‹ Histoire d' AngleterreChapitre 130 sur 307 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

tes, éprouvait des injustices, au mépris de l'autorité royale, pouvait paraître devant elle ; et la solennité des procédures, le rang élevé des juges, et la manière dont ils rendaient leurs sentences, leur donnaient aux yeux du peuple une grande supériorité sur tous les autres tribunaux. Mais, à mesure qu'ils gagnèrent en dignité et en importance, ils perdirent en réputation. Les juges (tous les membres du conseil P"vé y étaient alors admis), en beaucoup d'occasions , devinrent des persécuteurs. Ils fondaient leurs décisions plutôt sur des précédents que sur les lois; et l'on pensa que souvent le désir d'humilier un adversaire, la nécessité de suppléer aux besoins de l'échiquier, et l'espoir d'obtenir la faveur du roi, les portaient à punir, sans que le crime fût suffisamment prouvé, ou à infliger des châtiments plus sévères que ne le méritait la faute. Le sort de Leigthon en a déjà fourni la preuve. On peut en donner d'autres exemples qui , par leur influence sur les événements qui suivirent, méritent une mention particulière.

Lorsque l'évéque Williams rendit les sceaux, après avoir fait de vains efforts pour recouvrer la faveur du roi , il se relira dans son diocèse de Lincoln. Là , sa fortune lui donna les moyens de vivre avec la magnificence d'un prince, tandis qu'il se laissait aller à faire connaître son ressentiment par des paroles imprudentes et inconvenantes. Les sycophantes qui l'entouraient les rapportaient soigneusement à Land, son plus grand ennemi, et Laud les communiquait ensuite au roi, avec tous les commentaires nécessaires (1). Williams avait donné le conseil de chercher à gagner les puritains par la douceur et l'indulgence, au lieu de les aliéner par la sévérité et les persécutions; et, comme cet avis avait été favorablement accueilli, il n'hésita pas à le répéter de nouveau à deux officiers de la haute cour de commission. Peu de jours après , on porta une accu-

(1) Ceux qui désirent connaître les honteux artifice» que ce» prélats employaient pour se nuire réciproquement dans l'esprit du roi, peuvent consulter la Vie de- Williams de Hacket, et la comparer a la Vie de Laud , par Ueyling. Il est évident que Laud re doula dans tous les temps lïnflueuce de Williams, d'après les extra va- Sances qu'il a rêvée» sur ce prélat , et qu'il rapporte daus son Journal , 7, 8, 10, 38, 41, 18.

sation contre lui à la chambre étoilée ( 1628), pour avoir répandu des propos scandaleux sur le gouvernement de Sa Majesté, et pour avoir révélé les secrets de l'État , en oubli du serment qu'il avait prêté comme membre du conseil privé. Il y répondit; et Cottington, qui commençait à se trouver opposé à Laud, laissa dormir les poursuites durant quatre ou cinq ans. Il avait même apaisé la colère du roi, et les ordres étaient donnés pour expédier sa grâce, lorsque, sur de nouvelles provocations, les procédures recommencèrent (1) ; et , comme on avait essayé d'infirmer la croyance qu'on pouvait avoir en Pridgeon , témoiu à décharge de Williams , l'évéque ou ses agents cherchèrent à le soutenir en engageant les témoins contre Pridgeon à révoquer ou à changer leurs dépositions. Le procureur général abandonna immédiatement la première instruction, pour en substituer une seconde, accusant le prélat d'avoir suborné des témoins du roi (1637, 11 juillet). Après une audition qui se prolongea neuf jours , la cour le condamna à être suspendu de ses fonctions épiscopales, emprisonné dans la Tour, au bon plaisir du roi , et à payer une amende de 10,000 liv. Laud, qui était un des juges, et que le public considérait comme son plus grand ennemi , profita de cette occasion pour justifier son propre caractère. En donnant son opinion , il déclara avoir souvent intercédé à genoux pour Williams, mais que les demandes en grâce de l'évéque étaient si éloiguées d'exprimer le repentir et l'humilité , qu elles servaient plutôt à irriter le souverain qu'à l'apaiser. Ses ennemis toutefois ne furent pas encore satisfaits. Les officiers qui prirent possession des effets de l'évéque trouvèrent parmi ses papiers deux lettres d'Osbaldeston, maître d'école, qui informaient son . protecteur, dans un passage, « que le grand Lévialhan ( Portland, le dernier lord trésorier)et le petit hérisson ( I archevêque Laud ) étaient dans une grande tourmente, » et dans un autre, « qu'il existait une grande jalousie entre le Léviathan et le petit faiseur de hocus pocus »(2)/ Celte découverte donna lieu â une nouvelle

(1) Mémoire de Strafford, t, 480, 490, 504,505, 516.

(2) Hocus pocus , tour de passe - passe , jonglerie.

{Note da traducteur.)

informai ion contre Williams, pour s'être entendu avec Osbaldeston, afin de répandre de fausses nouvelles , de susciter des troubles dans l'État , et de fomenter la dissension entre deux grands officiers de la couronne. Dans son procès, on établit qu'il était permis de cacher une lettre diffamatoire contre un simple particulier, mais que c'était un grand délit que d'en cacher une contre un officier public. En conséquence, la cour prononça ( 1639, 14 févr. ) que l'évêquc de Lincoln payerait une amende de 5,000 liv. au roi, desdommages, jusqu'à concurrencede3. 000 liv., à l'archevêque; qu'il ferait sa soumission, et tiendrait prison, au bon plaisir du roi (1).

Williams Prynne était un avocat au barreau de Lincoln , d'un caractère sombre et triste, profondément imbu des doctrines du puritanisme, et vivement animé contre les vices dominants de son siècle. Il s était persuadé que la vie dissolue de quelques jeunes gens de sa connaissance venait de l'habitude de fréquenter les théâtres, et pour prémunir le public contre ce mal horrible et toujours croissant, et prouver que la nation s'avançait rapidement vers le paganisme, il écrivit un énorme volume de 1,000 pages in-4°, intitulé u Histriomastrix. » Il se plaignait de ce que , durant les deux années précédentes, on avait mis en vente plus de 40,000 exemplaires de pièces de ihéât re ; qu'elles étaient imprimées sur de meilleur papier que la plupart des bibles, et achetées avec plus d'empressement que les meilleurs sermons; et que les théâtres de la capitale, véritables chapelles du diable, s'étaient augmentés jusqu'au nombre de six, le double de ce qu'il en existait à Rome sous le régne de l'infâme Néron. 11 représentait les acteurs comme les ministres de Satan , et les personnes qui fréquentaient les théâtres comme s'avançant sur le grand chemin de la damnation. Il dirigeait également ses attaques contre les mascarades de la cour et les amusements du peuple. La danse était la profession du diable, et chaque pas de danse

(1) Rushworth, h, 416-449 , 803-817. Hovell, m, 770-824. Si noux en croyons seulement la moitié du récit de ces pernécuiionx, rapportées par Hacket , nous devons admettre que, pour moUnter le prélat coupable , le roi et ses conseillers ne se firent pas scrupule de violer tous les principes , et même les formes ordinaires de la justice. Hacket ,11,43, 140.

un pas vers l'enfer. La danse faisait des ladics anglaises de a tondues et frisées madames, » et leur enlevait toute modestie : la danse avait causé la mort de Néron , et porté trois « dignes » Romains à donner la mort à l'empereur Gallien. Il déclamait avec une égale amertume contre la chasse, la plantation du mai, les fêtes publiques, la décoration des maisons avec du lierre au temps de Noël , les cartes , la musique, et les perruques. L'Église ne pouvait lui échapper. La soie et le satin des ecclésiastiques, et leur multiplicité, les chants qu'ils beuglaient dans l'église, leurs plongeons et leurs boonetades devant les autels, reçurent les coups de fouet sanglants du satirique. Depuis longtemps Prynne était signalé. Laud l avait déjà cité deux fois devant la haute cour de commission, et deux fois la victime lui était échappée, par des défenses venues de Westminster-Hall (1). Mais sa dernière publication le soumit à la juridiction d'une cour plus indépendante. Le prélat s'empressa de lire au roi les passages qui paraissaient dirigés contre lui et la reine, dansant à la cour : et Noy, procureur général, reçut l'ordre d'appeler Prynne à la chambre étoilée, comme auteur d'un libelle séditieux et dangereux (1632, 7 févr.). Ce fut en vain qu'il protesta sur serment n'avoir eu aucune intention déloyale ou factieuse, aucun dessein de comprendre le roi, ou la reine, ou les lords, ou les femmes vertueuses dans la censure générale de sou livre, et qu'il témoigna ses regretsdes passages divers qu'il reconnaissait trop sévères, trop violents et injustifiables : il fut condamné par la cour à être chassé du barreau , exclus du collège des avocats de Lincoln, et dégradé à Oxford; à être exposé au pilori à Westminster (7 mai) et à Chcapside (10 mai); à perdre une oreille dans chacun de ces lieux, à voir brûler son livre, sous ses yeux, par la main du bourreau commun ; à payer une amende de 5,000liv., à subir une prison perpétuelle. Un châtiment si sévère méritait et encourut l'improbation publique; mais lorsque les puritains s'exhalaient en invectives contre la cour qui l'avait infligé, ils devaient se rappeler le jugemeut encore plus barbare qu'ils avaient prononcé au parlement,

(1) Jugement de Canterbury, 507. Beylin, 155, t73,

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