d'une autre manière ; mats quant au détail, je le laisse a sa mén oire. Sirvpe, m, 375.

(2)Cabala, 21>9-232 Camden , 510-445.

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