CHAPITRE IX
L'assassin, dans ses divers interrogatoires , persista à dire qu'il n'avait aucun complice, que le patriotisme avait guidé sou bras, et que la religion avait sanctionné l'attentat. Quand le comte de Dorset le menaça de la torture : «Je suis prêt, répliqua-t-il ; mais je dois vous dire en passant que , dans ce cas, milord de Dorsel, je vous accuserai, et n'accuserai que vou6 seul. > Charles voulait qu'on lui donnât la question ; mais les dernières démarches du parlement avaient donné aux juges une leçon salutaire (13 nov.), et ils répliquèrent à l'unanimité que la torture n'était pas justifiable (27 nov.), d'après les lois d'Angleterre. A la barre, Felton s'avoua coupable, et en étendant son bras , il s'écria : « Voici l'instrument qui a commis l'action. Je désire qu'on le coupe avant mon exécution, s l.a cour lui dit qu'il serait jugé selon la loi, et obtiendrait toute satisfaction. Il subit la punition ordinaire des meurtriers, confessant son erreur et condamnant son crime (1).
La douleur que causa au roi la mort de Buckingham ne l'empêcha pas de porter son attention sur les dangers de La Rochelle. Le commandement fut donné au comte de Liudsay ; et avec lui , mit à la voile Walier Moutague , chargé d'une mission secrète pour le roi de France. Les flottes ennemies se canonnèrent deux jours de suite : Monlaguc débarqua, fut introduit près de Louis, revint proinptemcnt a Londres, et se préparait à retourner, quand La Rochelle se rendit à discrétion. La réduction de cette ville fut pour le monarque français un événement glorieux et avantageux : il mit (in à celte espèce de république indépendante, que les personnes qui professaient la foi réformée avaient élevée dans le sein de la France, et lui donna les moyens de consolider sa puissance sur ses vastes États. Le roi d'Angleterre n'y puisa qu'une source de regrets, et se fil luimême de nombreux reproches. Si les protestants avaient perdu, par sa faute, un de leurs principaux boulevards, il devait en porter le blâme (2).
•ix homme* de Wallinfiford-House à l'église, et suivi par cent personnes en deuil. Tout le chemin était bordé par les milices. fcllis , i , 264 265.
(1) Rush., i, 651, 2,3. Procès «État de Howell, n, 367. Ellis, 2C6, 267, 278, 282.
(2} Mercure français, ht, 67f Bush , i , 647. Ellis,
Ixi nation était à peine revenue de ce choc, quand le parlement s'assembla de nouveau ( 1629 , 30 janv. ). Le roi ordonna aux communes , par un message , de prendre en considération immédiate le bill pour le tonnage et pondage ; mais les patriotes demandèrent la priorité pour les griefs, et les saints pour la religion; les derniers l'emportèrent, et l'on arrêta que «les affaires du roi terrestre feraient place à celles du Roi des cieux. »
On redoutait pour la religion deux sources de dangers, le papisme et l'arminianisme. On avait eu récemment une preuve alarmante des progrès du papisme. De dix individus, accusés d'avoir reçu les ordres dans l'Église de Rome, un seul avait été condamné, et encore avait-on sursis à son exécution. On nomma deux comités, l'un pour rechercher les motifs d'après lesquels les juges avaient refusé d'admettre une partie des preuves apportées au procès, et l'autre pour demander au procureur général de quelle autorité il avait délivré les personnes acquittées, en fournissant caution de comparaître à l'avenir. On ordonna, de plus, que chaque membre communiquerait à la chambre tous les faits venus à sa connaissance , relativement aux efforts pratiqués ou aux ordres donnés, pour arrêter l'exécution des lois contre les prêtres ou les réfractaires de la campagne.
Mais l'arminianisme, qu'on appelait la semence du papisme, était devenu un objet plus alarmant que le papisme même. On avait remarqué que les prélats arminiens fréquentaient la cour; que la faveur royale portait exclusivement sur le clergé arminien, et que Montague, tout dangereux qu'il fût, en raison delà tendance de ses ouvrages à l'arminianisme, avait été élevé à la dignité d evéque de Chicester. Charles, en outre, comme chef suprême de l'Église, avait publié dernièrement une édition autorisée des articles contenant la clause lant contestée, «l'Église a le pouvoir de décréter les rites et les cérémonies, et a autorité en
m, 274. Le Montagne dont on parle ici était Walter, second fils du comte de Manchester. Il embrassa dans la suite la religion calholique , fut abbé comtnendauire de PonloUe , et membre du conseil de la reine régente Anne d'Autriche ; il l'assista à sa mort.
HISTOIRE D'A.NGLKTEl'.RK.
matière de fui; » et il avait ordonné qu'on j C'était marquer son caractère du sceau de îa
n'enseignerait aucune doctrine différente de ces articles, que toutes les controverses relatives à la politique extérieure seraient décidées
,par la convocation du clergé, et que personne ne devait prétendre à expliquer l'article relatif à la rémission des péchés d'une manière contraire aux explications déjà données, ou à le prendre dans un autre sens que le sens littéral ou grammatical (1). Sir John Elliot protesta contre cette déclaration dans le langage le plus enthousiaste (1629, 29 janv. ). C'était vouloir enchaîner les consciences du peuple que de faire dépendre du plaisir du roi et du clergé sa croyance et son culte. Il en appela
duplicité; c'était apprendre à ses sujets a se méfier de sa parole, même dans sa puissance législative. Les orateurs exprimèrent, sans crainte, leur indignation dans la chambre des communes; et Charles lui-même, se repentant de sa folie, chercha l'occasion de calmer la tempête que son imprudence avait excitée. « l.a plainte, observa-t-il, sur ce que l'on saisi» les marchandises pour le droit de tonnage el pondange, peut aisément et promp terne nf prendre fin. En m accordant par ce bill ce dont mes ancêtres ont joui, mes actes passés seront approuvés et mes actes futurs autorisés. Je ne perçois pas ces taxes en vertu de ma
à la chambre pour enregistrer sou dissentiment, prérogative héréditaire. Mon intention est,
et, à sa persuasion, on transcrivit sur les rcgi>lres un acte appelé « un vœu, » par lequel les communes d'Angleterre « proclamaient, professaient, et avouaient comme vérité, le sens des articles de religion établis en parlement dans la treizième année du règne d'Elisabeth, et qui, par les actes publics de l'Église d'Angleterre et par l'adoption générale et particulière des écrivains de cette Église, étaient devenus actes de foi , et déclaraient qu'elles rejetaient le sens des jésuites, des arminiens et de tous autres, quels qu'ils fussent, qui en différaient » (2).
Tendant que les zélateurs cherchaient à enflammer les préjugés religieux de leurs collègues, les patriotes ramenaient l'attention delà chambre sur la pétition de droit. Les imprimeurs du roi avaient mis en vente environ 1600 exemplaires de ce document important; mais Charles ordonna de les détruire, et y substitua une autre édition, dans laquelle la sanction royale était supprimée; la réponse évasive qu'il avait été forcé de biffer y était rétablie, et l'explication captieuse qu'il avait donnée à la fin de la session s'y trouvait ajoutée. On ne peut savoir ce qui avait pu déterminer le roi à faire usage d'un artifice aussi peu digne d'un honnête homme, et si facile à découvrir.
(t) Bibliothèque royale, 213.
(2; Journaux , 29 janvier l.a trrizièir.e année d'Êlinabelh fut cboi»ie pour la ra;>on suivante : la législature avait ordonné au clerçe de souscrire a cet article* et de le* lire dan» leséfjlcM* , el néanmoins , ni le* éditions an- Biaise* , ni les éditions latine» de celte année , ne contenaient la clause relative a l'autorité du clergé.
et a toujours clé, d'en jouir comme d'une concession de mes sujets. Dans mon discours à la fin de la dernière session , je ne les ai pas réclamées comme un droit, mais je vous ai démontré la nécessité où j'étais de les lever, jusqu'à ce que vous me les ayez accordées; bien persuadé que le temps seul . et non la bonne volonté, vous manquait. Prouvez ainsi vos bonnes intentions, et mettez fin à toutes les questions qui se sont élevées à ce sujet. » Ce discours conciliant arracha un léger murmure d'applaudissements.
Mais les patriotes avaient pris leur résolution, et ils y tenaient avec la plus inflexible opiniâtreté. Us ne refusaient pas, dans le fait, de voler les droits, mais ils demandaient, comme condition préliminaire, une réparation pour les négociants dont les marchandises avaient été arrêtées par les officiers des douanes. Ils envoyèrent, dans celte intention, un message aux barons de l'échiquier , qui , pour justifier les sentences qu'ils avaient rendues, répliquèrent que les parties plaignantes n'étaient pas privées de l'appel que leur permettait la loi. Ils appelèrent devant eux (23 février), dans le même dessein, les fermiers des douanes; mais le secrétaire Cook déclara que le roi ne pouvait séparer de ses propres actes l'obéissance de ses sujets, et qu'il ne souffrirait pas qu'ils fussent punis pour avoir exécuté ses ordres. A ces mots, les chefs de l'opposition jetèrent les hauts cris,el la chambre fut immédiatement ajournée.
A la session suivante , sir John Klliot débuta par l'invective la olus passionnée contre tout