‹ Histoire d' AngleterreChapitre 131 sur 307 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

peu d'années au paravant , contre Kloyd , avocat I catholique, pour un délit bien plus douteux j encore (I). La persécution ne dompta point le caractère de Prynne. De sa prison , il dénonça l'apostasie des prélats, dans un ouvrage intitulé «Nouvelles dipswich.» Il essayait de prouver qu'ils étaient des lords de Lucifer, des loups dévorants, et des traîtres exécrables; il les accusait d'une longue suite d'innovations, tendantes, selon son opinion, à détruire la pure doctrine de l'Évangile , et à introduire les superstitions du papisme (2). Il trouva un homme capable de le seconder dans le docteur "Bastwick , son compagnon de prison. Bastwick était un médecin qui avait écrit contre l'institution divine des évéques un traité iutitulé: Elenchus papismi et flagellum episcoporurn Latialium. Celait un beau sujet de discussion; mais, dans l'opinion des ecclésiastiques, il l'avait traité plutôt en libelliste qu'en théologien (1635, 12 févr.), cl il fut excommunié par la haute cour de commission , suspendu de l'exercice de sa profession , et condamné à payer, outre les frais du procès , une amende de 1,000 liv. au roi, à être enfermé pendant deux ans, et à se rétracter. Alors il écrivit un autre traité: *Apologeticus ad prœsules anglicanos, suivi des litanies de John Bastwick, docteur en médecine, maintenant plein de dévotion , et reposant en ce moment in limbo patrum.i» Cette singulière et incohérente rapsodie avait pour but de dévoiler <ile faste et l'irréligion des évéques, et l'inutilité et l'impiété des livres de prières» (3). On trouva un

(1) Riubwortb, il, 220-241. Howell, m, 5G1-586. Wilbelock, 18-22. Heylin, 230-264. Une lellre au comte de Siraffbrd nous apprend «qu'immédiatement après l'exécution, Prynne Ht recoudre ses oreilles , qu'il espérait pouvoir encore faire reprendre à sa tête comme auparavant. . Mémoires de Straftord , i , 266.

(2) Ces innovation* étaient la prohibition des sermons au dernier jtone général, l'ordonnance qui le fixait au mercredi, l'empêchement des lectures le mercredi , l'omtMton d'une rollecte et d'une prière pour obtenir une saison convenable, et du nom de la princesse Élinabetb et de se* descendants . dans la prière pour la famille royale. Ru»hworth, m, App., 110-122.

(3) Le passage suivant , qui n'est pas un des plus offensif* , petit donner une idée du reste. • Si nous jetions les yeux sur la vie , les action*, et les mœurs des prêtres et des prélats de noire â|je , si nous considérions leur orgueil, leur faste, leur imprudence, leur irréligion ; leur profanation, leur cruauté, leur impiété , etc., no

troisième apôtre dans Henri Burton, ecclésiastique qui avait été chapelain du roi avant son voyage en Espagne, et que, depuis, la haute cour de commission avait suspendu pour deux sermons intitulés « Dieu et le Roi , » prononcés le 5 novembre dans sa propre église de Saint- Matthieu, à Londres. Pour sa défense , il écrivit une apologie où il invitait toutes les classes de la société à s'opposer aux innovations des prélats, qu'il stigmatisait des noms infâmes de «gardiens (watchmen) aveugles , de chiens mueis, de loups dévorants , de champions de l' Antéchrist, de voleurs d'àmes, de membres de la béte, et d'agents du diable» (1).

Les ecclésiastiques les plus orthodoxes pouvaient bien supposer que le style bas et dégoûtant de ces écrits serait un antidote suffisant pour le poison qu'ils contenaient. Mais Laud, comme il paraît par sa correspondance avec Siraffbrd, avait pris pour devise les mots t/iorougfi and tlwrough (tout au travers et complètement). II était persuadé que la sévérité seule pourrait vaincre l'obstination de ses adversaires, et il espérait les forcer à se soumettre par la crainte du châtiment. Sa conduite eut un effet tout contraire : elle favorisa l'idée que les livres établissaient des vérités qu'on ne pouvait réfuter, et éleva au rang des martyrs les libellistes qui, par la constance avec laquelle ils subirent leur peine, augmentèrent le nombre des prosélytes. A sa demande, une information criminelle fut commencée, à la chambre étoilée, contre Prynne, Bastwick, et Burton, accusés d'avoir cherché à discréditer le gouvernement de l'Église et de l'État, et à exciter

penserions-nous pas que l'eu Fer est ouvert, et que les diables, en surplis, en capuchons, en chapes, en rocbcls, et eu bonnets carrés... sur leurs télés, se sont répandus parmi nous, et nous ont tous Pouah! qu'ils

puent ! • P. 14.

(I) Il leur reprochait d'avoir substitué «au nom de Jésus • à « par le nom de Jésus , tout genou doit plier '; » d'avoir changé les mots ,« dont la religion est une révolte , » en ceux-ci : « qui tourne la religion en révolte ; » d'avoir omis la prière pour la marine au jour de jeûne ; de lire le second office à la table de communion ; de se prosterner quand ils entraient dans l'églbe et approchaient de la table; de la placer, en façon d'autel, à l'extrémité la plus élevée du sanctuaire , et d'avoir introduit un nouvel article de religion , apporté de Rome , qui est la clause contestée du 21" article Rusbw., m, App., 122-132.

I1IST0IRK D'ANGLETERRE.

à la révolte les sujets de Sa Majesté. Burton répondît ; mais comme son discours était d'une longueur démesurée, et encore plus outrageant que ses premiers ouvrages, il fut supprimé comme impertinent , de l'avis des deux principaux juges. Les ré|»nse« de Prenne et de Bastwick furent de même nature, offrant de prouver que les prélats usurpaient la prérogative, méprisaient les Icriiurcs, favorisaient le papisme et l'irréligion, opprimaient les fidèles, étaient les serviteurs du diable, et les ennemis de Dieu et du roi , et de tout ce qu'il y avait de vertueux sur la terre. Mais il fut impossible de faire signer de pareils mémoires par deux conseils; et, selon le règlement de la cour, aucune défense ne pouvait être admise sans cette formalité. 11 y avait, à la vérité , une apparence de dureté dans le refus d'écouler la défense des accusés ; cependant leur défense, eut-elle été entendue, n'eût paru qu'une aggravation du crime, et eût rendu leur punition plus sévère. On les condamna à deux heures de pilori , à subir l'amputation des deux oreilles (1637, 14 juin), à payer chacun 5,000 liv. au roi, et à une prison perpétuelle (1). La sentence fut exécutée 30 juin) dans la cour du palais; et , du pilori, les prisonuiers haranguèrent la foule des spectateurs, qui admira leur fermeté , prit pitié de leurs souffrances, et exprima, lorsqu'on leur coupa les oreilles, une désapprobation générale par des cris et des silflels. Les événements de ce jour remplirent d'alarmes le cœur de l'archevêque; mais ses craintes, au lieu de lui prouver la maladresse impolitique de ces cruels spectacles, ne firent que l'exciter à redoubler de rigueur. Il obtint un ordre pour dérober les trois patients à la proximité de leurs amis et à la commisération publique, et pour les enfermer séparément dans les châteaux de Launceston . de Carnarvon , et de 1 encastre. A sa surprise, leur départ de Londres et leur marche pendant tout le voyage, ressemblèrent à un rortége triomphal : les routes étaient couvertes d'amis et de spectateurs v2) , et l'on se dispu-

(i) Procès d'État de llowell.ui, 71 1-770.

(2J Laud parie de millier» (Mémointde Sirafford, h, W), Ingram , le sous-gardien, dit auruiquïl n'y avait pas moins de 100,000 hommes réunis pour voir passer Burlou entre Sinithfield et a deux milles au delà de High-

tait le bonheur de parler aux martyrs , et de leur offrir des secours. Le zèle de l'archevêque ne se relâcha pas encore. Il ordonna que ceux qui avaient eu l'audace de remplir les devoirs de l'hospitalité envers Prynne , sur la roule de Chester, fussent traduits devantla haute cour de commission , siégeant à York , qui les condamna , les uns à payer 600 liv. , d'autres 300 liv., et quelques-uns 250 liv. d'amende; à reconnaître publiquement leur faute, dans la cathédrale devant la congrégation, et dans la place publique devant le maire, les aldermen, et les citoyens de Chester (I). Quant aux pri-

gale. Sa femme suivait en voiture , recueillant beaucoup d'argent qu'on lui portait a son passade. Ibid., 114.

(1) Voyez «Nouvelle Révélation de la tyrannie des prélat* dans les dernières persécution» » La vive impression qu'avait produite sur l'esprit public la publication de plusieurs ouvrage» qui rendaient compte de la conduite de Prynne, de BastwicL, et de Burton , et qui rapportaient leurs discours pendant l'exécution de la sentence, engagea la cour de la chambre étoilée a publier une ordonnance pour modifier les règlements sur la presse. On défendit, 1° l'importation ou la vente des livres imprimés outre-mer, qui attaquaient la religion, nu l'Église, ou le gouvernement , ou les chefs de l'Église ou de l'Élat, ou l'État tui même , ou aucune corporation , on tontes personnes en particulier , ou les personnes en général , sous peine d'amende, d'emprisonnement, ou d'autres punitions corporelles qui seraient ordonnées par la chambre étoilée ou ia haute commission ; 2" d'imprimer aucun livre , quel qu'il fût . sans, au préalable, en avoir obtenu l'autorisation, sous peine, pour l'imprimeur, d'être privé du droit d'exe. cer son industrie , et de subir Ici autre châtiment que l'une des deux cours susdites lui infligerait; 3" elle ordonnait que les permissions seraient accordées pour les livres de lois , par l'un des principaux juges ou le président ; pour les livres d'histoire ou concernant les affaires politiques, par les secrétaires d'État; pour tes livres de blason , par le comte maréchal ; pour les livret de religion, philosophie , poésie, physique, et autres sujets, soit par l'archevéqu; ou l'évoque de Londres, ou par ki chanceliers ou vice-chanceliers de l'uni» ersité, qui cependant pourraient choisir d'autres censeurs pour travailler sous leur direction ; 4° que chaque imprimeur mettrait son uom et celui de l'auteur a tout livre, ballade, ou description qu'il imprimerait ; 5" qu'il n'y aurait plus que vingt maîtres imprimeurs , ou ire ceux du roi et des universités; qu'aucun imprimeur ne pourrait avoir plus de deux presses ou de deux garçons , a moius qu'il ne fût le doyen juré de la compagnie ; 6° que si toute autre personne s'avisait d'imprimer ou de travailler à la presse ou a la composition, elle serait mise au pilori, fouettée dans les rues de Londres , et subirait tout autre châtiment à la volonté de la cour ; 7° qu'on ne tolérerait plus que quatre fondeurs de caractères. 2juilM 1037. Rusbworlb, m, A pp., 306- On ne pouvait imaginer un meilleur moyen

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