CHAPITRE IX
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gnalé comme un apostat de sa Foi religieuse, et peut-être, dans leur indignation, l'eussent-ils chassé du trône (I).
Un an s'était à peine écoulé, que Charles montra le même défaut de sincérité envers Philippe que jadis envers les protestants des Pays-Bas. Les États catholiques de Flandre et du Brabant entretenaient depuis longtemps le projet de s'arracher à la dépendance de l'Kspagne (1602, 14 août). La France et la Hollande offrirent leur assistance; mais les États suspectaient les intentions réelles de ces deux puissants voisins, et, par l'intervention deGerbicr, ils s'adressèrent au roi d'Angleterre (21 août). Charles répliqua que son honneur ne lui permettait pas de fomenter la rébellion parmi les sujets d'un prince avec lequel il était en paix; mais que, s'ils se proclamaient préalablement, et d'eux-mêmes, indépendants, il donnait sa parole de les protéger contre tout ennemi. Ils ne voulurent pas hasarder leur sûreté sur la foi d'une promesse générale; et pendant qu'ils cherchaient à lier le roi par des conditions mieux spécifiées, Philippe découvrit le mystère, et eut soin de s'assurer de leur fidélité chancelante par la présence d'une armée nombreuse. Ainsi ces deux négociations manquèrent; mais il était à propos de les noter, comme des exemples de cet esprit d'intrigue, et de celte absence de probité, que les ennemis du roi lui reprochèrent par la suite durant la guerre civile (2).
Les soins du roi se portaient spécialement, en Angleterre, sur les moyens d'augmenter son revenu. Quoique le don des cinq subsides l'eût mis eu situation de faire taire ses plus bruyants créanciers, et que la cessation de la guerre eût tari une source de grandes dépenses, le patrimoine de la couronne avait été si diminué par la prodigalité de son père, qu'il ne pouvait supporter les charges ordinaires du gouvernement sans lever des subsides additionnels sur la bourse de ses sujets. 1° Par ce motif, non-seulement il persista à lever les droits de tonnage cl de pondage , mais il augmenta les taxes sur plusieurs sortes de
; I) Rym.. xx. Mémoires dedairndon , i , 4» , 780. i , App., xxxn. I-eiire» de l^rleion, x\x i, xvim.iv
ri) Voye; le» .Uftpoire» dUuwirke, n, S5
marchandises, et il ordonna de saisir celle* des gens qui se refusaient à acquitter ces droits, afin de satisfaire au payement immédiat. 2° Il investit des commissaires du pouvoir de régulariser, en considération de certaines amendes, les titres défectueux, et de pardonner les fraudes commises dans la vente des terres qui avaient précédemment appartenu i la couronne (1). 3° H somma toutes les personnes qui n'avaient pas obéi aux assignations données lors de son couronnement (1630, 28 janv.),
. pour recevoir l'ordre de chevalerie , d'entrer
! en composition pour leur négligence. 11 est vrai que, dans les anciens temps les retardataires étaient punis par des amendes, que le shérif levait sur leurs propriétés; et Ton ne pouvait dire que la couronne eût renoncé à son droit , car les quatre derniers souverains avaient fait les sommations accoutumées, et celui-ci ne
i faisait que suivre leur exemple. Mais on ne considérait plus ces sommations que comme une simple formalité ; le shérif négligeait souvent de faire la signification, et ceux qui les recevaient n'y donnaient aucune attention. Maintenant, on fit des enquêtes; tous les baronnets et tous les chevaliers créés depuis le couronnement, et tous les propriétaires de terres dont la taxe s'élevait à 40 livres sterling par an, furent déclarés passibles du droit, et l'on nomma des commissaires pour fixer le montant des compositions qu'ils avaient à payer (août). Quelques-uns eurent le courage de contester la légalité de la demande; mais les cours de justice se prononcèrent uniformément contre eux; et tous se virent définitivement
i contraints à payer les sommes déterminées par' les commissaires, lesquelles, dans aucun cas, ne furent au-dessous de deux subsides et demi. Rien n'était plus impolilique que cette mesure , qui fit perdre au roi l'attachement des propriétaires fonciers, le meilleur et le plus ferme appui du trône (2). 4° Il chercha à se former un revenu considérable, en rétablissant les nombreux privilèges qu'avaient fait abolir les remontrances successives du parlement. On les organisa seulement sur un meilleur plan. Au
(1) Ru»h., n,8 , 49 , 300. Rym., xix,4, 122, 107. ,'2j Rukb., 11,70, 71, 135,72.1 Rym ,xviii, tf8; xtx, lit), 175 Bibl.reRia, 337
HISTOIRE D'ANGLKTERRE.
lieu de les concentrer dans les mains d'un petit nombre de favoris , on les accorda à des corporations de marchands et de commerçants, qui, rn considéraiion du privilège exclusif de traiter de certains articles, s'engagèrent à verser à l'échiquier, d'abord une somme considérable une fois payée, puis un droit fixe sur les marchandises qu'elles manufactureraient ou exposeraient en vente (I). Comme ces payements retombaient, en dernière analyse, sur le consommateur, ils équivalaient à une taxe indirecte imposée de la seule autorité de la couronne. 5° Il extorqua des amendes pour désobéissance aux proclamations royales, lors même que l'on savait que ces proclamations étaient illégales. Sous le dernier règne, Jacques s'était persuadé que les maladies contagieuses qui frappaient annuellement la capitale provenaient de son accroissement en étendue et en population, et, pour remédier au mal, il avait défendu, à plusieurs reprises, de faire de nouvelles constructions. Les juges ayant déclaré ses ordonnances contraires à la loi, on les avait dédaignées. De nouvelles maisons s'élevaient annuellement, et la ville s'étendait dans toutes les directions. I.e revenu de ces bâtiments était évalué à 100,000 liv. par an (1634 , févr ); et Charles nomma des commissaires pour aller dans chaque paroisse, et assigner devant eux les propriétaires. Quelques-uns furent mis à l'amende, à cause de leur audace, et contraints, sous des peines très-graves, à démolir leurs maisons; d'autres obtinrent la permission de composer pour leur délit, par le payement de trois années du revenu estimé, indépendamment d'une amende annuelle et perpétuelle au profil de la couronne (2).
A la même époque, l^iud portait un œil vigi-
(t) Ainsi , par exemple, la corporation de» fabricants de m von paya pour sa patente 10,000 liv., et fcnwfa à payer un droii de 8 liv. par tonneau de savon. > oyt-z Rusb..M,13<;,143, 186. Rym. , xix.92 , 381.
(2) Ainsi, un nommé Moor, qui avait fait bO'ir quarante deux niaixons d habitation avec des écurirs et des remines . dan* le vouinaced Saint Marlin-de* Champs, fulcoodami'é a une amende de 1,000 liv., et reçut l'ordre de le» démolir avant Pâques , sou» peine d'une autre amende de 1,000 liv 11 ne w conforma pas à cet ordre, el 1rs sliérf» fitem démolir le» maisons et payer l'amende par voie de saisie. Voyez les Méino:res de Strafford , i , 2 6,213,262, 263, 360,372.
lant sur les intérêts de l'Église. Dans les derniers temps , on avait fait une souscription générale pour racheter les biens d'Église possédés par des laïques, et les employer à l'entretien des ministres. Ce plan avait toute l'apparence du zèle religieux: les contributions furent abondantes, et l'argent fut remis entre les mains de douze personnes chargées d'en surveiller l'application. Elles en consacrèrent une portion au rachat des droits de collation et présentation , et une autre à l'établissement de lectures du soir, dans les villes et les bourgs. Maison soupçonna, et peot-être on découvrit, que, sous le prétexte de soutenir l'Église, les curateurs en minaient réellement les fondements. Les lecteurs choisis étaient des ministres non-conformistes, et comme ils étaient révocables à volonté, obligés de prêcher dans le sens que leur indiquaient leurs patrons, l.aud les accusa d'abuser de leur situation pour «souffler le vent de la sédition ; » et les évèques reçurent ordre de surveiller leur conduite, de convertir, partout où on le pourrait , la lecture du soir en catéchisme, et d'insister au moins pour que le lecteur portât le surplis et lût le service (1631 , 13 février). L'avocat général força les donataires à produire leurs registres et leurs actes devant la cour de l'échiquier. Après qu'on eut entendu des avocats des deux côtés, on statua par décret qu'ils avaient usurpé sur la prérogative royale, en se constituant euxmêmes en corporation; qu'ils avaient agi contre leur mandat, en ne consacrant pas les biens rachetés à des bénéfices à perpétuité; qu'ils devaient rendre compte de tout l'argent qu'ils avaient reçu, et de tous les biens et droits de collation qu'ils avaient achetés, et que le tout serait acquis au roi, pour être employé par lui au profit de l'Église, selon les intentions originaires des souscripteurs. On menaça en outre les curateurs de les traduire devant la chambre étoilée, comme coupables de mépris pour la prérogative royale; mais cette menace ne fut jamais mise à exécution (1).
On avait conseillé à Charles de publier une proclamation qui défendait aux prédicateurs de traiter, dans la chaire, aucun sujet qui se rattachât aux controverses sur l'arminianisme.
(I) Rush , ii , 150-152. Journal de l amj , 47.