‹ Histoire d' AngleterreChapitre 135 sur 307 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

posèrent : leur É glise étant une Église distincte el indépendante, ils ne devaient aucune obéissance à l'archevêque de Canterbury : ils étaient satisfaits des articles de foi irlandais, tout erronés qu'ils parussent aux ennemis de Calvin et aux admirateurs d'Arminius. Le lord député essaya d'abord de les faire changer de sentiments : il leur certifia que le métropolitain anglais ne prétendait a aucune supériorité; il voulait que ces articles irlandais, les idoles de leur culte, disparassent sans réprimandes ou remarques ; il leur accordait même la permission de faire un nouveau code de discipline ecclésiastique ; mais en même temps il exigeait que ce code, quelle que fût sa forme, nes'écarlàt pas en substance de celui de l'Église anglicane, et qu'un de ses canons reçût rentière admission des trente-neuf articles. À sa grande surprise, il apprit qu'au mépris de ses ordres, les théologiens chargés de cette rédaction avaient introduit un canon qui enjoignait l'admission des articles irlandais, sous peine d'excommunication. Il manda l arcbcvêque, et le comité s'empara des minutes, reprocha au président d'avoir rempli le rôle d'Arminius, et lui défendit de faire aucun rapport sur ce qui s'était passé dans la convocation. Il ordonna alors â Usher de rédiger un canou qui autorisât les articles anglais; mais le travail du primat lui tlonna peu de satisfaction ( 10 déc. ) : YVentworlh en dressa un lui-même; il l'envoya à la chambre, avec des ordres portant qu'il était défendu de le discuter, et ordonné de lui faire connaître les noms de ceux qui voteraient contre. Un seul homme osa le rejeter , tous les autres se soumirent avec un sentiment de honte et d'indignation (I).

Lorsque le lord député récapitula tout ce qui s'était passé à la convocation et au parlement , il se hâta d'exprimer sa satisfaction à sou ami , l'archevêque. Il avait assimilé l'Église irlandaise à l'Église anglicane; il avait éludé la confirmation des privilèges; il avait obtenu des subsides qui non -seulement acquittaient toutes les dettes de la couronne, mais encore défrayaient toutes les dépenses extraordinaires du gouvernement. «Maintenant, sccrw-t-il,

fi) Mém de Slrafford, i, 298,329,319,381. Wilkins, ( oiic.,it, m, 516.

je puis dire que le roi est aussi atsolu ici que puisse l'être aucun prince de l'univers , et le sera toujours, si, d'un autre côlé, on ne gatc point ses affaires» (1). Ses succès l'engagèrent à mettre à exécution les autres plans qu'il avnit formés pour l'amélioration de l'Irlande. Lt* plus important de tous , selon son opinion , était l'abolition de l'ancien culte, œuvre qui ne devait point être précipitée par la violence, mais consommée insensiblement par l'opération graduelle des lois. Persuadé que l'attachement des ordres inférieurs à la religion catholique venait de leur disposition à imiter la conduite de leurs chefs, il crut aussi que, si l'on pouvait déterminer les principaux propriétaires à se conformer, le peuple suivrait spontanément leur exemple. Dans cette intention, il remit en pleine activité les pouvoirs oppressifs de la cour des pupilles. Un héritier catholique, s'il était mineur, était élevé, par ordre du lord député, dans la religion protestante; s'il était majeur, on lui refusait l'investiture de ses terres, jusqu'à ce qu'il eût abjuré sa religion en faisant le serment de suprématie. L'abolition de cet abus avait été solennellement promise par Charles, dans le contrat de 1628; mais Weritworlh, comme nous l'avons vu, évitait avec soin la confirmation de ce traité. 11 alla même plus loin : afin d'éluder les prétentions de la couronuc aux gardes nobles, et pour prévenir la nécessitéde poursuivre la mise en possession des terres, les catholiques s'étaient accoutumés à aliéner la propriété de leurs biens par des baux emphytéotiques et des fidéicommis secrets; mais ces expédients furent actuellement rendus inutiles , par un acte passé sur la demande du vice roi. qui ordonna que tous ceux qui tenaient des Urresdont l'usufruit appartenait à d'autres seraient regardés comme propriétaires effectifs, et que le transport d'aucun domaine d'héritage ne serait valide, à moins qu'il

( I ) Wilkins, Conc , iv, 3 H. V cet effet, il voulait prorofiercl non dissoudre le parlement, parce qu'il pouvait trouver utile de l'assembler de nouveau; mail Charles Insista pour qu'il fût dissous. • Mou expérience me prouve qu'ils sont de la nature des chat» , qu'il» deviennent omhra-eux rn vieillissant ; ainsi , si voulez obtenir quclqu» chose d'eu* , éloignez les quand il» arrivent a un ce 3i;e car lt« jeunes sont toujours plu» irauables

HISTOIRE D'ÀIVGLKTERRE.

ne fût transcrit et enregistré à la cour du ressort (1).

Le lecteuraura déjà remarqué, dans l'histoire du dernier règne, un des principaux griefs de l'Irlande : celait l'incertitude des propriétés en biens-fonds, provenant des prétentions cachées et non soupçonnées de la couronne. Par le traité de 1628, Charles avait consenti à confirmer, par un acte du parlement, les titres des possesseurs existants. Mais le lord député, qui avait déjà combiné un plan plus étendu de spoliation, et qui était déterminé à réclamer toute la proviuce de Connaught, comme droit du souverain, l'engagea , par ses promesses , à manquer à sa parole. Il prétendait que Henri 111 , ne se réservant que cinq cantons , avait abandonné les autres à Richard de Burgo, pour être tenus en fief, de lui et de ses successeurs au trône ; que les droits de Richard avaient passé , par mariage , au duc d'York , le grand-père d'Édouard IV, et qu'ils étaient descendus de ce prince à son légitime successeur, le roi régnant. Dans le comté de Roscommon , un jury de francs tenanciers, intimidés par ses menaces et sa présence, rendit un verdict (1635, 10 juillet) en faveur delà couronne. Il obtint un pareil résultai dans ceux de Mayo, Sligo, Clare, et Limerick ; mais les gens de Gahvay refusèrent d'abandonner l'héritage de leurs pères : ils alléguaient, pour leur défense, que la concession de Henri était bornée aux prérogatives royales et ne pouvait s'appliquer aux terres, et prétendaient qu'on ne pouvait prouver qu Edouard IV descendit de Richard de Burgo ; qu'il manquait à la chaîne un anneau important. Us étaient tous catholiques, et Wentworth avait déjà exprimé l'espoir que leur obstination lui donnerait un prétexte pour les traiter plus sévèrement que les

(I) Il remarque «que c'était un objet de haute considération , car autrefois , par le moyen des fidéicommis , ces personnes ne tombaient presque jamais en tutelle, et étaient aiiui toujours élevée» , de père en fils, dms une relicion contraire, dont on pouvait actuellement les arracher pendant le cour* de la tutelle. . Willin*. Conc, iv, 341 ; aussi 192, 312, 317. • Le comte d'Ormond en est la preuve. S'il eût été élevé dans le sein de sa famille , il aurait eu les mêmes affections, et aurait suivi la même religion que ses frères et sœurs , tandixqu a présent c cm un zélé protestant. «If, 18.

habitants des autres comtés. Il fut satisfait (août): le jury se prononça pour les francs tenanciers; Wentworth mit immédiatement le shérif à une amende de 1,000 liv., pour avoir envoyé une telle information , et fit conduire les membres devant la chambre du château , à Dublin , où ils furent condamnés chacun à une amende de 4,000 liv., et à garder prison à son bon plaisir. Le lord député, alors, dans une proclamation, promit la faveur du roi à tous ceux qui feraient volontairement hommage de leurs terres, menaçant de poursuivre devant la cour de l'échiquier ceux qui s'y refuseraient. Au lieu de se soumettre, ils en appelèrent à l'équité du roi , soutenant d'abord que les faits du procès étaient évidemment en leur faveur ; proposant ensuite de soumettre la question à la décision des juges anglais; et, en dernier lieu, offrant de payer une amende de 8,000 liv., pour la confirmation de la composition que leurs pères avaient faite avec la couronne , sous le règne d'Élisabeth. Mais Charles se conduisit par les conseils du vice - roi : les délégués furent arrêtés par ses ordres , et envoyés prisonniers à Dublin ; et les francs tenanciers, privés de tout espoir d'obtenir justice, firent successivement leur soumission. Conformément au premier plan , on méditait de rendre les trois quarts des terres à leurs possesseurs, et de réserver à la couronne la quatrième partie restante, qui ne montait pas à moins de 120,000 acres, afin d'y établir des Anglais, à des conditions qui procureraient annuellement un revenu considérable à l'échiquier : on proposa alors d'ôter aux habitants de Gahvay une plus grande portion, une moitié entière, en punition de leur opiniâtreté. Dans la poursuite de son dessein Wentworth avait ordonné de faire les mesurages nécessaires; mais les événements qui bientôt après le privèrent de la vie empêchèrent l'exécution de ce travail. Il en avait toutefois assez fait pour exciter un mécontentement général, et détourner l'affection des indigènes d'un gouvernement qui les traitait avec tant de mauvaise foi et de tyrannie (1).

Les inimitiés personnelles du lord député,

(1) Mém. de Strafford , i, 412,421, 450, 4C4, 470, 491, 521; 11,36, 76, 82, 9:4,98

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