‹ Histoire d' AngleterreChapitre 123 sur 307 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

le système du gouvernement; mais il fut inter- i rompu par le président (2 mars), qui informa la chambre qu'il avait reçu du roi un ordre d'ajournement. On lui répondit qu'eu faisant part de ce message , il avait rempli son devoir; et on le requit alors de mettre aux voix une remontrance contre la perception du tonnage et pondage, sans le consentement du parlement. Il s'y refusa , et se levait pour partir, quand Huiles et Valentine, deux membres de la chambre, qui s'étaient placés, avec intention, de chaque côté de sa chaise, le retinrent de force. Il fil une seconde tentative; le parti de la cour essaya de l'aider, les opposauts résistèrent ; on se frappa de part et d'autre; on ferma les portes, et le président , malgré ses larmes, ses prières , et ses efforts, fut forcé de se rasseoir. Elliot reprit sa harangue, et fut suivi par Hollcs, qui, avec l'approbation de la chambre, fit la protestation suivante : « 1° Tout individu qui tentera . d'introduire le papisme, l'arminianisme , ou autres opinions re poussées par la véritable et orthodoxe Église, sera réputé l'ennemi capital du royaumeetde la communauté; 2° toute personne qui conseillera de percevoir le tonnage et pondage avant qu'il ait été accordé par le parlement, ou qui contribuera à celte perception comme fauteur ou instrument , sera réputé l'ennemi capital du royaume et du gouvernement; 3° tout négociant, ou autre personne, qui payera le tonnage et pondage sans qu'il ait été accordé par le parlement , sera considéré comme traître et ennemi déclarédes libcrtésd'Aiigteerre. »

Tandis que cet événement extraordinaire se passait, le roi s'était rendu à la chambre des lords. Il envoya chercher le sergent d'armes, à qui l'on ne permit pas d'obéir; il ordonna alors à l'huissier a la verge noire ( celui de la chambre des pairs) de porter un message verbal; mais celui-ci revint sans avoir obtenu d'être admis. Enfin il commanda au capitaine de la garde de forcer les portes ; mais , au même instant , les communes s'ajournèrent au 10 mars, conformément au message déjà remis par le président. Ce jour venu ( 10 mars ), le roi se rendit à la chambre des lords , et ordonna la dissolution du parlement , sans faire appeler la chambre des communes (1).

(I) Pour tout les détail*, Tojrz le» Journaui des deux ebambres. Rusbworth , i , 655-€67. Witnetock , 12, 13. lit.

j Cette conduite de la chambre basse amena la plus amère discussion enfre ses partisans et ceux de la cour. l-cs premiers soutenaient que le roi n'avait pas le droit d'intervenir dans l'exercice des fonctionsdu président. ou de l'empêcher de poser aucune question de son fauteuil ; les autres prétendaient qu'il était du devoir de la chambre de suspendre toute affaire, dès le moment où l'on recevait du souverain l'ordre d'ajournement. C'était une question qui n'avait jamais été déterminée par aucune loi ; car, bien que les communes eussent, depuis les dernières années, prétendu au droit exclusif de s'ajourner elles-mêmes, elles avaient eu soin de ne pas blesser les prélent ions de la couronne. Charles considéra leur désobéissance comme une espèce de trahison , et il avança que c'était le résultat d'une conspiration pour résister à ses commandements légaux. Avant la dissolution du parlc- . ment, il donna ordre (5 mars) de punir les membres les plus violents de l'opposition; et Elliot, Selden, Molles, Hobart, Mayman, Corilon, l,ong, Valentine, et Stroud, furent, après un bref interrogatoire par-devant le conseil, envoyés en différentes prisons. Ils réclamèrent l'acte d liabeafr corpus, et demandèrent, d'après la pétition de droit, à être élargis ou admis à fournir caution, l e cas fut solennellement débattu, et la cour eut nécessairement accédé a la demande des prisonniers, si, dans la foirée avant le jour où le jugement devait être prononcé, Charles ne les eût déplacés et envoyés au gardien de la Tour (1) ( 24 juin). Il fallut alors attendre jusqu'à l'autre session : dans l'intervalle, sa colère eut le temps de se calmer; il écouta les représentations des juges, et l'on apprit aux neuf prisonniers qu'ils seraient admis à caution, en donnant des gages de leur bonne conduite future. Ils s'y refusèrent résolument. C'était supposer un délit préalable , c'était avouer qu'ils étaient coupables. En conséquence de leur obstination , le procureur général informa criminellement contre Elliot, Molles, et Valentine: ils refusèrent de plaider, alléguant que la cour du banc du roi

(1) Ce de?int une pratique habituelle à l'égard des personne* mise» en prison par le conseil, «yuand elles réclamaient leur habcas-corpos , ou les envoyait d'un gardien à un autre, et elles ne pouvaient jouir du bénéfice de la loi. Whitelock , 11.

HISTOIRE D'ANGLETKRRE.

u avait pas le droil de connaître de leur conduite au parlement. Mais l'objection fut tranchée à l'aide de la pitoyable distinction, que le privilège du parlement ne couvrait que la conduite parlementaire, et que lorsque la conduite était extra-parlementaire, elle devenait passible d'une juridiction extra-parlementaire. Les accusés persistèrent à décliner l'autorité de la cour; et on rendit un jugement qui les condamnait à tenir prison au bon plaisir du roi , à faire leur soumission avant de sortir, et à payer au roi une amende, savoir, Elliot, 1,000 livres; Ilollcs, 1,000 marcs; et Valentinc, 600 livres (1).

Le résultat malheureux de cette dernière expérience avait fixé la détermination de Charles. Si ses adversaires l'accusaient , lui, ses ministres et ses juges, de vouloir fouler aux pieds les libertés du peuple, il était, de son côté, fermement convaincu qu'ils conspiraient pour le dépouiller des justes prérogatives de la couronne. Ce n'était que dans le parlement qu'ils pouvaient espérer de réussir ; et il se résolut à détruire cet espoir, en gouvernant à l'avenir sans l'intervention du parlement. Il ne fit pas même un secret de son intention. Il l'annonça par proclamation (1629, 22 mars). « Nous avons montré, dit -il, par les fréquentes assemblées de notre peuple, notre amour pour l'usage des parlements; cependant , les derniers abus nous ayant , pour le présent , et contre notre volonté, forcé à ne plus suivre ce moyen, nous regarderons comme une extrême audace de la part de qui que ce soit , de nous prescrire aucune époque pour réunir les parlements, conservant toujours le pouvoir de les convoquer, de les continuer, et de les dissoudre ; et nous prendrons soin de les convoquer de nouveau quand notre peuple comprendra mieux nos intérêts et nos actions» (2).

Jtaos la véritable acception du mot, le roi Savait actuellement aucun favori. Il conservait cependant les conseillers dont Buckingham

(1) Ruahworlb , 674 , 680, 689, 701 . Witbeloci , 14. Long fut poursuivi dam la chambre éioilée , «car étant *henf , et obligé par ton aéraient a résider dam non comté, il était venu au parlement et avait demeuré taora dr «on comté. . Il fui ceodamné à une amende de 2,000 marca. Ibid.

(7) Hjrm. , xn , 62.

l'avait entouré; mais quoiqu'il écoulât leurs avis, il avait soin de ne se déterminer que par lui-même. Pour donner plus de force à l'administration , il eut recours à la politique qui avait ' déjà Fait sortir Savilc et Wenlworth des rangs de l'opposition, et il résolut de séduire les plus formidables de ses adversaires dans le dernier parlement, pardes offres de places et de faveurs. Le patriotisme de sir Dudley Digges, bien qu'il eût été emprisonné pour la cause du peuple, se dissipa au vif éclat du soleil de la cour ( 1630, 29nov.);et Ton assura ses services a la couronne en lui donnant une patente qui lui accordait 'a survivance delà grande maîtrise des archives. Noy et Lit tleton , jurisconsultes qui s'étaient distin gués par ( amertume de leur zèle et la chaleur de leur éloquence (1631, 27 oct.), suivirent l'exemple de Digges ; et les deux apostats expièrent leur ancien délit par l'adresse et le . talent avec lesquels ils défendirent les prétentions de la prérogative, le premier dans la place de procureur général, et le second dans celle d'avocat général (1).

Charles nomma secrétaires d'État sir John ,Coke et sir Dudley Carleton. Le grand mérite du premier était une extrême finesse ; son grand défaut , la cupidité. Carleton avait de l'instruction, des talents et de l'activité; mais ayant pas-'é la p'us grande partie de sa vie à l'étranger , son ignorance de la position des partis et des opinions de ses concitoyens le rendait tout préparé à adopter les desseins arbitraires du souverain.

Parmi les lords du conseil, on comptait le comte maréchal, dont on disait « qu'il allait I quelquefois à la cour, parce qu'il ne s'y trouvait qu'un seul personnage plus grand que lui, et qu'il y allait le moins souvent possible, parce qu il s'y trouvait un personnage plus grand que lui; a les deux frères comtes de Pembrokeet de Montgomery , le comte de Dorset (2), et les comtes de Carlisle et de Holland (3). Le premier

(1) Rym .xix, 254.347.

(2) C'était celui dont le duel avec lord Bruee forme le aujet d'une notice dam le Gardien, n° 129.

(3) On a dit dea cboaea extraordinaire» de ta prodigalité de Caruile dam Lodge, h, 45. Wilion, 703, 704. 730. Weldon ,271. Holland était un 6U cadet de lord Ricb , qui, par ton mariage avec l'héritière de air Walier Cope, devint poMéweur du manoir de Keosington et de Bol-

Page 1