CHAPITRE I
se fût écoulé avant que le roi d'Écosse eût reçu aucune nouvelle certaine de l'exécution de sa mère. En l'apprenant (8 mars), il fondit en larmes. Il ne parlait que de vengeance. Le peuple partageait le ressentiment du roi ; et les étals offrirent leur fortune et leur vie pour cette querelle nationale. Rebart Carey, Mis de lord Hunsdon, qui arrivait avec une lettre d'Elisabeth , eût été victime de la fureur des Écossais, si Jacques ne lui eût envoyé une garde pour le proléger (1). Dans sa lettre, la reine affirmait au jeune monarque qu'elle était innocente de la mort de Marie ; que les ministres qui l'avaient ordonnée à son insu seraient sévèrement punis; qu'elle voulait lui tenir lieu de sa mère, dont la condamnation ne porterait aucun préjudice à ses droits et à ses espérances. Les partisans d'Élisabeth à la cour d'Écosse défendirent sa cause. Ils avertirent Jacques de ne pas oublier qu'il était l'héritier présomptif de la couronne d'Angleterre; de ne pas perdre ce magnifique héritage, en offensant une princesse qui seule pouvait l'en éloigner, et de ne pas compter sur l'incertaine amitié des puissances étrangères, qui, lorsqu'elles prétendaient s'occuper de son honneur, ne songeaient réellement qu'à leurs propres intérêts. Il répondit qu'il pensait comme eux , qu'il était avide d'une satisfaction; mais qu'il lui fallait préalablement consulter les princes ses alliés. Elisabeth avait peu à craindre de ce faible monarque; néanmoins, elle renforça son armée sur les marches, répandit l'or à pleines mains parmi les seigneurs écossais, et pour alarmer le roi , elle fit venir Aranella Stuart à la cour, et la présenta publiquement comme son successeur présumé. Le ressentiment de Jacques se dissipa de nouveau ; son indignation s'apaisa graduellement ; le cri de vengeance fut étouffé par les conseils de la prudence ; et la facilité avec laquelle il se rendit amena le soupçon qu'il regardait la mort de sa mère comme un avantage pour lui, comme un événement qui I avait délivré d'uuc rivale au trône d'Écosse (2).
(1) Mémoires de Carey, 13.
(2) Camden, 439,446-450. Les dépêches deCourcelle, Colton.,Mi8. Cal., i, ix, 233. Slrype, iu,377.Eliis, m, 23. Kcerlon, 130. Arabtlla n'avait que douze an*. • Voyezla bieo, dit la reine à madame de Cbalcauueuf, elle sera quelque Jour toute faicte comme moi , et sera une
l>a vengeance de Henri III n'était pas plus redoutable. Un sentiment d'honneur l'avait porté à prévenir Llisabeth , qu'il considérerait l'exécution d'une reine douairière de France comme une insulte à la couronne française; mais, au milieu des guerres civiles dans lesquelles il était engagé , il ne pouvait accomplir ses menaces, ni voir avec trop de déplaisir un événement qui rabaissait de beaucoup l'importance de l'homme qu'il haïssait le plus, le duc de Guise. Actuellement que la téle de Marie était tombée , il était de l'intérêt des deux puissances de renouveler leurs anciennes relations d'amitié. Le principal obstacle venant de la prétendue conspiration formée , pour assassiner la reine, par l'ambassadeur français, Élisabeth fut la première à céder. Elle assura L'Aubespinc '19 mai) qu'elle n'avait jamais donné aucun crédit à ces rapports ; qu'elle avait eu toujours une très haute idée de son honneur et de son intégrité; que sa conduite dans les dernières circonstances avait encore augmenté son estime pour lui. Après l'audience qu'il obtint de la reine , tous les ministres l'abordèrent successivement, et, en présence de toute la cour, lui adressèrent la parole, en commençant par le comte de Leicester: ils l'assurèrent de leur respect et de leur amitié ; de la douleur que leur avait causée la dernière accusation , dont ils le savaient innocent , et du désir qu'ils éprouvaient de voir mettre en oubli les causes de dissension. Cette comédie (ce sont les expressions de l'ambassadeur; termina la querelle entre les deux couronnes (I); et la mort de Marie fut
maîtresse dame, mai* j'auray esté derant elle : elle est fille de très-bel esprit, qui parle latin, italien et français fort bien. • Epcrlon , 132.
(1 ) Voyez une lettre très-intéressante de l/Aiibespine, dans Ejjerion , 0, 10. Après une apologie publique, faite a l'ambassadeur, Elisabeth, le prenant par la main, le conduisit dans un coin de la chambre : là, elle lui dit que depuis leur dernière entrevue, elle avait élé accablée par la plus fraude des calamités, la mort de la reine d'Écosse. Elle protesta , par mille serments , qu'elle en était innocente ; qu'elle était déterminée à ne jamais exécuter la semence qu'en cas de rébellion ou d'invasion ; que quatre membres du conseil (ils étaient alors daus la chambre) l'avaient abusée d'une manière qu'elle n'oublierait jamais ; qu'ils avaient vieilli à son service, et avaient agi par de bons motifs; ou , sans cela, par Dieu ! ils y auraient laissé leurs tête*. Mais, ce qui l'affligeait le plus, c'était le mécontentement du roi de
laissée sans vengeance par ceux qu'elle intéressait principalement, son fils, le roi d'Écossc, et son beau-frère, le roi de France.