CHAPITRE X
\jz mérite de leur détermination élail tout entier dans leurs arguments, et la faiblesse de ceux ci induisit à croire qu'ils avaient prononcé d'après leur intérêt , plutùt que selon leur conscience (I).
Mais Charles ne se contenta pas de semer le germe du mécontentement en Angleterre : les mêmes moyens arbitraires, le même dédain de sa parole royale, la même violation des droits particuliers signalèrent son gouvernement en Irlande. Craignant que l'expédition contre Cadix ne provoquât les Espagnols à faire une descente dans l'île, il avait donné l'ordre d'augmenter l'armée irlandaise de 5,000 hommes de pied et de 600 chevaux. La levée des hommes ne présenta pas de difficulté ; mais il fallait pourvoir à leur entretien , et ce fut un problème que le vice-roi, lord Falkland, ne sut pas résoudre. Il réunit les principaux propriétaires, qui consentirent à offrir au roi une forte somme d'argent, en retour de certaines concessions, et envoyèrent des délégués à I.ondres' pour convenir, avec le conseil anglais , des conditions du contrat. Le bruit se répandit aussitôt qu'ils avaient reçu des instructions pour solliciter certaines indulgences en faveur des réfractaires catholiques, qui formaient les deux tiers de leur réunion. Le son même du mot «iudulgence» alarma le zèledUsber, archevêque d'Armagh; il convoqua onze autres prélats, et la déclaration de ce synode fut solennellement publiée devant le vice-roi , dans Christ-Church , à Dublin, par Downham, évôquede Dcrry. On y disait, 1° que permettre le libre exercice du culte catholique serait un péché grave, parce que non-seulement il ferait participer le gouvernement â la superstition , l'idolâtrie, et l'hérésie de ce culte , mais encore à la perdition du peuple séduit, qui périrait dans le déluge de l'apostasie catholique ; 2° qu'accorder une telle tolérance, dans le dessein d'obtenir l'argent que devaient donner les réfraclaircs, c'était mettre la religion en vente, et avec elle les âmes du peuple que le Christ avait rachetées de son sang (2). Cette doctrine concordait sans doute avec les maximes intolérantes du temps. Mais Charles ne balança pas entre
(I) Clarendon , i , W (2; Cyp AnGlii , 206.
son orthodoxie et ses intérêts ; il accepta aves joie l'offre de 120,000 liv. , somme plus considérable que tout ce qu'on avait jamais payé â ses prédécesseurs; et, en retour de cette somme qu'on devait livrer en termes égaux, dans le cours de trois ans, il signa la concession de cinquante et une grâces (comme on les appelait), par lesquelles, outre le redressement des moindres griefs, il permit aux réfractaires de plaider devant les cours de justice, et de poursuivre la mise en possession de leurs terres à la cour des pupilles , en prêtant le serment d'allégeance civile au lieu du serment de suprématie; il accorda aux « entrepreneurs » dans les diverses colonies le temps de remplir les conditions de leurs baux; déclara que les réclamations de la couronne se limiteraient aux soixante dernières années; que les habitants du Connaught auraient le droit de faire un nouvel enregistrement de leurs domaines, et qu'on assemblerait un parlement pour confirmer ces privilèges , et pour établir chacun dans la possession paisible de ses terres (I).
Les délégués revinrent en Irlande avec des instructions pour le lord député, qui se hâta d'assembler un parlement, avant de s'être conformé aux conditions requises par le statut de Poynings. Ses ordres de convocation étaient incontestablement illégaux ; mais l'erreur , volontaire ou non , pouvait se rectifier , en envoyant d'autres ordres sous une forme plus légale. Néanmoins rien ne fut fait; les Irlandais, quoique surpris , se reposèrent avec une patiente confiance sur l'honneur de leur souverain; il ne leur vint pas â l'esprit de soupçonner qu'il put recevoir leur argent, et refuser de dégager sa parole.
Mais lord Falkland n'était pas l'homme qu'il fallait pour mettre â exécution les projets houleux du conseil anglais. Il fut rappelé pour faire place au vicomte Wentworlh, qui, sans se démettre de ses fondions de lord président du nord, accepta celles de gouverneur général de l'Irlande (12 janvier 1632). Wentworth apportait au service de son souverain cette austérité d'intention et celte opiniâtreté d'exécution qui autrefois lui avaient attiré l'inimitié du roi
(1) Voyez les privilège» détaillé» dan» les Mémoire» de Uraffnrd, i, 312.
et de son favori. Il avait été jadis le zélé champion des droits du peuple; il ne connaissait désormais d'autres droits que ceux de la couronne. L'Irlande, prétendait-il, était un pays conquis ; les habitants ne devaient ce qu'ils possédaient qu'au bon vouloir du vainqueur, et les imprudentes concessions faites par les rois précédents devaient être maintenant retirées ou modifiées par le monarque régnant. Avec ces principes, il se rendit à Dublin, assuré de la protection de Charles, et soutenu par l'influence de son ami , l'archevêque Laud. Sonartivéc fit époque dans le gouvernement de cette lie. 11 ordonna que le cérémonial de la cour d'Angleterre fût observé dans l'intérieur du château (juillet 1633}. On institua une garde, usage jusqu'alors inconnu sous les anciens gouverneurs : et les seigneurs irlandais les plus orgueilleux apprirent à connaître la distance immense qui les séparait du représentant de leur souverain (1).
Wcntworth s'était engagé à lever pour le rot un revenu permanent, qui devait l'arracher à la dépendance des libéralités du peuple ; mais ce devait être, observait - il , l'ouvrage du temps; et, dans l'intervalle, après avoir d'abord flatté les, catholiques et effraye les protestants de l'idée de voir continuer la cotisation volontaire (2), il se hasarda à convoquer un parlement. Charles exprima ses alarmes ; mais le lord député avait pris toutes les mesures nécessaires pour assurer le succès. Avec les ordres de convocation, il envoya une centaine de lettres de recommandation en faveur de candidats particuliers, et il obtint du roi de commander aux pairs absents d'envoyer au conseil le pouvoir de leurs représentants en blanc, afin qu'on y plaçât les noms qu'il conviendrait. Leur nombre était considérable ; ils étaient nés pour la plupart en Angleterre ou en Écosse, et n'avaient d'autre rapport avec l'Irlande que par les titres qu'ils avaient sollicités ou achetés de Charles ou de son père (3).
(I } Mém. de Strafford , i , 96 , 1 12 , 134.
(2) Mém. de Strafford , i, 71, 74, 76, 134.
(3) lbid., 186, 187, 246, 25». Charte» écrivait au député : • Lor« même que leur opiniâtreté voua forcerait à le* dissoudre , cela oe me outrait en rien , car je craint qu'ils n'aient quelque raison de me demander plus qu'il ne me contiendrait de leur accorder. » P. 233.
Lorsque le parlement fut ouvert, le lord député fit connaître son intention de tenir deux sessions, une pour l'avantage du roi , et l'autre pour celui du peuple. Durant la première, il obtint six subsides , beaucoup plus considérables que ceux que l'on avait votés jusqu'alors; mais les communes les volèrent par acclamations, persuadées qu'à la prochaine session elles obtiendraient la confirmation des privilèges (1). Elles furent grandement trompées dans leur attente. Pendant cette session , il leur apprit que de ces privilèges promis depuis si longtemps, et attendus avec tant d'impatience, il y en avait quelques-uns qui devaient recevoir la forme de lois ; que d'autres ne pouvaient être mis à exécution que par ordre du gouvernement , mais qu'il en existait d'autres tellement opposés aux prérogatives royales, que le roi ne pouvait, en toute justice, honneur et conscience, permettre leur établissement. De ce moment, l'harmonie fit place à la discorde ; Wentworth, par ses promesses et ses menaces, l'emporta à la majorité de 16 voix; le parti de l'opposition fut obligé de céder; et, quoique plusieurs lois utiles fussent adoptées, les plus importantes des concessions promises, comme faisant partie du traité de 1628, furent péremptoirement rejetées (2).
Wentworth obtint de la convocation duclergé huit subsides de 3,000 liv. chacun ; mais ce don généreux ne put épargner au clergé irlandais les mortifications que lui avait préparées l'archevêque Laud, qui regardait comme un point de la plus grande importance d'unir les Églises d'Angleterre, d'Écosse, et d'Irlande, dans la profession des mêmes doctriues, et l'observance de la même discipline. Les prélats irlandais s'y op-
(1) Autrefois un subside , en Irlande, était une taxe décennale d'un marc par ploughland ( certaine étendue de terre cultivée ), condition qui fit naître des fraudes innombrables dans les collectes ; pour les prévenir, on changea les subsides en un pavement de 4 shillings pour livre sur les propriétés en terre , de 2 shillings et 8 pences sur le mobilier , d'après l'usage d'Angleterre. Le subside des communes se monta & 40,000 liv. ; celui des pairs , taxé a 4 pour cent sur les rentes, produisit 6,000 liv. lbid., 400; Ormond de Carte, i, 62.
(2) Mémoires de Strafford, 280, 312,350, 414. On peut imaginer quels furent les artifices employés pour arracher le roi à l'odieux d'avoir manqué à sa parole, et rapporter le refus de ses c' âccs aux avis de son conseil, lbid., 280, 317, 320.