CHAPITRE X
Dans un autre temps, ces concessions eussent été acceptées avec reconnaissance ; mais Charles eut le malheur, non-seulement d'agir avec peu de sincérité lui-même, mais encore d'être entouré de conseillers également dissimulés , qui , tandis qu'ils cherchaient à obtenir sa faveur en conformant leurs avis à ses désirs , avaient soin , en même temps, de s'assurer l'opinion de ses adversaires en leur communiquant traîtreusement ses intentions réelles. Les chefs écossais reçurent avis qu'ils ne devaient avoir aucune confiance dans ce changement apparent des dispositions du monarque ; que son projet était de les laisser s'endormir dans une fatale sécurité , jusqu'à ce qu'il eot achevé ses préparatifs de guerre; et que dans quelques mois il ordonnerait ce qu'il semblait repousser maintenant, à la tête d'une armée nombreuse et bien équipée (22 sept.)- Ils se déterminèrent à persévérer dans leur union, et opposèrent à la proclamation du roi une protestation formelle, démontrant, par seize raisons , que leur consentement aux demandes du roi serait une trahison à la cause de Dieu, et une faute contre leur conscience (1).
On s'attendait à ce que Charles défendit la réunion de l'assemblée; mais il ordonna au commissaire d'attendre, espérant que la violence des membres provoquerait à la dissoudre, et justifierait, aux yeux de ses sujets d'Angleterre , l'appel aux armes qu'il se proposait de faire. Les tables maîtrisèrent les élections; elles parvinrent à faire envoyer, par chaque paroisse, le doyen et quatre assesseurs; et alors, à l'aide de leurs amis, elles devinrent assez nombreuses pour remporter sur le petit nombre d'ecclésiastiques qui hésitaient à approuver leur conduite. L'assemblée se tint à Glastenant liant de gagner du temps, qu'ils commettent ou non publiquement quelques imprudences, jusqu'à ce que je sois prêt a les dissoudre. • Itainilton de Buruet , 55, 5(i, 57, 51), 65.
(1) ftutbworfb, 772-780. Nalson, i, 6i. Balfour, 292. Il y a daus Dalrymple une lettre de quelque ami des rovenantaires, qui apprend qu'un grand nombre d'Anglais désiraient le succès defcÉco>sai8,daii» l'uiltiitiond émi|;n.r en Écosse, afin de ne pas êire forcés a se conformer, par les prélats d'Angleterre. C'est pourquoi l'auteur demande que, lors même qu'ils consentiraient à la pacification , on stipulai an article par lequel les sujets de chaque royaume pourraient demeurer en toute liberté dan» l'autre, u, 42.
cow (21 nov.), et une semaine se passa en
provocations et en violents débals. Le commissaire protesta contre la part que les tables avaient prise aux élections, contre l'introduction des doyens, coutume oubliée depuis le commencement du dernier règne, et contre l'authenticité de certains volumes qui furent produits comme renfermant les actes d'assemblées plus anciennes, actes que jusqu'alors on avait supposés perdus , mais actuellement retrouvés par un soin particulier de la Providence. Il fut vaincu sur tous les points par le nombre; et lorsque le modérateur Henderson se prépara à poser la question sur le déclinaloirc des évèqucs (1), il pensa que le moment indiqué dans ses instructions était arrivé , et se levant soudainement, il prononça la dissolution de l'assemblée (28 nov.). Son ton, ses larmes, et son langage, persuadèrent les membres que si sa voix était contre eux, son cœur néanmoins leur était acquis ; mais si nous devons en croire sa lettre au roi , sa douleur venait des calamités qu'il apercevait prêtes à fondre sur sa patrie. Il blâmait l'un et l'autre parti : la présomption et la désobéissance des covenantaires ; les procédés illégaux, l'ambition, et l'immoralité de quelques évêques; et, pensant que7 sa vie était en danger, il léguait ses enfants à son souverain (28 nov.) , afin que ses fils fussent élevés et ses filles mariées en Angleterre ; il ajoutait qu'il désirait se séparer de l Écosse pour toujours (2).
Mais les membres n'étaient pas disposés à se disperser au simple mandat du (souverain. Encouragés par l'arrivée du comle d'Argyle, qui, de ce moment , se mit à la tète des covenantaires, Us arrêtèrent qu'en matière spirituelle l'Église était indépendante du pouvoir civil, et que la dissolution de l'assemblée par le commissaire royal était illégale et nulle. Les trois semaines qui suivirent, se passèrent à reviser tous les règlements ecclésiastiques introduits depuis l'avènement de Jacques à la couronne d'Angleterre. La liturgie, l'ordinal , le livre des canons , et la cour de haute commission , furent
(1) Le déclinatoire élait une protestation contre le pouvoir de l'assemblée. U est dans Maison, i , 249.
(2) Mém. de Hardwicke , u , 1 13-121. Bai.lie, 96-115. Rushw., u, 840-857. Balfour, 301-303.
uigm
HISTOIRE DWNGLETKRRE.
condamnés , l'épiscopat aboli , les évèques et 1rs ministres, connus pour être les soutiens des évèques , excommuniés ou destitués. Charles, par une proclamation, annula tous ces actes; mais les Écossais les reçurent avec des transports de joie , et consacrèrent un jour à des actions de grâces nationales pour leur délivrance de la prélature et du papisme (1).
Tandis que les covenantaires poursuivaient si vivement l'abolition de l'épiscopat, ils n'étaient pas moins attentifs au danger qui les menaçait du côté de l'Angleterre. Leurs préparatifs de guerre ne le cédaient en rien à ceux du souverain. Pour les matières militaires ils curent recours à l'expérience d'Alexandre Leslie, aventurier qui avait servi sous le roi de Suède dans les guerres d'Allemagne, s'était élevé au rang de feld-marécha) , et était revenu récemment dans sa patrie avec des richesses considérables. Conformément à ses avis, le comité suprême d'Edimbourg fit passer des ordres aux tables inférieures, dans les divers presbytériats, et l'enthousiasme religieux amena l'obéissance. Tout homme en état de porter les armes fut régulièrement enrôlé : les officiers qui avaient vieilli au service quittèrent les armées suédoises et hollandaises pour encourager et instruire leurs compatriotes, et lés marchands écossais, en Hollande, fournirent les armes et les munitions. L'argent était le besoin général. Quelques riches citoyens d'Édimbourg donnèrent un léger secours; beaucoup de nobles envoyèrent leur vaisselle à la monnaie , et l'on reçut un présent considérable d'un ami secret, le cardinal de Richelieu. Il pourrait paraître étrange que Richelieu offrit volontairement assistance aux sujets mécontents d'un prince ami de son propre souverain , dont il avait épousé la sœur. Ce ministre était poussé par des motifs d'intérêt public et de haine personnelle. Charles avait précédemment excité la rébellion en France , en envoyant Buckingham prendre possession de l'Ile de Rhé; par son opposition et par ses menaces, il avait déjoué les plans de Richelieu pour le partage des Pays- Bas espagnols entre la France et les États Gé-
(1) Mémoire» de llardvricke , 70 décembre, n, 124. faillie , 115-149. Hu»hw., «,872, 875-884. Nalson, 1, 97-120. Bolfour, 303 315.
néraux, conformément au traité de Paris; et durant la guerre contre la maison d'Autriche, il avait trahi un secret penchant pour l'Espagne, dans l'espoir d'obtenir le Palatinat pour son neveu (1). Dans ces circonstances, il avait contrarié la politique générale de Richelieu. Dans une autre, il l'offensa personnellement , en offrant dans ses États un honorable asile à Marie de Médicis, la reine mère. En conséquence Ri chelieu écrivit à l'ambassadeur de France d'ouvrir des relations clandestines avec les insurgés ; il envoya deux fois son aumônier , Chambert , en Écosse , afin de s'informer de l'origine des troubles et de leurs progrès. Il procura la remise de 6,000 équipements militaires complets, que Ton avait achetés pour les covenantaires, et dont les États de Hollande s'étaient emparés ; et il ordonna à l'ambassadeur français, à Londres, de payer 100,000 couronnes au général Leslie, qui était récemment revenu d'Allemagne, et qu'on avait nommé commandant en chef (2). Mais celte dernière transaction fut gardée sous un profond secret. Si les ministres en avaient eu connaissance, leur bigoterie leur eût fait dire que c'était une violation sacrilège de leur alliance avec le Tout-Puissant. Déjà, quand on avait proposé de solliciter le secours des priuces luthériens d'Allemagne et des rois catholiques de France et d'Espagne, ils avaient répondu que les luthériens étaient hérétiques, et les catholiques, idolâtres; qu'avoir recours aux uns ou aux autres, serait se refuser la pro-
(1) Gomme Charles ne pour ail prévoir l'issue de la lui te, il négociait avec chaque partie belligérante eu faveur de •on neveu. Richelieu ne voulut rien promettre, a moins que le roi d'Angleterre ne se joignit ouvertement aux Français dans la guerre. Charles ne voulut pas rompre avec l'Espagne ; mais il consentait a laisser lever une force auxiliaire de 6,000 hommes en Angleterre, et accordait la coopération d'une floue anglaise. A la fin il fut entraîné beaucoup plus loin. Mais le cardinal 6l en sorte de traîner les négociauons pendant trois ans, jusqu'à ce que les troubles d'Ecosse le délivrassent de loute appréhension de la part de Charles. Voyez Siduey, Papers , n , 374, 0G0. Ce qui servit admirablement le* plans d'ajournement du cardinal , ce fui l'ordre donné à l'ambassadeur d'Angleterre, comte de Leicester, de se trouver avec le ministre français en personne, afin que celui -ci ne pût réclamer de préséance. Ibid. 384 38a
(2) Dalrymple , u , 47. Nouvelles lettres d Estrade , i, 8. Le comte de I<eicester étant a Paris avait découvert quelque trace de cette intrigue, mais il ne put la suivre. Mém. de Sidncy, il, 662 , 672, 596, 599.