‹ Histoire d' AngleterreChapitre 145 sur 307 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Conduite du parlement. — Accusation* de Sirafford rt de Laud. — Vote contre les pouvoirs législatifs et judiciaires des évéques. — Procès et exécution de Strafford. — Parlement triennal. — Le roi tient un parlement en Écoese. — Hé vol te en Irlande. — Remontrance des communes. — Protestation et accusation de douze évéques. — \jt roi accuse six membres. — Le» évéques privés du droit de siéger au parlement. — Progrès de la révolte en Irlande. — Le roi se retire a York. — L'entrée des murs lui est refusée. — Les ebambres lèvent une armée. — Charles déploie son étendard à Noiiinebam.

Charles assembla son parlement avec les plus vives appréhensions. Il sentait la dépendance où l'avaient réduit les derniers événements; il voyait l'existence de ses conseillers et les prérogatives de sa couronne à la merci des deux chambres, cl il se rappelait les talents, la violence et l'opiniâtreté qui jusque-là avaient distingué ses adversaires du parti populaire. Les terreurs de ses conseillers ajoutaient à sa détresse. Il évita les regards du peuple , et au lieu d'ouvrir la session avec la pompe accoutumée, il se rendit par eau à Westminster ( 3 nov. 1640). Le discours qu'il prononça de son trône fut court, mais conciliant. Il recom-

(t) Pour ces transactions, consultez les lettres et 1rs minutes dans la Collection de Hardwirke , u , 168, 298 ; les mémoires dans Ruswortb, 1264, 1310, et [Saison, i, 4Ï7-4G5.

(2) Baillic était du nombre. Dans une lettre amusante à sa femme , il lui fait le récit de son voyage. « Personne de notre compagnie ne se porte mieux que moi, mon domestique, et noue noble petit cheval. De Kilweonig A Londres, je ne suis pas tombé une seule fois. C'est le fruit de vos prières. Nous avons fait en roule de grandi s dépenses ; leurs auberges sont comme des palais . il u'est pas étonnant qu'on y voie les bûtes. • 216.

manda trois points à l'attention des deux cuam- i bres: la destruction des rebelles, le payement J de l'armée, et la réforme des abus. Mais le mot de « rebelles » déplut : il s'abaissa à le justifier. C'était, selon son opinion, l'expression applicable à des sujets armés contre leur souverain , j car ils étaient aussi ses sujets d'Ecosse , et il leur avait déjà donné cette dénomination sous le grand sceau (1).

Le roi avait désigné pour président , dans sa chambre basse, Gardiner, garde des archives , de Londres; mais Gardiner ne fut point élu ; | et Lenthal, avocat en réputation, mais sans énergie et sans expérience, fut choisi à sa place. Les élections prouvèrent que tous les efforts des ministres n'avaient pu obtenir pour le roi qu'un tiers des membres: Pym, Ilampden, et j Saint-John, se mirent à la téte de l'opposition: le premier devait cet honneur à ses services dans les parlements précédents; les deux autres l'avaient mérité par leur courage et leur persévérance dans la célèbre affaire du ship-money. Ils furent soutenus par les talents de Denzil Holles, second fils du comte de Clare, et autrefois l'un des persécuteurs de Buckingham ; de Nathaniel Fiennes , second fils du lordSay; et de sir Henri Vane, fils du secrétaire, aussi exaltés dans leurs opinions religieuses que dans leurs vues politiques (2); et des lords Falkland et Digby, Hyde, Sclden, Rudyard , et plusieurs autres , possédant les talents les plus distingués , et jaloux de mettre un terme aux désordres de l'État, par la réforme des abus. Tous étaient d'abord liés par des vues communes; mais insensiblement leur union se détruisit par des différences d'opinion sur des sujets de première importance. Quelques-uns se réunirent au monarque, malgré sa position difficile; d'autres se persuadèrent que la liberté ne pouvait être assurée que par l'établissement d'une république.

Parmi les lords, le roi pouvait compter un

(1) Bifflie, i, 218. Nation, i, 481.

(2) Vane était un jeune homme de Tingt-quaire am, disciple de Pym et de *ir Nathaniel Rirh, dont le fanatisme égalait les talents- A l'âge de vingt ans , pour jouir de ta liberté de recevoir le sacrement debout, au lieu de le recevoirà genoux, il w rendit à la Nouvelle- Angleterre, en Amérique ; mais il revint dans le cours de l'année , et, par le crédit de son père, il obtint de siéger an parlement. Mémoires de StrafFord , t , 403

grand nombre d'amis. Tous les évéques et une moitié des pairs temporels devaient leurs honneurs a lui ou à sou père ; mais la crainte imposait silence aux premiers, et la politique, le patriotisme , ou le ressentiment , balançait la reconnaissance dans les autres. Les comtes de Bcdfbrd et d'Essex, les lords Say et Kimbolton, se prononcèrent les premiers; leurs opinions furent adoptées et soutenues par les comtes de Warwick et de Hcrtfbrd, et les lords Brook , Wharlon , Paget, et Howard : les amis du roi, intimidés par l'accord qui existait entre eux et le parti do ninant de l'autre chambre , au lieu de faire une vigoureuse résistance, adhérèrent sans opposition à des mesures dangereuses pour la couronne et pour eux-mêmes.

Li misère du pays , les attaques faites à ses libertés, et les dangers qui menaçaient sa religion, fournirent aux orateurs des deux chambres un vaste champ de réclamations et d'invectives. Leurs plaintes, imprimées et distribuées dans le royaume, furent bientôt répétées de nouveau dans des pétitions signées par plusieurs milliers d'habitants de tous les comtés et des bourgs les plus riches. Soutenues par la voix du peuple, les communes négligèrent la recommandation royale, se divisèrent en comités et sous-comités, et, pendant plusieurs mois, donnèrent toute leur attention à trois sujets importants : l'investigation des abus, l'adoption des remèdes à y apporter , et la punition des délinquants.

1° Gomme de coutume , les catholiques furent les premiers à ressentir les effets de leur inimitié. On se remit a crier que la religion était en danger par les intrigues des papistes. Il est certain qu'aucune crainte n'était plus mal fondée; mais, dans le temps de fermentation géné- I raie, la crédulité publique admet aisément des assertions au lieu de preuves, et des apparences au lieu de réalités; on se plaignit de ce que le roi avait composé avec les réfractaircs, qu'il avait acquitté quelques prêtres avant leur jugement , et d'autres après leur conviction ; qu'un agent de Rome résidait auprès de la reine; que les catholiques les plus riches avaient , sur la demande de cette princesse, souscrit pour 10,000 liv., afin de raciliter l'expédition du nord ; que des catholiques possédaient des commissions dans l'armée anglaise, et qu'ils composaient la force que Slrafford avait levée en

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