CHAPITRE X
tcction de Dieu, et s'appuyer sur le roseau rompu d'Égypte(l).
Ce ne fui qu'après le premier retour d'Écossc du marquis d'Hamillun que Charles daigna demander l'avis de ses conseillers anglais (2). Laud, soi! pur le sentiment de son devoir ou par la crainte du résultat , surprit ses collègues par la chaleur avec laquelle il parla en faveur de la paix. Mais son opposition ne servit qu'à procurer un court délai. I.e roi, depuis longtemps, avaitarrèiésa résolution: l'archevêque fut b'amé de sa pusillanimité, et la majorité du conseil se hâta de prendre une détermination conforme au désir du souverain. Au commencement de décembre , les capitaines furent nommés, et les officiers généraux désignés. Les lords lieutenants reçurent l'ordre de passer en revue les troupes disciplinées des divers comtés; et le lord garde des sceaux invita tous les pairs à se rendre auprès du roi, à York, avec une suite convenable à leur rang. Pour se procurer de l'argent, on fit des emprunts, on suspendit le payement des pensions ; le clergé, les juges, et les hommes de loi, furent sommés de contribuer de leurs bourses, au lieu de rendre des services personnels; et la reine employa toute son influence sur les chefs des catholiques, pour en obtenir une généreuse souscription en retour de la tolérance que leur accordait leur souverain (3).
(1) Baillie.i, 154.
(2) On a cm, «aria foi dei charges contre Laud et Strafîord, qu'ils étaient le» véritable» auteurs de la fiuerre. Cependant , en examinant avec attention leurs lettres particulières et d'autres pièces du temps , on verra que Laud déconseilla les hostilités, et que l'avis de Strafford dp fut jamais sollicité. Le roi demanda qurl secours il pouvait attendre de l'Irlande , et Strafford , dans sa réponse à une seconde lettre, promit d'en voyer 500 nommes. Il reconnaissait, a la vérité, que la préemption des Écossais devait être réprimée: mais il conseillait un terme moyen entre la soumission a leur volonté et une imprudente et soudaine déclaration de (juerre. Voyez Malheurs de Laud, 76. 168. Mémoires de Sydney, h, 579. Méin. de Stralford.il, 187, 190,228,233,264
(3} Rushworth , u , 791-797, 818, 820 826. Mémoires de Sydney, n, 579. Mémoires de Strafford , 350, 351. Charles essaya, par l'entremise du colonel Garjr , de se procurer une armée étrangère de 6,000 hommes de pied et de 400 chevaux de l'archiduc , en retour de la permission de lever chaque année, en Irlande, un certain nombre de recrues pour l'armée d'Espafjne. Il ne réunit pas, parce que l'archiduc De pouvait se passer d'une force
Charles était cependant forcé de remarquer F indifférence visible de ses sujets d'Angleterre. La plus grande partie , mécontente des mesures illégales de son gouvernement , regardait le refus des Écossais de se soumettre à ses mandats comme un sujet de peu d importance, et peut-être même de satisfaction réelle. Les puritains condamnaient la guerre comme une croisade impie contre Jes scrvileurs de Dieu; les seuls qui parussent prendre intérêt à la cause étaient les plus orlhodoxes du clergé, elle petit nombre d'hommes dont la fortune et l'importance déprndaient de la faveur de la cour. Ce fut en vain que le roi, en différentes proclamations, déclara rebelles les covenantaircs , qu'il les accusa de désirer la séparation de la couronne écossaise de celle d'Angleterre, et qu'il leur attribua le projet d'envahir et de piller les comtés septentrionaux. On opposa avec succès, à ces accusations, les déclarations imprimées des tables, qui prenaient Dieu à témoin de leur loyauté, et protestaient que s'ils avaient saisi les armes, c'était pour défendre les droits de leur conscience; le roi n'avait qu'ù cesser ses innovations religieuses , et il les trouverait à l'instant les plus fidèles de tous ses sujets (I).
Mais cette protestation d'obéissance ne les empêcha pas de commettre les premières hostilités. Un vendredi du mois de mars, Leslie, à la tête de 1,000 mousquetaires (21 mars), surprit le château d'Edimbourg ; le samedi , les craintes puériles ou la fidélité chancelante de Traquaire livra le château fort de Dalkeith (2*2 mars), et avec lui 1rs droits régaliens en Êcosse; le jour suivant, le repos du sabbat et l'observance d'un jeûne solennel furent violés pour prendre possession du château de Dunbarton (23 mars). Le gouverneur et une partic de sa garnison, ayant quitté l'église après le second sermon, furent entourés par un détachement d'hommes armés, et forcés par des menaces de mort immédiate d'envoyer chercher les clefs, cl de les remettre au prévôt de la ville (2). Ainsi, comme Slirling était déjà as-
aussi considérable de vétérans en ce moment. Mémoires de Clarendon , u . 1«-"9 , 50.
(t) Mémoires de Clarendon , u , 798 802 , 830 833.
(2) Balfour, 11,320-323. Baillie.i, 158, 159. Nalsoa,i,212
suré par le comte de Marr , qui avait adopté le coveoant, une seule de toutes les forteresses royales, et celait la moins importante, Carlaverock, située sur les frontières de l'ouest, demeura au pouvoir du roi. Chaque jour lui apprenait quelque nouveau désastre ou quelque contre-temps. Le comte d'Antritn , qui, de rirlandc, menaçait les posscs^ ions d'Argy le, était dansrimpossibililéde remplir ses engagements. Huntlcy leva , à là vérité, l'étendard royal dans le nord , mais il fut bientôt conduit par Montrose, comme prisonnier , à Édimbourg; et Hamilton , qui entra dans le Frith avec une flotte nombreuse, au lieu d'occuper Leith, ainsi que le portaient ses instructions, n'osa tenter un débarquement sur aucune partie de la côte. Charles s'était retiré à York (19 avril), où il proposa aux seigneurs qui l'accompagnaient un serment d'allégeance , par lequel ils s'engageraient ft s'opposer à toute sédition , conspiration, et covenant (alliance) , contre sa personne, sa dignité, « fussent ils couverts du voile de la religion. » A sa grande surprise et à son idignalion , il fut refusé par les lords Brook et Say, qui répondirent, à l'interrogatoire qu'on leur fit subir, que, bien qu'ils ne fussent pas forcés par la lui à suivre leur souverain, il le faisaient néanmoins par affection; mais qu'ils ignoraient les lois et les coutumes de l'Écossc, et qu'ils ne pouvaient savoir si les covenautaircs étaient des rebelles , et si la guerre entreprise contre eux était juste. Le roi ordonna (21 avril) de les enfermer , consulta le procureur cl le solliciteur général, et apprit avec déplaisir qu'il n'y avait pas lieu d'intenter un procès criminel contre les prisonniers. Quelques jours après ils furent relâchés (1).
D'York, Charles se rendit aux environs de Berwick , et Lcslie fixa son quartier général a Dunglass. Ce général demanda quatre hommes par chaque paroisse; et, bien que Ton ne se rendit pas exactement à cet appel , 12,000 volontaires se rangèrent sous son étendard. Il demanda du renfort; les ministres y ajoutèrent, dans le camp, des exhortations écrites, et les
(Il Bibïothèque royale, 371-3/3. Mém. de Clarendon, il. 3S, il, 45 Lf* lords qui aN aient prêté «ciment M(j<.èrc iit un acte qui déclarait duns qu< I sen» il* l'avaient prononcé. I.e roi fut mécontent, et le serment abandonné. Mém. de Slralford, u,35l.
instructions données aux messagers servirent à faire connaître la politique des chefs et les sentiments du peuple. L'une d'elles exhortait tous les fidèles écdssais, au nom de Dieu et de la patrie, à venir au secours de leurs compatriotes , afin d'obtenir ensemble du rot une paix honorable, ou de combattre leurs communs ennemis , les prélats et les papistes d'Angleterre. Une autre suivit, qui menaçait de la malédiction de Mcroz tous ceux qui ne viendraient pas à l'appel du Seigneur ; et une troisième lui succéda , qui , dans un langage piquant et satirique, convoquait les indifférents à assister aux funérailles des saints, qu'ils avaient abandonnés à l'épéc des idolâtres. Ces appels produisirent une grande impression sur des esprits profondément imbus de fanatisme religieux , et l'armée de Leslic s'éleva graduellement à plus de 20,000 combattants, tous enthousiastes de celle cause, et prêts à répandre leur sang pour le Dieu des armées. Sur la tente de chaque capitaine flottait un nouvel étendard, portant les armes écossaises avec cette devise: a Pour la couronne du Christ et le covenant. » Tous les matins et tous les soirs, le son du tambour convoquait les soldats pour accomplir leurs dévotions sous la voùtc céleste. Ou prêchait deux sermons chaque jour pour les convaincre de la droiture de leur cause, et les assurer de la protection du Tout- Puissant; et le reste de leur temps, lorsqu'il n'était pas employé aux exercices militaires, était consacré à la lecture des Écritures, au chant des i psaumes, aux exhortations mutuelles, et aux prières inspirées par l'occasion (1).
A celte armée, bien qu'animée parles plus pui>san:s motifs qui aient de l'influence sur le cœur humain, Charles pouvait opposer un nombre d'hommes égal, et peut-être supérieur; mais ces hommes ne prenaient aucun intérêt à
(I ) Baillie , 170 , 175 , 1TC. « Si vous eussiez prêté l'oreille et entendu dans 1rs lentes le chant des psaumes, la prière, la lecture des Écritures, vous eussiez été ravi. Quanta moi, je ne me »ui» jimais trouvé eu de si heureuses dispositions. J'cuis comme un homme qui a pris congé du monde , et j'étais résolu a mourir à ce service, sans retour. Il me semblait que la Rricc de Dieu était répaudue Mir moi, et qu'un esprit de douceur, d'humilité , et cependant de force el de courage, m'animait. »lbid.,
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la cause pour laquelle ils étaient destinés à combattre , désapprouvaient les mesures arbitraires de leur souverain, et n'ignoraient pas que la destruction des covenantaires écossais ne servirait qu'à river ces chaînes que Ton avait forgées pour eux-mêmes. Le comte de Holland parut devant Kelso avec un nombreux détachement d'infanterie et de cavalerie ; mais à la vue des Écossais, ses hommes s'enfuirent, et Leslie, qui regardait tout délai comme une défaite, annonça son intention de marcher contre l'armée royale. Charles , qui jusqu'ici avait affecté de dédaigner l'ennemi, fut tout à coup saisi de crainte. Des fortifications s'élevèrent immédiatement sur les rives de la Tweed; et un page, qui avait obtenu la permission de visiter ses amis écossais reçut des instructions pour suggérer la possibilité d'un accommodement. Ses intentions furent comprises (6 juin), des passe-ports sollicités, et quatre commissaires se rendirent au camp des Anglais (11 juin). Ils furent reçus dans la tente du comte d'Arundel; mais Charles se chargea seul de la négociation , et pendant plusieurs jours dt battit tous les points avec une véhémence d'argumentation et un ton de supériorité qui parurent imposer aux auditeurs des deux nations. Par sa dernière réponse , quoiqu'il refusât de reconnaître l'assemblée de Glascow , il consentit à ratifier les concessions faites par son commissaire , cl à confier la décision de toutes les questions ecclésiastiques à une assemblée générale, celle des matières civiles au parlement, et à les convoquer Tune et l'autre pour le mois d'août. Cette réponse fut loin de donner une entière satisfaction : elle ne faisait pas mention de l'abolition de lepiscopat, et affectait de regarder comme nulles les déterminations de Glascow. Mais, de l'autre côté, beaucoup de covenantaires, soit par des scrupules religieux, soit par la crainte d'irriter li? peuple anglais, refusaient de passer les frontières. Les bruits d'une descente de troupes envoyées de l'Irlande circulaient journellement, et le résultat d'une insurrection des royalistes dans le nord, sous le lord Aboync, fils du comte de Huntley , était encore incertain. Dans ces circonstances (13 juin), les chefs résolurent d'accepter la déclaration , et s'engagèrent, de leur part, à licencier l'armée et à