‹ Histoire d' AngleterreChapitre 132 sur 307 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

sonniers.on résolut de les bannir d'Angleterre, mais de les tenir toujours en état de réclusion. Bastwick fut envoyé aux lies de Scilly (les Sorlingues); Burton à Guernesey(27 août), dans le château de Cornet; et Prynne, à celui de Montorgueil , dans l'Ile de Jersey.

Les procédures suivies devant la haute cour de commission ne firent pas moins de mécontents que celles de la chambre étoilée. Jamais les pouvoirs dont elles étaient armées n'avaient été exercés avec plus de rigueur ; jamais les châtiments qu'elles infligeaient, les amendes, les emprisonnements, les dépens, n'avaient été si arbitrairement multipliés que sous le métropolitain actuel. Ces cours avaient la prétention de counatire de toutes infractions publiques aux mœurs, de tous discours écrits, ou actions tendantes au mépris de la religion ou de l'Église reconnue par la loi : et comme, dans l'exécution de ces devoirs, elles se trouvèrent souvent en opposition avec les cours de Westminster, la rivalité des juridictions civiles et spirituelles provoqua naturellement un sentiment d'hostilités entre l'Église et le barreau. Le peuple vivait dans une crainte continuelle de ces tribunaux inquûitoriaux; il était persuadé que beaucoup de poursuites avaient lieu, non pour le maintien des mœurs et de la religion, mais dans le seul but de lever des amendes, afin de créer un fonds destiné spécialement aux réparations de la cathédrale de Saint-Paul (1). Sous un certain rapport, à la vérité , la baute cour mérita quelque louange, par son impartialité : elle punissait également les riches et les pauvres; mais cette circonstance même tourna à son préjudice. 11 se trouva , dans chaque comté, des hommes considérables par leur rang et leur influence, qu'on avait forcés de faire pénitence publique , pour leur incontinence ou pour quelque autre vice scandaleux ; ceux-ci , par vengeance, et les autres, par crainte d'un châtiment pareil, apprirent à ne voir qu'avec horreur cette juridiction qui humiliait leur orgueil , et contrariait leurs

d'asservir la presse; mais don cette cour tira-t-clle le pouvoir de faire un lel règlement ?

(t) Voyez dtux commissions pour te» réparation» de Saint- Paul dans la Bibliothèque royale , 214-268, 10a»ril 1C32, et 20 décembre 1654.

plaisirs. La rigueur de l'archevêque produisit un effet coniraire à son attente : au lieu d'affermir le pouvoir de l'église , il lui suscita une multitude d'ennemis, prêts à s'unir au premier moment favorable pour la renverser de ses fondements (1).

Personne, dans le conseil, ne combattait avec plus de hardiesse la politique de Laud que le comte de Portland , lord trésorier. Sa mort, arrivée en 1635 (H mars), délivra l'archevêque de son plus formidable adversaire: le trésor fut alors administré par une commission, et Laud en devint le chef. Avec l'impétuosité qui le caractérisait, il se plongea dans un océan

| d'affaires dont la nature lui était étrangère.

i Bientôt il devint l'instrument aveugle d'hommes rusés et de gens a projets, qui lui proposèrent des plans pour l'accroissement des

' revenus publics, tandis qu'en réalité ils ne songeaient qu'à leur intérêt personnel; et, pendant plusieurs mois, il se trouva journellement engagé dans des querelles avec ses collègues, particulièrement avec lord Cotlington, le chancelier de l'échiquier. A l'expiration de l'année (1636, 6 mars), il conseilla au roi de dissoudre la commission, et de remettre le bâton blanc à son ancien compagnon d'études,

(1) Voyez Clarendon (i, 94), et l'Histoire de plusieurs poursuites faites par cette cour, dans Prynne (Jugement de Canterbury, 93-102). En voici uo que je rapporterai à cause de sa singularité. La vicomtesse Purbeck , que le lecteur connaît déjà , avait été convaincue d'adultéré avec sir Robert Howard , et condamnée a faire pénitence , pieds nus, eu cbemise, dans l'église de Savoie. Cependant elle parvint à s'échapper sous des habits d'homme , rejoignit son amant a sa maison de campagne, vécut avec lui plusieurs années , et en eut plusieurs enfants. En 1635, ils se hasardèrent à revenir à Westminster. Le roi en avertit Laud, qui les arrêta, renferma le chevalier à la FloUc, envoya la dame à Gate-Hout>e, avec ordre d'accomplir sa pénitence le dimanche suivant. Howard ayant, par le moyen d'un ami, corrompu la fidélité du garde, lady Purbeck s'enfuit a Guernesey, d'oii elle passa en France, et la haute cour condamna sir Hubert a demeurer en prison jusqu'à ce qu'il représentât la fugitive. Trois mot» après, il fut mis en liberté sur non engagement de 2,000 livre» , de ne jamais la revoir . et sur celle de 1500 livres pour ta propre caution et celle de «es frères , de comparaître quand on l'appellerait. Dans le long parlement, le» lords lui accordèrent 1 ,000 liv. de dommage*, 500 liv. de l'archevêque, et 250 liv. de Martin et de Lambe, juge» de la cour. Voyez Mémoires de Strafford , i , 390, 423, 426,434,447. Joum. de» lord», 113 117. Malheurs 1 de Laud, 146.

IIISTOIRK D'AMiLKTKilttK

le docteur Juxon, pour lequel il avait obtenu depuis peu l'évèché de Londres. Celte nomination excita une surprise générale : une remarque de Laud, dans son journal, en indique le but. «Maintenant, si l'r'glise ne se protège pas elle-même sous la loi de Oicu, je n'y puis rien.» Cependant, quoique Juxon cntrAt en charge sous des auspices défavorables, quoiqu'il ne Fût point porté par la nature ou par l'éducation à faire exécuter des mesures illégales, ou ù lutter contre la turbulence de celte époque, il remplit son emploi avec tant d'intégrité et de tolérance, qu'il encourut un moindre degré de haine que les autres membres de l'administration. Quand ils rendirent respectivement leurs comptes au long parlemcut, il sortit sans tache de celle épreuve, et quilta sa charge en emportant les respects des hommes mêmes qui voulaient détruire a la fois, l'ordre auquel il appartenait daus l'Église, cl le parti auquel il s'était réuni dans l'fclal (I).

Une des grandes découvertes faites par les commissaires du trésor, regardait les foréls et les bois royaux. Les forêts, dont l'étendue était immense du temps des rois normands, avaient été, dans un espace de cinq siècles, considérablement réduites : il n'était pas facile de prouver quelles terres et quels droits, réclamés par différentes personnes, tiraient leur origine d'usurpations ou de concessions du souverain (1035, 7 avril), ta commission prit avantage de cette incertitude, et le comte de Ilolland accepta la charge de grand maître des eaux et forêts au midi de la Trcnt. Aidé de plusieurs juges, comme adjoints, il tint successivement sa cour dans les différentes provinces : | il rechercha quelles étaient les limites primitives [ des forêts, et les tenanciers furent sommés d'exhiber leurs litres ou de répondre de leurs usurpations. Les bruits les plus alarmants se répandirent, et l'on crut que la plus grande J parlic de chaque comté d'Angleterre, à l'exception de Kent, Surrey, et Sussex , serait réclamée ' comme appartenant au roi. Les progrès de ! Ilolland furent arrêtés par les troubles qui ' s'élevèrent. Mais il avait déjà versé au trésor I des sommes immenses, provenant des amendes

(I) Clareodon, i, 98, 99. Journal de Laud, 51-53 Mémoire» Je Strafford . i , 431 «3, 1 w. 449. 17^

| qu'il avait imposées, ou des accommodements auxquels il avait contraint un grand nombre de personnes, qui furent déclarées avoir empiété sur les terres ou les droits de la couronne (I).

Cet abus, quoi pic énorme, ne portait que sur quelques individus; mais un autre fardeau s'étendit bientôt sur tout le royaume. Noy, après sa défection du parti patriotique, conserva cette humeur chagrine et cette indépendance apparente de caractère qui l'avaient toujours distingué. Maison pouvait facilement le gouverner en le flattant; et les ministres, en vantant son savoir et son adresse, l'amenèrent à découvrir une source nouvelle et plus productive de revenus. Il avait trouvé dans les archives delà Tour, non-seulement des ordonnances qui forçaient les ports a entretenir, en certaines occasions, les vaisseaux de la marine royale, mais encore d'autres acles qui obligeaient leurs voisins des comtés maritimes a contribuer à la dépense. D'après cela, il imagina un plan, par lequel on pouvait se procurer une flotte puissante sans aucun surcroît de frais pour le irésor. A celle époque, où le droit de la couronne d'Angleterre à la domination des petites mers lui était disputé (2), les marins français et hollandais s'emparaient, chaque année, de la pêche anglaise; les croiseurs des diverses puissauces en guerre entre elles, pouvaient faire des prises contre le droit des gens; et les corsaires turcs, dans quelques descentes partielles, avaient emmené en esclavage des habitants des eût es d'Irlande (3). La nécessité de repousser les agressions servait de prétexte; mais il existait un autre projet, tenu secret, et pour l'accomplissement duquel Charles demanda une flotte nombreuse. Il

(I) lbiJ.,i, 410,413 , 435 . 463 , 407.. Milord de Salitbury fut forcéâ payer 2 ),000 1 ir., te comte de Vestmoreland 19,000 tiv., sir Christophe Halton 12,000 liv. , milord >V\vpori 3,000 Uv., sir Lewis Watson 4,000 livret , Kir Robert Batinister 3,000 livres , et beaucoup d'autres des nomme* moins fortes, pour usurpations faites sur la forêt de Rockingbatn seule. • Ibid. , u , 1 17.

(2; • Le but et la priucipale opération de la flotte c'est de tacher de recouvrer la domination des mers. » Mémoires de Strafford , i , 416.

(3) «Le pillage fait par les Turcs sur les côtes est insupportable ; et il n'est rien de plus infâme dans un roi chrétien , que de recevoir nos sujets, et de les laisser eusuile conduire par lerre , enchaînés de la Rochelle a Emilie. • Ibid , u , 25 Voyez aussi I, 6S.

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