CHAPITRE iX
On avait eu pour but de terminer les disputes violentes qui agitaient les deux partis; mais l'ardeur de la polémique fit plusieurs fois enfreindre cette défense, et les délinquants des deux côtés furent, avec une apparente impartialité, également appelés devant la cour de haute commission, afin de répondre de leur audace. Leur sort toutefois fut bien différent : les théologiens orthodoxes firent généralement l'aveu de leur faute, et on les renvoya avec une simple réprimande; les puritains, d'un caractère moins souple, furent frappés d'amendes, d'emprisonnement, et de destitution. La conséquence fut qu'un assez grand nombre d'individus, ministres ou laïques, se déterminèrent à quitter une terre où ils ne pouvaient jouir de la liberté religieuse; ils «migrèrent en Amérique , et posèrent les fondements de la Nouvelle-Angleterre (1).
Un ministre, nommé Leighton, s'attira, par son zèle violent et ingouvernable, un plus sévère traitement. Dans un livre intitulé : «Appel au parlement , ou Plaidoyer de Sion contre l'épiscopal , » il établit que les enfants de Dieu étaient soumis à la plus cruelle persécution ; que les évéques étaient des hommes de sang ; que l'institution de l'épiscopat était antiebrélienne et satanique; que la reine était une fille de Satan, et que le roi était abusé par les évè-
(1) Je ferai ici mention d'une circonstance que l'on a souvent mal rapportée. La controverse relative à la célébration du dimanche divisait toujours les fauteurs de l'Église anglicane ri les puritains. Le 19 mars 1632, aux an»»** du comté de Somerset, les juges Ricbardson et Denbam rendirent, pour être lue par les ministres des diverses paroisses, une ordonnance qui défendait les fêtes et autres amusements le jour du Seigneur. Le roi désapprouva cette ordonnance, et envoya le livre des Récréations de son père , dont on a déjà parlé , afin qu'on le lût , en opposition à la décision de ces jugrs. On a prétendu que c'était agir en contradiction formelle avec un acte du parlement lui prescrivait la plus stricte observance de la solrnnilé iu dimanche ; mais, en se reportant à cet acte , on voit au contraire qu elle lui était exactement conforme. L'acte du parlement dbtinguait deux classes de divertissements : les divertissements illégitimes, tels que les combats d'ours et de laurtaux , les farces et comédies, qui étaient défendus sans exception; et les amusement» et récréations légitimes , qui étaient permis a tous les individus dans leurs paroisses respectives, mais qui leur étaient interdits dans les autres paroisses , parce que la réunion des habitants des diverses paroisses entraînait souvent des querelles cl des scènes sanglante» Voie. Bibliotheca r.ga. 233,312.
ques, pour son malheur et celui de son peuple Un langage si injurieux et si violent ne manqua pas d attirer l'attention de Laud. A son instigation, Leighton fut amené devant le» lords delà chambre étoilée. Sa défense, écrite avec un grand zèle, mais sans aucune malice, ne fut pas écoulée ; et la cour le condamna à un châtiment dont la sévérité, ou plutôt la cruauté, étonnera le lecteur. Ce malheureux théologien fut dégradé du ministère ( 1630, 16 nov. ), fouetté publiquement dans la cour du palais, placé deux heures au pilori, et, pour finir, ou lui coupa une oreille, on lui fendit une des narines, et on le marqua à la joue des lettres S. S. , pour indiquer qu'il avait semé la sédition. Ce ne furent là toutefois que les souffrances d'un jour : la semaine suivante, il fut encore fouetté et exposé au pilori; on lui coupa l'autre oreille, on lui fendit l'autre narine et on le marqua sur l'autre joue. Son châtiment ne se borna pas encore à cela: marqué, dégradé, et mutile comme il l'était, on le jeta en prison, pour y rester toute sa vie entre quatre murs, à moins que, plus tard, le roi ne voulût en faire l'objet de sa clémence. Mais il ne trouva aucune misé-ricorde près de Charles ; et ce ne fut que dix ans après qu'il obtint sa liberté du parlement , alors armé contre le roi (1). Leighton était un fanatique dangereux, capable, a en juger par ses écrits, d'infliger aux autres les rigueurs dont il fut l'objet ; mais cela ne peut excuser les juges qui prononcèrent un châtiment si disproportionné au délit. Ils cherchèrent à se justifier, en alléguant qu'on aurait pu le regarder comme convaincu de haute trahison , et qu'ainsi, au lieo de se plaindre de sa sentence, il devait leur savoir gré de lui avoir laissé la vie.
Charles, et Laud son conseiller, s'aperçurent que les puritains les accusaient de nourrir en secret le dessein de rétablir l'ancienne foi et l'ancien culte. Cette accusation était sans fondement ; elle provenait de ce zèle intolérant qui confondait la modération avec l'apostasie , et qui était, fomenté par ceux que leurs intérêts ou leur patriotisme rendait ennemir des mesures du gouvernement. Charles jugea qu'il convenait de faire taire ces murmures , en
CU Rusb , ii , 56; Protcs d'État de llowcll, ut, m.
donnant des preuves publiques de son orthodoxie. 11 parvint à exclure tous les Anglais ca- Iholiques, de la chapelle de la reine, à Somerset-Ilouse : il offrit, par des proclama! ions successives , une récompense de 100 liv. à celui qui arrêterait le docteur Sraitb, l'évéque catholique; et il ordonna, à diverses reprises, aux magistrats, juges, et évêques, d'exécuter les lois pénales contre les prêtres et les jésuites. Plusieurs furent arrêtés, quelques-uns déclarés coupables; mais le roi, qui avait ratifié pour la troisième fois les articles de son traité de malïage, répugnait à verser leur sang, à raison seulement de leur religion. Un .seul subit le châtiment destiné à la haute trahison, par l'effet du zèle empressé du juge Yelverlon; quelques autres périrent en prison ; quelques-uns furent bannis, et plusieurs obtinrent leur délivrance , en donnant caut ion pour comparaître au premier appel (1).
Les mêmes motifs portèrent le roi à traiter avec douceur les réfracta ires laïques. La loi lui avait laissé la faculté d'en cxigi r une amende de 20 liv. par mois au moins, ou de saisir les deux tiers de leurs biens mobiliers; mais, au lieu de ces peines, il leur permit de composer moyennant une certaine somme, qu'ils payeraient annuellement à l'échiquier. La plupart s'empressèrent de profiler de celle indulgence ; le prix de cet arrangement Fut fixé à la volonté des commissaires; et. en sacrifiant quelquefois un dixième, quelquefois uu tiers de leurs revenus, les catholiques obtinrent, non la liberté de servir Dieu selou hur conscience (ce qui était toujours défendu sous des pciucs sévères), mais la permission de ne pas assister a un culte qu'ils désapprouvaient. Il était sans doute contraire à tout principe de justice d'exi ger de semblables sacrifices; mais comme c'était un adoucissement aux rigueurs infligées par la loi, les réfractaires regardèrent celte mesure comme un bienfait , et tes fanatiques la marquèrent comme un crime de la part d'un prince protestant (2).
Avant de terminer ce chapitre, je dois parler des efforts que fit Cîiarles en faveur de sa
(I) Kush. , i, (ÎÎ5; n. 11-13. l'rynne. Œuvres secrète*, V2,i. Mémoire» de Ciarrndori , i, S5S , 485. Clutionner, n, 1 23 Bibliolbcc-a rq;u, Ui-3'J.
(2; Voyez ta uolc S à U tin du >oluiîic.
sœur et de son mari, le prince palatin. Le roi de Danemark s'était proclamé le champion de leur cause; mais cet élan fut de courte durée, et il se trouva heureux de sauver, par une paix hâtive, ses domaines héréditaires des mains d'un ennemi qu'il avait imprudemmeut provoqué. Les rois d'Angleterre et de France cherchèrent à le remplacer par un chef plus guerrier et plus entreprenant , le célèbre Gustave-Adolplie, roi de Suède. Par leurs bons oifiecs, une trêve de six ans fut conclue eutre ce prince et son ennemi le roi de Pologne; et Gustave, débarquant au nord de l'Allemagne (1630, juin ) , étonna le monde par le nombre et la rapidité de ses conquêtes. Rien ne pouvait résister à l'impétuosité du héros suédois : les armées étaient dispersées, les forteresses emportées, les nations même subjuguées.
Charles s'était engagé à I aider d'un corps de 6,000 hommes d'infaulerie, mais pour ne point offenser l'empereur par des hostilités trop ouvertes, il engagea le marquis de Hamilton à lever ces troupes et à les conduire en Allemagne (1611, rr mars), comme si c'eut été pour une entreprise particulière, formée â ses risques personnels. Gustave avait d'abord promis de replacer Frédéric sur le trône; mais quand il se vil en possession d'une grande par- ! lie du Palalinat, ses vues changèrent avec sa ! fortune: il commença à former uu projet d'éi lablissemenl pour lui-même, et ne répondit à toutes les sollicitations du roi et du prince que d'une manière évasive, ou par des conditions que Charles ne pouvait accepter, et qui étaient ! honteuses pour l'électeur. Vane , l'ambassadeur anglais ( 1632, l^aoot), fut rappelé, et Ilamilton reçut ordre de présenter quelque prétexte pour couvrir son retour. Le prince, trompé dans ses espérances , resta toujours à 1 l'armée suédoise jusqu'au moment où son protecteur succomba à la grande bataille de Lulzen i (6 nov ). Frédéric ne lui survécut que de quinze jours: il mourut à Maycnce d'une fièvre contagieuse; et tous les efforts de son fils , Charles-Louis, furent aussi infructueux que les siens (1637). Les impériaux défirent son armée en Westphalic; le comte d'Arundel revint de la diète de Ratisbonnc avec une réponse défavorable; et l'accueil fait aux propositions prés' irées en sa laveur par l'Angleterre, au cou-