CHAPITRE X
En 1616, le père du roi avait arraché à l'assemblée générale on acte qui autorisait la composition d'un nouveau livre de communes prières, et un code de lois ecclésiastiques. Ces deux concessions blessaient les sentiments religieux des Écossais , parce que Tune tendait à abolir l'usage des prières improvisées; l'autre à soumettre la conduite des ministres à la censure des évéques. Néanmoins, on rédigea une liturgie qui reçut quelques corrections de la plume du royal théologien, et fut envoyée en Écosse, pour être soumise à la considération des prélats. Mais le discrédit dans lequel tomba l'assemblée de 1616, et la résistance que l'on opposa aux cinq articles de Penh, ralentirent le zèle du roi et des évéques , et le projet semblait avoir été abandonné, lorsque, en 1629, la piété ou la politique de Charles le fit reparaître (1). Laud, à la vérité, avait travaillé avec vigueur à établir la liturgie d'Angleterre; mais ses arguments et son influence furent forcés de céder à l'opiniâtreté des évéques écossais, qni regardaient comme une honte pour leur pays de devoir le formulaire ou la discipline de leur Église à leurs voisins. Le roi chargea quatre prélats, que leurs principes ou leur servilité avait dernièrement élevés à la dignité épiscopale , de rédiger le code ecclésiastique, et de déterminer les formes de l'adoration publique, avec des instructions pour y comprendre un choix des actes passés à l'assemblée écossaise, conformément aux plus anciens canons, et pour en conserver la substance dans les nouveaux rites, bien qu'elle ne fût pas entièrement d'accord sur quelques points avec la liturgie d'Angleterre. Dès que ce travail fut achevé, on le soumit à la révision des prélats de Canterbury, de Londres, et de Norwich. Plusieurs corrections et améliorations furent suggérées et admises, et la copie corrigée reçut l'approbation du roi. Charles ordonna qu'il fût publié et observé. Mais ces canons firent leur apparition plus d'un an avant qu'on les mit en usage (2).
(1) Quoique In covenantaires attribuassent cette ■ notation » à Laud, il déclare solennel iement , dans l'bisloire de tes malheurs, qu'il en reçut le premier avis du roi, durant ta maladie, en 1629. Malheurs de Laud , 168.
(2) Bibliothèque royale, 125-138. Le quatrième canon du chapitre 8 porte que , «comme les réformes en fait
C'était certainement une entreprise hardie et aventureuse. Charles n'avait point le droit d'imposer à une nation une nouvelle forme d'adoration et de nouvelles règles de conduite, contraires à ses habitudes religieuses et à sa croyance. La loi ne l'avait pas déclaré chef de l'Église; il n'avait point obtenu la sanction du synode ou du parlement : il ne pouvait point s'attendre a ce que le clergé écossais résignât, au bon plaisir du souverain, son pouvoir législatif, ou l'usage des prières soudaines (1). Us étaient attachés à ces privilèges, comme leur appartenant de droit divin. Ils se glorifiaient de ne pas être retenus et enchaînes par des formes et des rubriques : ils réclamaient le droit d'introduire tous sujets d'intérêt local ou national dans leurs prières au ciel, et d'échauffer les passions de leurs auditeurs par la solennité de leurs appels à l'omniseience, et à la justice du Très-Haut. Le livre des canons les avait avertis de se tenir sur leurs gardes ; et au moment où la liturgie fut annoncée, les malheurs et les malédictions furent appelés du haut de la chaire sur la tète de ceux qui cherchaient «â bâillonner l'esprit de Dieu, à déposer le Christ de son trône en livrant par trahison l'autorité de l'Église au magistrat civil. » Ces dénonciations créèrent le plus sauvage fanatisme. Mais, tandis qu'on menaçait de résistance, et qu'on la préparait, les chefs, par un excès de prudence qui rarement accompagne l'enthousiasme religieux, imaginèrent, pour fuir le danger qui les menaçait, de s'en remeltre de ce pieux devoir «sur la vaillance chrétienne des saintes femmes.»
Au jour fiié, l'évéque et le doyen d'Édimbourg, accompagnés des lords du conseil , des juges, et des magistrats, se rendirent à l'église haute (23juill.), que l'on avait choisie pour cathédrale. Elle était déjà remplie, et principalement de femmes. Du momeut où le doyen
de doctrine ou discipline ne peuvent élre perfectionnés d'une fois, il sera léfial pour l'ÉRlise, dan* tous les temps, de faire des remontrances à Sa Majesté" , etc. • Les rvéïjnes écossais regardaient ce canon comme ires-important , et demandèrent qu'il n'y fut rien changé. Laud l'approuvat et témoigna sa satisfaction de ce que son vériial>le wns demeurait toujours caché. Dalrymple, n , 13. Malheurs de l>aud, 131.
(I) Le roi enjoiçnit le livre de* canons il le nouveau service « de son autorité royale. • Biblioth. loyale, 136- 138. Balfbur n ,li L
commença l'office, on n'entendit que des cris, des sifflets, et des imprécations. Les femmes de tout rang commencèrent par s'écrier, « que la messe se disait, que Baal était dans l'église. «Elles apostrophèrent le ministre sous les épithètes et les noms les plus injurieux. Elles brandissaient les tabourets sur lesquels elles avaient coutume de s'asseoir; quelques-uns même furent lancée daus la direction de la chaire (I). Le doyen, effrayé de ce tumulte, remit le poste d'honneur a l'évéque, son supérieur en diguilé et en courage ; mais le prélat n'eut pas plutôt ouvert la bouche, que sa voix fut étouffée par les cris de «renard, loup, ventru» (allusion faite à sa corpulence); et quelques moments après, un tabouret, lancé par un bras vigoureux, vint siffler a son oreille, et l'avertir de faire une prompte retraite. Petidant celle scène, les efforts des magistrats parvinrent à faire sortir les plus mutins de l'église : on ferma les portes, et le service commua, au milieu des interruptions répétées , causées par la grêle de pierres qui cassaient les fenêtres, et les cris du peuple qui,
Sous un gouvernement ferme, un tel outrage eut reçu une punition prompte et proportionnée; mais les ministres de la couronne en Ecosse ne s'engagèrent que lentement dans un débat où ils n'avaient aucun intérêt, et dont l'issue leur paraissait plus que douteuse. 11$ voyaient qu'une forte prévention contre l'épiscopat existait parmi leurs compatriotes; que le rétablissement de l'ordre était lié, dans l'esprit de la noblesse, à la perte probable des biens ecclésiastiques qu'elle possédait encore; et que l'introduction de huit prélats au conseil, la nomination de l'un d'eux aux fonctions de chancelier, et le pouvoir qu'on leur avait accordé de choisir les maîtres des articles dans le dernier parlement, avaient excité la jalousie cl les craintes des plus hautes comme des plus basses classes (I). Dans des circonstances aussi décourageantes, ils se retirèrent du débat, et laissèrent le comte de Traquaire, trésorier, exécuter les volontés du roi : lâche aussi odieuse que difficile, et qui lui attira le ressentiment de ses compatriotes, sans lui assurer la grati-
de l'extérieur, faisait entendre ces paroles: j tude de son souverain. Toutes les mesures pres- • Au pape! au pape! à l'Antéchrist! lapidez-le, ! crites par Charles ayant échoué, le parti de la
jeiez-lc dehors! «L'office terminé,le prélat sortit pour se rendre en hàlc à son logement, qui était a peu de distance; mais une foule de saintes femmes l'atteignit, le renversa, et le roula dans la bouc. Dans l'après-midi, on prit des précautions, et on lut la prière avec peud'inlerruptions, devant un auditoire peu nombreux et choisi; mais, lorsque l'évéque parut dans la rue, il eût subi le soi t de saint É tienne, si le comte de Roxburgh ne l'eût arraché au martyre en lui donnant asile dans son carrosse. Cependant les femmes le suivirent en poussant des cris et lançant des pierres, jusqu'au moment où les portes de Holyrood-House se fermèrent sur lui, et trompèrent l'espoir de vengeance de ses persécutrices (2).
(1) «Une dévole entendit un jeune homme derrière elle dire t arcen ; • à celle comédie nouvellement imaginée elle w re'ourtie précipitamment, et après avoir faii sentir a cet joues le poids de se* maius , elle lança contre lui la foudre détail «le. «Scélérat! s'écria-t-elle, n'y a-t-il pas d'autre endroii dans l'église où lu puisses chanter la messe , sans veutr la hurler a mes oreille»?. Balfour ; Journée de la bataille de* pierres.
(2) Comparez Nalsoii, i, (j-8; Gulbiy, 23; Hahïie, 5; Clare ndon , i. 101), avec pltm eur» passer* oii;;i-iaux
prélalure l'accusa de trahison : sa meilleure justification se trouve dans la conduite-de leurs adversaires, dont la haine infatigable le poursuivit sans rchkhe, comme le plus vigilant et le plus dangereux de leurs ennemis.
réunis par les soins de M. Brodie, n , 452. It parait que partout les femmes s'étaient mises à la léte des tédilieui. Au synode de Clascow, William Annan avait, dans un sermon, parlé favorablement du livre. «Au sortir de réalise, environ trente ou quarante de nos plus honnêtes femmes se répandirent , toutes ensemble, devant l'évéque et les magistrats , en injures, malédictions, invectives, clameurs, «mire M. Annan... A peine était-il dans la rue, â neuf heures, par une nuit obscure, accompagné de trois ou quatre ministres, que quelques centaines de femmes de tout rang , transportées de colère, l'entourèrent et le frappèrent vigoureusement 1 coups de poino, A coups de bâton», et avec des morceaux de tourbe , mais elles ne prirent point de pierres. Son manteau , sa fraise et ton chapeau , furent déchirés. (Quoiqu'il ne reçut aucune blessure dangereuse , néanmoins il fut en grand danger de mourir.* Baillie, 8.
(1) Je trouve que voici les meilleures raisons de ta conduite de la noblesse. • Huit des évéques étant maîtres des articles, avaient le pouvoir d'en choisir huit autres parmi la noblesse , connus pour être le plus auacbé*a Sa Majesté , cl ces seize , celui de choisir le reste ; ainsi tout dépendait d'eux, el ils dépendaient de Sa Majesté.» Mémorial de Dalrymplc, 47.