CHAPITRE XI
qu'on alléguait ne pouvait constituer un crime de trahison, et voua au ridicu'e ( 13 avril) les nouvelles preuves de trahison cumulative, comme si Y entité pouvait être produite par une agrégation de non-entités (I). Pour terminer, il en appela a ses pairs , en ces mots :
aMilords, ceci est mon malheur présent, il peut devenir le vôtre. Si vos seigneuries ne s'y opposent, mon sang répandu ouvrira la route pour verser le vôtre: vous, vos biens, votre postérité, y sont intéressés. Si des gentilshommes aussi instruits que le sont mes adversaires, dont la langue est habituée à ces sortes de luttes, se trouvaient déchaînés contre vous; si Ton refusait tout accès près de vous à vos amis et à votre conseil; si vos ennemis les plus connus étaient admis en témoignage contre vous; si chacune de vos paroles, de vos intentions, des circonstances de votre vie, était invoquée et alléguée comme une trahison , non qu'elle fût prévue par un statut, mais construite de pièces de rapports réunies par les plus dégoûtants sophismes, je laisse à juger à vos seigneuries quels seraient les résultats d'un si dangereux et récent exemple.
a Ces gentilshommes médisent qu'ils parlent pour la défense de la communauté, contre mes lois arbitraires. Permettez-moi de vous dire que je parle pour la défense de la communauté contre leurs trahisons arbitraires. Ceci, railords, vous regarde, vous et votre postérité; car, pour moi-même, si ce n'était dans votre intérêt, si ce n'était dans l'intérêt d'une sainte actuellement au ciel , qui m'a laissé deux gages sur la terre ; » (à ces mots , sa respiration parut entrecoupée, et des larmes coulèrent le long de ses joues; mais, après un moment de silence, il reprit :) «si ce n'eôt été tout cela, je n'aurais pas pris la peine de défendre ma personne ;cc vieil édifice, déjà en ruines, ne pouvait quitter le monde en un moment mieux choisi que lorsque je puis espérer qu'aux yeux de la meilleure partie de ce monde j'ai donné, par mon infortune, un témoignage de ma fidélité envers Dieu, mon roi, et ma patrie. Milords I j'aurais encore quelque chose à vous dire, mais ma voix et mes forces mabandon-
(t) Comme si 200 chiens blancs pouvaient jamais furmer un cheval blanc
nent. Seulement, et en toute humilité, je désire être pour vous un phare qui vous préserve du naufrage. N'élevez point sur votre route un écueil qu'aucune prudence, aucune précaution, ne pourrait éviter. Quel que soit votre jugement, il sera juste à mes yeux. In te, Domine , (et il portait ses regards vers le ciel* confido : non confundar in œlernum (1).
Dès que le biil d'attainder eut passé à la chambre basse, le roi s'empressa de consoler son ami, en l'assurant que, quoiqu'il jugeât convenable de faire quelques sacrifices à la violence du moment, il ne consentirait jamais à ce que la vie, la fortune, ou le sang de celui qui avait servi le trône si fidèlement, fût compromis. Lorsqu'il fit cette promesse, peut-être comptait-il sur sa propre fermeté, peut-être sur le succès d'un des projets qu'il avait conçus. 1° On lui avait persuadé d'augmenter la garnison de la Tour, en y introduisant une compagnie de 100 soldats, dont on serait sûr, et qui lui vaudraient le commandement de celte forteresse, ou d'ordonner que Strafford fût transféré dans une autre prison, afin qu'on pût le délivrer en route. Mais le lieutenant Balfour fut fidèle à la cause de ses compatriotes : il refusa d'obéir à l'ordre du roi , et repoussa avec mépris l'offre que lui fit le prisonnier d'un présent de 22,000 liv., et d'un mariage avantageux pour sa fille. 2° La préférence que les communes avaient montrée pour l'armée écossaise, le soin qu'elles mettaient i fournir de l'argent aux agresseurs, tandis que la paye de l'armée anglaise du comté d'York était arriérée, avaient fait nattre la jalousie et
(1 } Procès d'État , 1462-1469. • A la fin il fit une baranmie si pathétique durant une demi-heure , que jamais comédien n'eu fit autant sur la scène. 1-a matière et les es* pressions en furent également belles; certainement , s'il avait la grâce de Dieu et les vertus du citoyen , ce serait un homme très-éloquent. On cite beaucoup le passage on il s'interrompit par ses pleurs et garda le silence après avoir parlé de sa première femme. Quelques uns pensèrent que c'était uu défaut de mémoire-, d'autres, un moyen remarquable de sa rhétorique ; quelques-uns encore, qu'un chagrin véritable et les remords que lui causait ce souvenir avaient arrêté son discours ; car on prétend que sa première femme étant grosse , et ayant trouvé uni lettre de sa maîtresse, la lui avait portée; que dans st vive discussion qui eut lieu , il la frappa à la poitrine dont elle mourut en très-peu de temps. . Baillia , 291
IHSTOiltE D'A.NGLKTEKRK.
le mécontentement dans celte armée. On prit occasion de là pour sonder les dispositions des officiers, et proposer plusieurs moyens d'amener l'année aux environs delà capitale, afin d'en imposer au parlement , et de donner de l'influence aux royalistes. On ne peut douter que le roi ne connût ces desseins, et n'y eût donné son assentiment ; mais ils furent déjoués par la division qui s'intn?duisil parmi les officiers, et le ressentiment du colonel Goring, qui aspirait au rang de commandant en chef, et qui, trompé dans son attente, donna connaissance du projet au comte de Ncwport , qui le révéla aux chefs du parti (1). 3° Le roi avait offert de laisser la disposition de toutes les hautes charges de f filai au comte de Bedford , en é<hange de la vie deStrafford. I.a condition fut acceptée ; et ce seigneur en avait fait part à ses amis, qui, tous, à l'exception du comte d'Essex, y consentirent volontiers. Malheureusement, Bedford mourut au bout de quelque^ jours, et fut remplacé par le lord Say. De l'avis de ce nouveau conseiller, Charles manda (Ier mai) les deux chambres, et leur apprit, dans un discours fort succinct, que puisqu'elles avaient procédé sdon la loi, il laisserait la loi suivre son cours ; mais, qu'en adoptant le bilt d'attainder, elles l'avaient forcé à agir en qualité de juge. Il voulait toutefois leur dire que ui Slrafford ni aucun de ses conseillers uc lui avait donné l'avis de se servir de l'armée irlandaise en Angleterre , de changer les lois du royaume, ou de traiter ses sujets anglais comme des déloyaux cl des mécontents; qu'avec celte connaissance, il était impossible qu'il condamnât le comte comme coupable de trahiik.ii, ou qu'il admit le btll d'attainder, si on le
(I) Wtiitelock . 46. Nalson, u , 272. Warwick, 178. Vnytz U preuve tlauk Ru»b\vorlh, iv, 2J2-257 ; et Collection d'Iltubaiid , IGI3. Il e»l difficile de connaître l'iii»toire réelle do celle intrigue: tous le* témoin* s'effor- «aient d éviter le* reproches du roi cl du parlement. M*u il eu clair, d après les dépêches de Rowui , que le rot e**aya de gagner l'armée par le moyen des principaux officiers, et qu'il atat ordonné d augmenter le* fortifications de Portttnoutb, et avait donné le commandtuienl au colonel Goring dan* un double but, anu de pouvoir avoir une place de retraite , s'il était forcé de quiner tendres, et un poste de débarquement de troupe* qui pourraient venir à non aide de Itultande et de Fiume. IWu, 12 avril , limai.
présentait à sa sanction; qu'il était évident que Slrafford s'était rendu coupable de malversations, et qu'il voulait le punir, en le privant de tout cni|.loi pendant sa vie, mais qu'il n'irait pas plus loin. Kn conséquence, il conjurait les lords de trouver quelque terme moyen , par lequel ils pussent satisfaire à la vindicte publique, sans faire violence a la conscience de leur souverain (I).
Ce discours, fait a bonne intention, mais a contre-temps, scella la sentence de l'infortuiiC prisonnier. Les communes le regardèrent, comme la plus flagrante violation des privilèges du parlement. Les ministres employèrent tout le lendemain (c'était le dimanche) a stimuler, du haut de la chaire, les passions et le fanatisme de leurs auditeurs (2 mai), et le lundi (3 mai), on vit dans toutes les directions des rassemblements qui criaient : « Justice! justice!» et qui déclaraient vouloir la tète de Slrafford ou celle du roi. Ils se montrèrent devaut W hiteball, se rendirent à Westminster, et s'arrétant dans la cour du palais, insultèrent et menacèrent tous les membres qu'ils supposaient favorables à l'objet de leur vengeance. Pym saisit celte occasion pour exposer et exagérer à la chambre les dangers de la patrie , les complots réels o.i imaginaires pour faire avancer l'armée, s'emparer de la Tour, et se procurer du secours de la France ; et pendant que les esprits étaient agités de terreur et de ressentiment, il proposa, en imitation du co venant écossais, une protestai ion par laquelle ils s'obligeraient à défendre leur religion contre le papisme, leurs libertés contre le despotisme, et leur roi contre les ennemis de la nation. Elle fut adoptée avec enthousiasme, et transmise aux lords, qui ordonnèrent qu'elle fut signée par tous les metubres de leur chambre. I* docteur Burgess, prédicateur favori de la populace , lui donna celle nouvelle ; elle exprima sa satisfaction par des acclamalions, et a son ordre , se relira paisiblement (2) dans ses habitations.
(1) Journaux . 231, 232. Rusbworth , vin , 731. Malheur* de Laud, 170.
(2) Journ. des lords , 232 ; des communes , 3 m A. • Ils firent descendre a Westminster une multitude de gens désordonnés , armés d'épées et de bâtons, pour remplir le* tour* du palais rt toutes les approches des deux