CHAPITRE X
L'on se fera facilement l'idée du dépit de ] Charles, quand il fut informé des derniers ! actes d'Édimbourg; mais, dans son opinion, reculer, c'eût été soumettre l'autorité royale à la volonté de la multitude, et préparer les voies à de semblables outrages de la part des puritains anglais: à la requête de quatre ministres, le conseil d'Écosse avait suspendu les lettres d'arrestation décrétées contre eux (28 août), jusqu'à ce que l'on pût bien connaître le bon plaisir du roi. Un messager arriva (20 septembre), les lords furent réprimandés pour leur lenteur, et l'ordre pour l'usage du nouveau livre de service fut renouvelé. Mais pendant ce temps, le nombre des pétitionnaires s'était accru ; des étrangers de tout rang étaient accourus en foule à Edimbourg pour les soutenir. Des jeûnes solennels avaient été observés pour implorer la protection du ciel, et les appels les plus incendiaires étaient faits au peuple en faveur de l'Église. Une seconde suspension eut lieu , et les supplications de la multitude furent adressées à la cour. Charles renvoya une semblable réponse (18 oct.); le mécontentement public augmenta, et une émeute faillit donner la couronne du martyre au lord trésorier et à deux des prélats. Le conseil, par l'ordre du roi, quittant la capitale, se retira au palais de Dalkeilh, et bientôt après consentit (15 nov.) à la proposition que, pour le maintien de la paix, les pétitionnaires fussent représentés par une députatlon qui résiderait en permanence dans la capitale. La grande et la petite noblesse des provinces , le clergé presbytérien et les habitants des bourgs, choisirent séparément une « table » ou un bureau de représentants , et l'on prit quatre membres de chaque « table, » pour former un comité de surintendance et de gouvernement, avec le pouvoir de recueillir les opinions des autres, et de décider sur toutes les questions en dernier ressort. Les cinq tables de la capitale correspondaient avec d'autres comités dans les provinces ; leurs ordres étaient reçus avec respect et exécutés avec promptitude , et en peu de semaines, les « tables» possédaient et exerçaient une autorité non contestée dans la plus grande partie de l'Écosse. lœs inventeurs de ce plan et les chefs des comités étaient le comte de Rothes, Balmerino, Lindsey,
Lothlau , Loudon, Yestcr, et Cransion (1).
Comme le nombre des pétitionnaires augmentait , ils poussèrent plus loin leurs demandes. Ils sollicitèrent la révocation formelle de la lilurgie, du livre de canons, et de la cour de haute commission. Ils accusèrent les évequrs d'être les auteurs des troubles qui agitaient l'Éccwse (21 déc.). Ils déclinèrent leur autorité. Ils protestèrent contre tous les actes du conseil auxquels les prélats auraient participé. Au bout de sept semaines (1638, 14 févr.), Traquaire reçut l'ordre de publier une proclamation dans Edimbourg et dans Stirling, déclarant les tables illégales, pardonnant à tous ceux qui retourneraient paisiblement dans leurs foyers, et ordonnant à tous les étrangers de partir, sous peine de trahison. Mais les pétitionnaires avaient eu préalablement connaissance de ces ordres : ils se rassemblèrent en grand nombre à Stirling et â Edimbourg, et dès que le héraut eut rempli son office, ils lurent et affichèrent â la croix du marché une contre-protestation (19-22 févr.). Cet acte extraordinaire était considéré comme un motif suffisant pour désobéir à l'ordre du roi (2).
Mais les chefs du parti anti-épiscopal adoptèrent un autre moyen beaucoup plus efficace. Ils composèrent une espèce de revenant ( acte d'alliance). II commençait par un acte plus ancien, qui contenait une profession de foi générale, et une courte abjuration des doctrines et des pratiques attribuées à l'Église de Rome. On y joignit l'énumération de tous les actes du parlement qui confirmaient les dogmes et la discipline de l'Église, et infligeaient des châtiments aux opposants. Puis venait le vœu par lequel les signataires s'engageaient, « au nom du Seigneur leur Dieu, » à défendre la vraie religion, à s'opposer à toutes erreurs contraires et à toute corruption; à se réunir pour la défense du roi, de sa personne, et de son autorité, pour la garantie de la religion, des libertés, et
(t) Baillie, 9, 10, 15, 23,35. Rusbworth, il, 394, Mémoire* de Hardwicke , ir, 96-103. Burnet, Mémoires de Hairillon, 53. NaUon, i, 16-18. Il e« évident que le conseil d'Édiinlx>urg démontra au roi le* conséquences de son opiniâtreté. Mém. deHardw.,11,95,190. Balfour.u, 229-238.
(2) Baillie, 18, 28, 29, 34, 42-44. Grande déclaration, 48. Mémoire» de Rardw., u, 97-101. Rusuw., h, 400. Nalson, i, 20-27.
HISTOIRE D'AINGLETEKIŒ.
des lois du royaume : clause qui , en limitant l'obéissance des sujets , était faite pour autoriser la révolte , toutes les fois que les mesures prises par le souverain seraient représentées par les tables comme contraires aux lois, aux libertés, ou à la religion de l'Écossc. Par ordre des comités, tout Écossais qui tenait à la loi pure et à la discipline de l'Église Fut sommé de se rendre dans la capitale, pour observer un jeûne solennel , qui devait préparer au renouvellement de l'alliance ( covenant ) entre Israël et Dieu ( 1er mars); et , au jour fixé, les zélateurs des deux sexes, de tout rang, et de toute profession, habitants des montagnes comme de la plaine, arrivèrent en foule à l'Église de Saint-Giles. Le service commença par une longue exhortation et une prière des plus ferventes. La congrégation se leva, et, les bras tendus vers le ciel , on jura d'observer les articles du covenant; on poussa des cris, on pleura, on s'embrassa : Dieu était apaisé; leur tergiversation et leur apostasie étaient pardonnées. L'enthousiasme de la capitale se répandit aux extrémités du royaume, et le nombre des covenantaires ou alliés, dans chaque comté, excéda celui de leurs adversaires dans la proportion de cent à un (1).
A son avènement au trône d'Angleterre, Jacques avait établi un conseil privé d'Écossais, chargés exclusivement des affaires de leur contrée natale. D'après l'avis de ce conseil, et après avoir perdu trois mois en délibérations, Charles se détermina à s'opposer au covenant a force ouverte; et daus l'intervalle , tandis qu'il faisait des préparatifs pour le combat, à en- Ci) Baillîe, 35. Rushworlh, n, 751-778. Gutbry, 34, 35. Mémoires de Hardwicke , n , 103-107. • Si vous connaissiez tout les moyens bizarres, grossiers, insolents, et ridicules, qu'ils emploient pour attirer les sots elles ignorants, les craintifs, les femmes et les enfants, je ne pourrais dire si Votre Majesté aurait plus sujet.de rire que de se ficher... Vous ne pourriez que rire , si tous eussiez tu des joueurs de Hâte et des chandeliers de notre Tille, envoyés en prison par notre zélé monsieur le maire , et des pâtres et des gens à gage châtiés en plusieurs lieux , et le tout pour avoir refusé de mettre la main à la plume, comme mille autres avaient fait , qui ne savaient écrire , à la vérité ; et tous eussiez ri encore plus, si vous eussiez tu les femmes d'Edimbourg..., d'autant quêta plupart ne pouvaient signer..., lever leurs mains lorsque le covenant fut lu, comme font les soldats lorsqu'ils passent en revue. • Dalrympte, u , 25.
voyer le marquis de Hamillon, comme son commissaire, en Écosse. Hamillon reçut Tordre de promettre que « la pratique de la liturgie et des canons ne serait jamais imposée que par des moyens léganx, et que la haute commission serait si bien rectifiée, qu'elle ne pourrait jamais attaquer les lois ni devenir un fardeau pour les fidèles sujets, » et que le roi , au lieu de punir ceux qui avaient dernièrement formé une alliance illégale , leur pardonnerait cette faute, à condition qu'ils y renonceraient immédiatement, et qu'ils en feraient leur engagement au commissaire. Gomme il s'approchait , on ordonna un jeûne national, pour demander à Dieu de répandre ses bénédictions sur l'Église (3 juin), et 20,000, quelques-uns disent 60,000 covenantaires, accompagnés de leurs ministres, le reçurent à Leith, et le conduisirent dans la capitale (10 juin). On prétendait ainsi lui faire honneur, mais le véritable objet d'une telle démonstration était de déployer l'union , le nombre , et les forces des covenantaires.
Soit, comme quelques-uns le pensèrent, qu'il favorisât secrètement la cause des covenantaires; soit, comme cela est plus probable, qu'il désespérât de soumettre ou d'adoucir leur obstination, le commissaire suspendit l'exécution de ses instructions, fit successivement deux voyages à Londres , pour donner avis de ce qui se passait et recevoir les ordres de son souverain. De retour de son second voyage (20 sept.), il publia une proclamation qui «supprimait » le livre de service, le livre des canons, et la haute cour de commission; dispensait des cinq articles de l'assemblée de Penh, exemptait ceux qui entraient dans le ministère ecclésiastique du serment de suprématie et d'obéissance canonicale (23 sept.); ordonnait à tous de renoncer à la nouvelle'alliance et d'adopter celle qui avait été publiée par le père du roi, en 1589 ; et convoquait une assemblée libre du clergé pour le mois de novembre , et un parlement pour le mois de mai de l'année suivante (1).
(1) Baillie, 00-79. Bal four, n, 264-288. Rushworth, i, 752, 754, 787. Hamilton de Burnet,82,88. Nalson, i, 32-57. Il parait, d'après les Mémoires de Strafford, que Charles ne voulait que temporiser, n, 181 , 184, 180, 188 ; et d'après des lettres à Hamillou, > rotre but main-