CHAPITRE X
Voy.'RC du roi en Écosse. — Mécontentement fil Anfiîclerre, en Mande. — Conduite lyrannique de Wentworih en Éciwse. — Nouveau livre de prières. — Coveoani. — Émeul» — I* roi marche conire 1rs roveiianiairrs. — ratification de Berwuk. — Parlement* d'Êco<M et d'Anf;leterre. — Seconde guerre — l*» Écossais n'emparent de (S'orllitmuVrlat d et de Durbam. — Grand conseil tenu à York. — Le» négociations traunféréw a Londres.
L'Écosse, à la mort de Jacques, jouissait d'une tranquillité jusqu'alors inconnue; mais l'impatience et l'imprudence du nouveau roi provoquèrent insensiblement au mécontentement et à la révolte. On lui avait persuadé qu'il pourrait obtenir un subside permanent pour ses besoins personnels , et pourvoir en même temps à un entretien plus convenable du clergé écossais, s'il reprenait la propriété ecclésiastique (1626) , qui , à ta réformât ion , était échue à la couronne, et que, durant la minorité de son père, les prodigalités des régents, Murray et Norton , avaient aliénée. La résistance des possesseurs fit échouer sa première tentative (1628) ; la seconde fut plus heureuse. Les suzerainetés et juridictions des terres ecclésiastiques furent restituées, et Ton fixa un certain taux , auquel les héritiers purent se dégager des dîmes, et la couronne racheter les redevances féodales. Charles se félicita du résultat; mais l'avantage fut plus que balancé parle mécontentement qu'il fit naître. Un grand nombre de familles puissantes, qui se croyaient lésées, n'oublièrent pas cet outrage, et quelques années après elles en tirèrent une terrible vengeance {•>).
I.e roi , à l'exemple de son père, résolut de visiter sa contrée natale. Accompagné d'un train brillant de nobles anglais, il fut reçu
(1 ) Rush., h, 35. 53. 59,83,87, 130. 166. Mémoires dllainillon, 7-9, 15 25. Mémoire* de Clarendon, 1,613-678.
(2J Le Temps présent di> ILirnet, i, 20. Grande dérlaraïkm, 1 il. Ratfoijr, m, 128, 13U, 151, 3.4 Statuts de 1633.
par les Écossais (1633, 12 juin) avec le plus vif enthousiasme (1). A son couronnement, qui fut accompli par l'archevêque de Saint-André (18 juin), ils témoignèrent leur joie par de nouvelles démonstrations, quoique plusieurs points de la cérémonie heurtassent leurs sentiments religieux , et que l'officieuse intervention de Laud blessât leur orgueil national (2).
Peu de jours après, Charles ouvrit le parlement écossais , selon l'ancienne coutume. On vota sans difficulté un subside considérable pour le souverain, mais, sur deux points, H trouva la plus vigoureuse opposition. lorsqu'on proposa de confirmer les statuts concernant la religion, et d'investir la couronne du pouvoir de régler le costume des ecclésiastiques, tous les membres s'y refusèrent avec fermeté , et repoussèrent la juridiction des évèques. Le roi leur ordonna sévèrement de voter, non de contester, et, leur montrant un papier qu'il tenait à la main, il s'écria :a Vos noms sont ici ! aujourd'hui , je verrai ceux qui veulent me servir. » l e lord secrétaire affirma solennellement (27 juin) que la majorité avait donné set voix en faveur des bills ; le contraire fut soutenu avec énergie par leurs adversaires. On avait méchamment répandu, dans toute l'Écosse, le bruit que le roi entretenait des sentiments favorables à la religion catholique. Les cérémonies de son couronnement , et sa politique relativement à l'Église, semblèrent confirmer l'accusation ; et, quoiqu'il rendit à l'importnnité des pétitionnaires la plus grande partie de l'argent voté par le parlement , sa visite ne servit ni à augmenter l'attachement, ni à dissiper la méfiance de ses compatriotes (3).
Durant les six années qui suivirent son retour d'Écosse , l'Angleterre parut jouir de quelque calme; mais c'était le calme trompeur qui souvent précède l'orage. Loin de chercher à adoucir celle fiévreuse irritation que l'illégalité de sa conduite passée avait allumée dans le cœur
(1) Quelque» personnes observèrent quctei Écosnai* imiteraient les juifs . et que leurs hosanna* se changeraient en Molle! crucinge ! • Lcsiie , évéqut- de» Istes. rapporta celte remarque, au dîner, à ( hark s, qui aussitôt d< vint pensif et ne mangea plus. M». Lettre dû 30 sep!. 1(533.
(2; Balfour, n. 191-199. Ilushworth , u, 181, 182. Clarendon , i , 79.
(3; nalfour, ii. I'.»9 2t>l. Ru«li\vnr1h, m. 182-187. Le Temps présent de Bunict, i, 2J.
de ses sujets, il ne fil que l'enflammer davantage. On ne peut dire, pour son excuse, qu'il ignorait leur mécontentement : il le connaissait et le dédaignait : et, croyant fermement au droit divin des rois, il ne doutait pas de pouvoir soumettre la force de l'opinion par la seule puissance de la prérogative royale.
A peine avait-il eu le temps de se reposer des fatigues de son voyage, qu'Abbot vint à mourir, et il saisit avec joie cette occasion de placer Laud sur le trône archiépiscopal (1). I^c nouvel archevêque porta la crosse d'une main plus ferme que son prédécesseur. Il visita son diocèse, établit l'uniformité de discipline dans toutes les églises cathédrales, exigea l'observance exacte de la liturgie, et la soumission aux différentes injonctions; et, en s'at lâchant strictement au canon qui défend l'ordination sans titre, il retrancha les émoluments des ministres non-conformistes pour les lectures publiques et les chapelles particulières. Grâce à l'influence de sou exemple et de son autorité , les églises furent réparées et embellies ; à sa réquisition, les juges confirmèrent unanimement la légalité des procédures dans les cours ecclésiastiques ; et d'après ses conseils, le roi, malgré tous les obstacles, entreprit de rendre la cathédrale de Saint-Paul a son ancienne splendeur. Ces rac-
(1) A celle époque, I jjid inséra ers notes dans son Journal, 4 août. «Nouvelle» de la mort du lord archevêque de Canleibury. Le roi est déterminé a me donner sa place, te matiti même, à Grcenwich, quelqu'un vint me dire sérieusement qu'il m'offrait de me faire cardinal , et qu'il avait le moyen d'y parvenir. Je me présentai au roi, je lui en parlai, et lui (il connaître la personne. 17 août. Un m'a faH encore l'offre sérieuse de me faire nommer cardinal. Je n'étais point alors à la cour, mais je m'y rendit bientôt (c'était un mercredi, 21 août). J'en fis part a Sa Majesté. Main ma réponse fut encore qu'il y avait quelque chose en moi qui ne me te permettait pas. tant que Rome serait ainsi. • Il a fallu beaucoup d'adres** pour prouver, d'après ces notes , que Uud n'avait réellement fait aucune objection a être cardinal ; qu'il avait communiqué ses offres au roi, dans l'espoir d'obtenir son approba: ion, et qu'il ne refusa que d'après la répugnance que lui témoigna Charles à donner son consentement. Certainement ces soupçons ne sont pas garantis par les paroles elles-mêmes . et sont complètement détruit» par sa réponse dans l'histoire de ses malheurs , que la personne qui lui faisait ce» offres était parente de quelque ambassadeur, qu'il en avait averti le roi, parce qu'il y était obligé par la loi , ti que Charles lui-même le délivra proroptemenl de l'embarras et du danger. Mal heurs de Laud , 388. Journal ,
sures étaient certainement louables en ellesmêmes, et convenables à sa position; mais la jalousie des puritains le désignait depuis long temps comme un ennemi : ses actions les plus innocentes étaient noircies aux yeux du public, et tout ce qu'il entreprenait était représenté comme un nouveau pas vers l'introduction de la religion catholique. Une série de pamphlets, jetés dans les rues, ou affichés sur les murailles, ou déposés secrètement dans sa maison, l'avertirent du châtiment que méritait son apostasie, et que l'orthodoxie de ses adversaires se préparait à lui infliger (1).
Vers ce temps, la jalousie des puritains fut poussée au dernier degré d'irritation par la counaissance d'un fait fort grave.un agent accrédité de Rome avait reçu l'autorisation royale de résider à Londres. Deux motifs avaient engagé Urbain VIII à faire cette nomination: 1° vers la fin d'août 1633, sir Robert Douglas arriva de Rome avec le caractère d'envoyé de la reine , portant une lettre decrédit, signée.ducomte Stirling, secrétaire d État pour l'fccosse; on découvrit bientôt que l'objet réel de sa mission était d'obtenir, par l'intercession d Henriette, la dignité de cardinal pour un sujet breton, sous le prétexte qu'une telle concession ferait faire un grand pas à la future conversion du roi. Urbain, soupçonnant quelque intrigue politique, résolut de ne point faire de réponse avant d'avoir vérifié de qui venait primitivement ce projet Inattendu , et en faveur de qui le chapeau était sollicité; et dans cette vue, il jugea à propos de dépêcher un envoyé de Rome qui pût communiquer personnellement avec la reine. 2° Les catholiques anglais se disputaient vivement sur l'utilité d'un évéché pour le gouvernement de leur Église. Le clergé
(I) Journal de Uud , 44 - 47. Ces bruits et ces menaces portèrent l'archevêque a se montrer zélé protestant par sa vigilance contre les catholiques. Une lettre adressée a lord Strafford nous apprend qutl avait accusé devant le conseil un maître d'école et un maître de pension de Westminster de soutenir les étudiants catholiques; qu'i I avait obtenu l'ordre de saisir et de brûler un livre catholique intitulé • Introduction à la vie dévote; • et qu'un missionnaire, nommé Morce, qui s'était distingué par les soins qu'il avait prodigués aux malades pendant une 6èvre contagieuse a Sainl-Giles, et dont la charité avait déterminé plusieurs personnes a embrasser la religion calholiqu? , avait été ju;;é à sa dénonciation et condamné. Mémoire* de S rjfford , h, "t.