CHAPITRE X
séculier, et les réguliers avec leurs adhérents, avaient embrassé des partis différents dans celte cause; et la chaleur des disputes d'Angleterre avait provoqué une semblable opposition contre le corps épiscopal et les ordres monastiques en France : opposition assez violente dans son Irritation, pour menacer d'un schisme dans l'Église gallicane sous quelques années. Apaiser cette tempête était un objet important pour Urbain ; et, se défiant des représentations des parties intéressées dans la dispute, il résolut de nommer un ministre confidentiel , qui pût recueillir, sur les lieux mêmes, des informations certaines sur la conduite et les projets des parties contendantes. A ce dessein , il employa d'abord Leander, moine bénédictin anglais, dont nous ne connaissons que très-imparfaitement la conduite. Mais Leander fut bientôt suivi de Panzani, prêtre italien de la congrégation de l'Oratoire, qui avait pour instructions de se borner absolument à la controverse entre les catholiques , et de ne se laisser entraîner, sous aucune espèce de prétexte , à des communications avec le nouvel archevêque de Canterbury (1). Panzani fut très-bien vu de la reine, et reçut l'assurance, par l'entremise du secrétaire Windcbaok , qu'il pouvait rester en toute sûreté (1634, déc.). D'après ses lettres, il parait que, parmi les plus zélés ecclésiastiques , il en existait quelques-uns qui , alarmés du nombre toujours croissant des puritains et de leurs hostilités continuelles , commen-
(1) tCbe totto qualsivoglia pretestonon traitasse col- «l'arcivescovo di Cantuaria. »( Dépêche* de Barberiui du 13 mars 1635.) Pourquoi cela ? avait-on découvert â Rome que Laud était l'homme pour lequel on avait d'abord toUicité la dignité de cardiual ? Cela n'eut pat improbable. Douglas quitta l'Angleterre pour aller faire la demande, ver* le milieu de juillet, et arriva à Rome à peu près un moi* plu* lard. Maintenant l'offre de celte dignité fut faite a Laud en Aog'.elerre le 4, et reproduite le 17 août { Journal de Laud ). Cette coïncidence sur le temps fournit une forte présomption ; et l'on peut y ajouter qu'en décembre , du Perron , l'ecclésiastique le plus considérable de la maison de la reine , se rendit a Paris, et parla hautement au nonce Btcbi en faveur de Laud , quant a ses principe* relic»eui et ses dispositions en faveur des catholique». Dépêches de Bichi a Barbertni , décembre 1633. Je puis ajouter que Paozaui évaluait tes catholiques anglais a 120,000 : < Vi sono in Innhilterra da
• 150 mila cailolici; fra esti sono alcuni titolali, e molli
• di nobillA médiocre, e molli ipnobili, fra quali ri xono
• poebi che banno notabili ricebeue. ■ Relazkme M*.
çaient à penser qu'une réunion avec le siège de Rome serait la meilleure sauvegarde de l'Église anglicane. De ce nombre étaient Windebank, Cotiingtoo, Goodman, évèque de Gloucester,et Moolague, évêque de Chichester; ce dernier même devint enthousiaste de celte cause. Il conversa trois fois avec l'Italien à ce sujet, et l'assura que le clergé anglais ne refuserait pas au pape la suprématie purement spirituelle, telle que les cai holiques français lavaient admise, que parmi les prélats, trois seulement, ceux de Dur ham, de Sa I isbury ,et d'Exeter, s'y opposeraien t ; et que Laud, trop timide et trop prudent pour se compromettre par une approbation manifeste, n'en désirait pas moins une telle union. Bien qu'il fût évident qu'on ne pouvait dooner que peu de crédit aux assurances faites par des hommes qui n'avaient pas le courage de se communiquer réciproquement leurs pensées, encore moins de sonder les dispositions de leur souverain , Panzani transmit cette information à sa cour, on lui répondit que, sur un «ujet aussi délicat et aussi important, il était de son devoir d'écouter ce qui se disait, mais de s'abstenir de donner aucun gage de la part du pontife ; et que si ces ouvertures prenaient subséquemment une forme plus réelle, la négociai ion serait confiée a un ministre d'un rang plus élevé et d'une expérience mieux reconnue. Panzani s'appliqua alors aux autres objets de sa mission. Charles , à sa sollicitation , mit fin aux vexations auxquelles les catholiques étaient encore sujets par les visites domiciliaires, fcjttea indécemment et méchamment, au gré des agents aux poursuites ; et l'espoir de trouver pour son neveu, l'éleclcur palatin, un avantage dans la médiation d'Urbain , l'induisit à consentir à l'ouverture d'une correspondance officielle entre les deux cours, par des agents accrédités, qui néanmoins ne seraient revêtus d'aucun caractère public, et ne paraîtraient que comme de simples particuliers. A cet effet , sir Williams Hamilton , frère de lord Abercorn, se rendit à Rome , où , comme gentilhomme de la reine d'Angleterre et en son nom, il renouvela la demande de la pourpre pour un sujet anglais. Dans celte occasion ce sujet fut nommé : c'était Conn, prêtre écossais, favori du cardinal Barberini. Hamilton était aussi porteur d'instructions particulières de Charles pour solliciter
bons offices du pape en faveur de son nevru ; pour faire réussir le mariage projeté du roi de Pologne avec sa nièce, fille de l'électeur palatin, et pour obtenir l'approbation du pape sur le serment d'allégeance, ou quelque serment semblable, opposé à la doctrine du pouvoir de déposer. Dans le cas où il réussirait en quelqu'un de ces trois points, il lui était permis d'assurer le pape que le roi consentirait à la résidence permanente d'un évêque catholique en Angleterre ; ce qu'il avait jusqu'alors péremptoirement refusé (1).
l-a personne choisie à Rome pour succéder à Panzani fut Conn lui-même, le candidat de la reine à la pourpre. Il reçut de Charles et d'Henriette l'accueil le plus gracieux ( 25 juill. 1636), mais il échoua dans tous ses efforts pour amener un accord entre le roi et le pontife. Urbain refusa constamment d'employer son influence en faveur d'un protestant au préjudice d'un prince catholique, et Charles refusa non moins obstinément d'admettre aucune forme de serment ne comprenant pas une renonciation pleine et sans équivoque au pouvoir de déposer. Toutefois la présence de Conn apporta quelque bien aux catholiques anglais. Il fut en état, par ses remontrances en différentes occasions, d'arrêter le zèle de l'archevêque l<aud, qui, dans son empressement inquiet, dit-on , a repousser l'imputation du papisme lancée contre lui par les puritains, cherchait à établir la croyance en son orthodoxie par l'exécution rigoureuse et forcée des lois pénales (2). Conn resta trois ans en Angleterre, présenta au roi et à la reine son successeur, le comte Rossctti (2 sept. 1639), jeune prêtre, de manières gracieuses , qui avait tout l'usage des cours; et il courut à Rome recevoir comme récompense de ses services l'objet de son ambition : mais il mourut peu de jours après son arrivée, au grand chagrin de la reine et de lkirberini(3)(10janv. 1610).
(I) II est évident, d'âpre* les Mémoires originaux, rjtie Charles, dans celle million, n'a» ait qu'un seul but politique, quels que fussent les projets et les espérance* que pouvait ni t ni rein i r le» autre». Vovez les mémoires de Uarcndon , i . 337 , 318 . 3Ô5 , 4 15
(2; D'un extrait de manuscrit des dépethisde Conn en ma pnwftsion.
[i, Mémoires de C-repoii» Pannni . *V V* ) é-W*
L'accueil fait à ces envoyés était une fatale erreur de la part du roi, car il provoqua dans bien des esprits un doute sur son attachement à la foi réformée , et autorisa ses ennemis à crier que la religion était en danger : ce cri était un puissant instrument pour mettre en mouvement les préjugés et les passions du peuple. Ce fut une des grandes causes du mécontentement public ; mais il en faut ajouter diverses autres d'une tendance plus irritante, qui furent fournies par les procédures illégales dans les cours de justice, et les moyens •illégaux adoptés par le roi pour lever de l'argent sans le consentement du parlement.
La sévérité des jugements rendus à la chambre étoilée devint une autre source de mécontentement public. Le lecteur a vu que cette cour suprême fut établie, ou du moins prit une nouvelle forme, durant la troisième année du règne de Henri VII , dans le but de réprimer l'audace de ces puissants seigneurs, qui, A raison de leur distance de la capitale, influaient beaucoup trop sur les procédures, et bravaient l'autorité des cours ordinaires de justice. Elle se composa de deux , et , au plus de trois grands officiers d'État , d'un lord spirituel et d'un lord temporel, membres du conseil privé, et de deux des douze juges. Elle avait le pouvoir d'interroger les délinquants, et de les punir d après les statuts du royaume, fitant tombée presque en désuétude, elle fut rétablie dans toute sa vigueur, et avec des résultats avantageux, par le cardinal Wolsey. De ce moment, elle obtint encore plus d'importance sous les différents règnes qui suivirent , en ajoutant continuellement à *a juridiction, et eu se faisant redouter par la sévérité de ses jugements (1). Quiconque, par l'adresse des légis-
par Jos. Berrinflton. Mémoires de* catholiques bretons de Butler, 3« édition, vol. n, 310-369.
(l; Sir Thoma* Smith , République d'Angleterre , Ihr. ut , ch. 3. • C'était un beau spectacle uu jour de séance . lorsque les chevaliers de la Jarretière paraissaient avec les étoiles sur leurs vêtements, et les juges habillés en ecarlate; et que , sous ce costume , ils siégeaient quelquefois depuis neuf heures du matin jusqu'à cinq heures de l'après-midi ; chacun d'eu* parlait et s'occupait delà cause portée devant eux , et il était fort ordinaire que ceux qui voulait ni assister au jugement porté dans des causes impo tartes s'y rendissent à trois heure* du matin y tu avo-r «V» places convenables • Rtrslivoi tb , n, 171».