CHAPITRE X
la prendre sous sa protection ; de la convoyer jusqu'à sa destination sur les côtes de Flandre, et de là dans quelque port d'Espagne , en considération d une somme de 150,006 liv. argent comptant. La cour de Bruxelles accepta cette proposition avec empressement. On dit qu'on avait même donné Tordre de payer une partie de cette somme, lorsque les États, qui ne voulaient point perdre leur proie, ordonnèrent aux deux amiraux d'attaquer le* Espagnols. Quoique Penninglori fût présent avec la flotte anglaise, et qu'il eût ordre de prévenir toute agression de quelque part qu'elle vint , il demeura néanmoins tranquille spectateur du combat. 23 vaisseaux espagnols échouèrent sur le rivage, et de 30 qui mirent en mer, 10 seulement atteignirent le port de Dunkerque; le reste fut détruit ou pris. Le cardinal infant, gouverneur des Pays-Bas, somma le roi de venger cette insulte faite à son autorité; mais Charles, vivement pénétré de ce revers et de la bonté qui en rejaillissait snr lui , se contenta de se plaindre, et accepta les excuses que lui firent des ambassadeurs , envoyés spécialement à cet effet (1).
Le roi, après son retour, avait soumis les affaires de l'Ecosse à l'examen d'un comité composé de l'archevêque Laud, du marquis d'Harailton, et de Wentworth, qui avait reçu l'ordre de se rendre à la cour d'Angleterre. Laud parla encore en faveur de la paix ; mais la violence du lord député et les sentiments bien connus du roi lui imposèrent silence. On leur donna ensuite pour collègues l'évéque de Londres (24 oct.), lord trésorier, le comte de Northumberland, lord amiral, Coltington, Windebank, et Vane, en leur enjoignant de procurer des fonds, et d'aviser aux préparatifs de la campagne. Ils publièrent des ordonnances de ship-money (impôt pour la construction des navires) (14 nov.), montant à 200,000 liv. , et conseillèrent au roi de convoquer un parlement, comme le moyen le plus légal de se procurer des secours plus abondants. Charles convoqua un conseil complet ; et comme il les
(I) Voyei Nalion, i, 2Ô8. Les leUrM de Windebank dans te* Mémoire» deClarendoo, h, 70-80. Le* Mémoire» de Warwick, ] 19. D'Estrades, 20. Wbiielock , 31 , et le» Mémoire» de Sydney, n,612, 620.
trouva tous du même avis, il leur posa celle question : «Si ce parlement se montre aussi opiniâtre que l'ont été dernièrement quelques membres , voudrez-vous m'aider par les moyens extraordinaires qui , dans cette extrémité , seront jugés convenables?» ( 9 déc. ) lis répondirent affirmativement, et le roi donna son consentement avec regret (1).
Mais, d'après l'avis de Wentworth, on arrêta de s'adresser, en premier lieu, à la générosité du parlement d'Irlande (1640, 12 janvier). Afin de récompenser ses services passés, et de donner plus de poids à ses efforts , on le nomma , avant son départ , comte de Slraffbrd , et lord lieutenant d'Irlande. Personne n'osa s'opposer ouvertement à sa volonté (17 mars): les deux chambres votèrent quatre subsides, et, d'après son commandement, y joignirent la promesse d'en accorder deux de plus, si cela était jugé nécessaire. Ce vote, on l'espérait, serait comme une leçon et un exemple pour les membres du parlement anglais; le roi ordonna immédiatement à ses amis d'Écosse de se préparer pour la lotte prochaine (2), et Straflbrd revint à la cour, après avoir laissé des ordres pour la levée immédiate de 8,000 hommes (3).
La convocation d'un parlement, après tant d'années d'interruption, fut accueillie en Angleter repar des transports de joie, et le peuple attend ide ses travaux le redressement des abus qu l'écrasaient, et la vengeance de ses libertés que l'on avait violées. Charles assembla les deux chambres, sans en attendre beaucoup de succès; mais il leur demanda de lui accorder un prompt et abondant secours, et pour leur prouver la justice de sa cause, il leur montra une lettre interceptée» signée de sept principaux covenantaires, qui sollicitaient l'assistance du roi de France (4). Le résultat, toutefois,
(1) Mém. de Sydney, u, 614, 615,618, 621. Me m. de Ctarendon.il, 81, 82.
(2) Voyez la note T a la fin du volume.
(3) Rymer, xx, 359. Mémoires de Strafford , 390-494- On se demandait pourquoi le parlement d'Angleterre n'avait été convoqué que pour le 13 avril, lorsque le» besoin» du roi étaient si urgents. Windebank apprit a l'ambaïudeur résident à Madrid que c'était pour donner le temps au parlement d'Irlande de se réunir avant celui d'Angleterre. Mém. de Qarendon, n, 82.
(4j Loudon, l'un des signataires, était venu a Londres en qualité de commissaire , et fut enfermé a la Tour.
HISTOIRE D'AINGLETERRE
prouva que lescommuaes avaient hérité des sentiments et de la politique de leurs prédécesseurs Elles ne donnèrent aucune attention aux prières ou aux besoins de leur souverain, mais elles s'occupèrent des griefs de la nation, quelles divisèrent en trois chefs : les innovations en matière de religion, l'envahissement des propriétés particulières, et la violation des privilèges du parlement.
1° Sous le premier, elles énuméraient les accusations portées par les puritains contre l'archevêque; se plaignaient du pouvoir accordé récemment à la convocation, de faire de nouveaux règlements et d'amender les anciens, pouvoir qui, nécessairement, attaquait les droits et les libertés du peuple. 2° Le second comprenait les monopoles accordés par la couronne , la levée du ship-money depuis tant d'années, l'agrandissement des forêts royales, les charges qui avaient pesé sur les provinces pendant la
Pour sa justification, il allégua que la lettre avait été écrite au mot* de mai de l'année précédente, et avant que le roi fût venu à Berwick ; qu'il ne comprenait pas le français, mais qu'il supposait que le seul objet de la missive était de solliciter la médiation du roi de France ; qu'elle ne convient pas, et que, d'après cela,elle ne fut point envoyée, et qu'on n'avait pas même l'intention de l'envoyer ; et que, s'il avait commis une faute en la signant, la paix de Berwick et l'amnistie l'en avaient lavé (Journaux, App., 16. Whitelock, 33. May, 37; réimpression de 1812). Quelques-unes de ces allégations sont douteuses , les autres sout très-probablement fausses. On peut voir dans Dalrymple, u, Cl, la lettre qui demandait la médiation du roi de France , et les objections qui y furent faites. On y avait joint des instructions pour le porteur, qui consistaient a solliciter un secours en argent et en armes, ou une diversion a l'extérieur (ibtd., 64}. On ne sait pas positivement si cette lettre fut envoyée, ou si l'on en substitua une autre. La lettre n'est point datée , mai* le rot pensa qu'elle avait été récemment écrite et envoyée au roi de France. • Par hasard, je l'interceptai comme on la lui envoyait. » Jouro., iv, 48. Il n'est pas vraisemblable que sept lords eussent signé un tel acte, s'ils n'eussent eu l'intention de s'en servir. De certains passages , joints au fait que les covenantaires avaient reçu de Richelieu un secours en argent, et avaient envoyé leurs agents pour eu demander davantage , prouvent qu'ils sollicitaient plus qu'une médiation Ils exprimaient leur confiance d'obtenir « une assistance esgale a votre clémence* accoustutnée, ci-devant et si souvent monstrée a cette nation. > Ibid. On prétend que Charles voulait poursuivre Loudon en Angleterre , mais qu'Hamilton l'en dissuada , en l'assurant qu'il avait droit d'être jugé par ses pairs. Je n'accorde pas foi à l'histoire racontée par Burnet , par ouï dire , que le roi avait l'intention de le faire décapiter sans jugement.
dernière campagne , et les poursuites vexatoires, à raison du refus de payer des taxes insupportables et de la résistance aux monopoles illégaux. 3" Elles considéraient comme violation des privilèges l'ordre donné par le roi , au dernier président, d'ajourner la chambre sans son consentement, et les tentatives des cours de justice pour punir les membres de leur conduite au parlement. On résolut, sur tous ces sujets, de solliciter l'opinion des lords et leur coopération (1).
Charles vit d'abord avec impatience l'indifférence des communes, mais plus tard il en fut alarmé. 11 s'efforça vainement (21 avril) de les faire agir , par un discours énergique et conciliateur à Whitehall ; et sa requête aux lords, de ne point s'occuper des griefs des communes jusqu'à ce qu'on eût pourvu aux besoins du roi, produisit de fatals débats entre les deux chambres (26 avril). Dans la première conférence, les lords exprimèrent l'opinion que le subside devait passer avant toute autre question ; dans la seconde , les communes se plaignirent de ce que cette intimation était une violation de leurs privilèges (2). Les lords répliquèrent (l*r mai) qu'ils ne réclamaient point le droit de commencer à discuter les bills de subsides, ni d'en déterminer la quotité, ni la façon dont ils seraient perçus; mais qu'il était de leur compétence de communiquer à la chambre basse leur avis sur les subsides en général, et de l'avertir du préjudice que leur refus ou leur retard pouvait causer à la nation. Dans le cours de cette querelle, un message du roi (2 mai) requit une réponse immédiate des communes, soit qu'elles voulussent ou ne voulussent pas s'occuper de la question du subside. Le reste du jour et le lendemain se perdirent en violents et secrets débats. Le lundi malin, sir Henri Vane, le secrétaire, délivra un messageduroi, portant que si le parlement voulait lui donner douze subsides (860,000 liv.), payables en trois ans, U con-
(1) Journ.,App., 17,20,22, 23,24
(2) On prétendit que les deux partis avaient fait l'épreuve de leur force, en se divisant sur une motion pendant la seconde conférence, et que cette motion fut rejetée à la majorité de 257 contre 148; mats c'est une erreur. Les journaux prouvent que la motion était relative» un délai dans la poursuite contre le docteur Beale , directeur du collège de Saint- Jean. Cambridge. Jours., iv, 1" mai