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CHAPITRE XI

plus vives da roi, avait été rejeléc avec mépris; . offert à Laud et à Strafford de prouver son de nombreux interrogatoires préparaient le crime par le témoignage de gens « aussi hom-

procès de Montrose et de ses compagnons de captivité (1). Charles essaya de se remettre en faveur auprès de la chambre, en flattant ses préjugés religieux : il nomma Henderson son premier chapelain, écoula patiemment les longs sermons des ministres, et assista constamment au service a l'église. Les revenus des êvéchés abolis , à l'exception d une petite part réservée aux universités d'Édimbourg, Glascow et Abcrdeen, furent partagés entre les principaux nobles. On enleva successivement au trône les branches les plus importantes de sa prérogative; le droit même de nommer les principaux officiers d'État fut abandonné, après un court débat (2). La direction du trésor était un emploi d'un grand prodoit, auquel , dit-on , Argyle aspirait. Charles nomma le lord Arannd ; mais sa recommandation et les arguments de ses amis restèrent sans effet. Pendant douze jours la nomination resta en suspens, jusqu'à ce que l'attention des deux partis fut tout à coup détournée sur un nouveau sujet: il s'agit d'une circonstance connue dans l'histoire d'Écosse sous le nom de «l'incident. »

Quoique le marquis d'Hamilton eût longtemps joui de la confiance de Charles, et eût été employé par lui dans des affaires de la plus haute importance, on le soupçonnait de chercher à s'assurer l'amitié des covenantaires, en trahissant les secrets de son souverain. Maintenant H doit être difficile pour nous de le juger; car sa conduite dilatoire, ses habitudes de temporisation, pouvaient venir de l'indécision de son caractère, de son désir de se maintenir dans l'estime de chaque parti, de se répugnance à pousser les choses aux extrémités entre le roi et ses sujets. Toutefois, il est certain que nulle entreprise n'avait réussi sous sa direction, et que ses échecs successifs étaient attribués, par des hommes d'un zèle plus emporté, & une secrète intelligence avec les covenantaires. Déjà, depuis longtemps, on avait

(1) Balfour, m , 3, 14, 24, 28, 30, 36.

(2) Le roi approura une liste de 42 conseiller* et de y officier* d'État. Le* nom* de 8 conseiller* furent efface* , et d'antre* furent substitués ; parmi les grands officiers , London , que Cbartrt avait fut fait chancelier. Balfour, 366-418.

mes de bien que l'on pût trouver en Écosse.s Mais ils refusèrent de donner aucune attention à un projet qui, dans le résultat, pouvait leur attirer des ennemis et des désagréments (1). Des avis de ce genre avaient élé souvent donnés au roi, sur l'espril duquel ils commencèrent à faire impression. 11 devint apparent qu'Hamilton déclinait rapidement dans sa faveur. Un jour (29 sept.), dans le parlement, le lord Kerr lui envoya, par le corn le de Crawford, une sommation pour cause de trahison. Il en appela à la chambre : un arrêt maintint son innocence, et Kerr fut obligé de lui faire excuse et soumission (2).

Vers le même temps (10 octobre), Williams Murray, valet de chambre favori, se procura diverses entrevues avec Montrose dans le château, et apporta de lui au roi des messages dont l'objet général parait avoir été de prouver la déloyauté d'Argyle et la perfidie d'Hamilton, et de conseiller l'adoption de quelque mesure vigoureuse et décisive contre ces deux seigneurs. Le matin du 11 oct., Murray avait apporté une lettre de Montrose. Le soir, Hamilton , sous prétexte de présenter une pétition au roi, sollicita un congé pour se retirer à la campagne, et parla eu termes étiigmatiques et discourtois des préventions de la reine contre lui ; même de propos répandus contre son propre honneur. Le lendemain (12oct.), Charles s'aperçut que le marquis, prenant avec lui son frère Lanark et le comte d'Argyle, s'était enfui à sa maison de Kinneil durant la nuit; que la cause de ce départ était attribuée à la découverte d'un complot de la part du roi, pour, priver les trois seigneurs de leur liberté ou leur arracher la vie; et qne les bourgeois d'Édimbourg, alarmés, avaient fermé les portes, et s'armaient pour la protection du parlement. Courant bien vite à la chambre, Charles se plaignit de la fuite des trois seigneurs, comme d'une injure faite à son caractère, et sollicita, avec larmes, une enquête publique sur toute l'affaire. Les états hésitèrent. Chaque jour il réitérait sa demande; mais, quoique les lorda .

(1) Mémoire* de Warwk*, 140.

(2) Balfour, m, 81-86.

H1STO I R R D'AiNGU:TKnR K.

parussent y consentir, les commissaires des comtés et des bourgs insistèrent obstinément (21 oct.) pour uu procès particulier devant un comité. Le dixième jour, le roi céda, et même il soumit à lïnspeciion du comité la dernière lettre que Murray lui avait apportée de Montro>e. hlte contenait une assurance « que le comte pouvait informer Sa Majesté d'une affaire qui non-seulement concernait son honneur à un haut degré, mais la conservation ou la perle de sa couronne. » Montrose subit plusieurs interrogatoires sur ce passage, mais persista toujours dans la même réponse : «que, par affaire, il entendait ce qui, dans son opinion, concernait la paix et le repos du public, et qu'il ne voulait nuire à personne, ni accuser qui que ce fut» (1). I.e comte de Crawford, Murray, et d'autres, furent aussi arrêtés et interrogés; mais rien d'important ne fut tiré de leurs réponses incohérentes et souvent contradictoires; ainsi le temps se passait a des choses saus résultat : le conseil, à Westminster, réclamait dans les termes les plus pressants la présence du roi eu Angleterre : et Charles, après une longue lutte, fut obligé d'abandonner toute satisfaction {27 oct.), et de consentir à ce qui fut appelé « uu accommodement », dont la discussion occupa quinze jours entiers. Une grande partie des terres des évéques fut distribuée parmi ses adversaires; huit noms nouveaux furent substitués dans sa liste de conseillers privés à huit autres contre lesquels des objections avaient été faites (13 nov.); le trésor fut mis en commission avec Argyle à la (été; ce seigneur fut créé marquis, et le général Leslie élevé au rang de comte avec le titre de Leven. D'un autre côté, pour satisfaire le roi, Hamilton déclara par écrit que rien, dans ce malheureux incident, n'entachait l'honneur du roi; et les incendiaires ainsi que les conspirateurs furent dégagés (15 oct.), sous l'obligation de se rendre au parlement en janvier ; mais il fut entendu que si quelque procès avait lieu, le jugement serait toujours réservé au roi (2). Ayant ainsi délivré

(1) Balfour, i , 431. Napier, n , 95.

(2J Pour l'incident , voyez Rat our, m, 94 101. Mémoires de. tlardwicke , n , 224. Mémoire! d'Evelyn , n , App. 525-&9; et Baillie, i , 330-332. Lrs conspirateurs furent plusieurs fois interrogés par le comité en janvier et février, et les procédures transmises à Charles. Mais

scs amis de leur emprisonnement cl d'un danger immédiat, le roi traita les étals, et le lendemain partit pour l'Angleterre (18 oct.).

Ce qui l'avait rendu si impatient de partir, c'étaient les nouvelles alarmantes reçues de Dublin. Ia conduite du parlement d'Angleterre, et les succès des covenanlaires écossais, avaient produit une sensation générale et profonde en Irlande Ce qai était blâmable dans les Irlandais était-il donc si méritoire dans les autres? N'avaient-ils pas également le droit d'obtenir la réforme des abus et de s'opposer aux persécutions religieuses? Ces questions furent proposées dans toutes les réunions; et pour toute réponse, on remarqua qu'on préparait de nouvelles entraves aux droits nationaux, et de nouveaux dangers à la foi nationale; que le parlement d'Angleterre avait la prétention de donner des lois à l'Irlande , et que les chefs, en Angleterre comme en Écosse, dans tous leur» discours, publications , et remontrances, déployaient les sentiments les plus hostiles contre le culte catholique, et montraient la détermination bien prise de l'abolir partout où s'étendrait leur influence. Pourquoi donc les Irlandais ne se réuniraient-ils pas pour leur propre défense? Pourquoi ne maintiendraientils pas leur droits, et n'assureraient- ils pas leur religion, tandis que leurs ennemis étaient retenus chez eux par les querelles qui les divisaient, eux et leur souverain (I )?

Parmi les gentilshommes de Kildarc, se trouvait un certain Roger Moore, de Ballynagh, d'antique naissance, déformes insinuantes, et de haute éloquence. Il ne lui restait qu'une petite partie de ce vaste domaine qu'on avait jadis considéré comme le patrimoine de ses,

la s'arrêtèrent les choses , et il n'en fut plus fait i par aucune des deux parties.

(1) Nabon,543. Borlase, App., 128. . Les Irlandais , dit (.aud , s'appuyaient de l'exemple des Écossais, et espéraient qu'ils obtiendraient leurs privilèges et la liberté de leur culte aussi bien qu'eux. > Malheurs de Laud , 184. t Ils demandent , dit le comte de Clanricarde , pourquoi il ne serait pas plus légitime et beaucoup plus pardonnable de faire un covenant pour le maintien de leur religion , des droits et des -prérogatives de Votre Majesté et des justes libertés des sujets , qu'aux autres d'en former | un qui avait pour but d'affaiblir et détruire le pouvoir ! légitime , et de s'opposer aux intérêts de Votre Majesté. • Clanrir?rd»f p. 61.

CHAPITRK XI.

ancêtres, mais qui maintenant était partagé | entre les colon» anglais ; et l'espoir de recouvrer ce dont il se croyait injustement dépouillé le conduisit sur plusieurs points de l'Irlande dont il exhorta les indigènes à prendre les armes, et à défendre leurs droits. Il avait sondé les lords du Pale ( 1 ) ; et , d après leurs dispositions, il chercha à exciter les passions inflammables des anciens Irlandais.

Quoique les deux races se fussent mêlées par des mariages, quoiqu'elles reconnussent la même religion, en opposition à la loi, il existait toujours une différence marquée dans leurs habitudes et leurs sentiments, qui empêchait une sincère réunion entre eux. Les anciens Irlandais avaient éprouvé l'outrage le plus cruel du gouvernement anglais , par le transfert de leurs propriétés a des colons étrangers. Les nouveaux, bien qu'ils eussent à se plaindre des amendes et des recherches de titres, avaient été traités jusqu'ici avec plus d'indulgence. Les premiers désiraient vivement la restauration de l'Eglise catholique dans son ancienne splendeur; les derniers, qui avaient obtenu leur part des dépouilles ecclésiastiques, ne désiraient nullement une révolution, qui pouvait les forcer à restituer leurs dernières acquisitions. I,es uns avaient toujours été dans l'usage de rechercher la protection des princes étrangers; les autres s'étaient constamment réunis au souverain, même dans les guerres contre leurs compatriotes professant la même religion (2). D'après cela, les chefs irlandais de l'Ulster, particulièrement Cornélius Macguirc, baron d'Inniskillen, et sir Phclim ONeil, qui, après la mort du fils de Tyrone, était devenu chef de ce clan formidable, écoulèrent avec plaisir les insinuations de Moore. Us convinrent entre eux de consulter leurs compatriotes de l'intérieur, et de se tenir prêts pour une insurrection, l'automne suivant (3).

Les gentilshommes du Pale adoptèrent un plan différent. Par leur influence dans les deux chambres, ils persuadèrent aux Irlandais

(1) Le Pale était te paya anglais.

(2] Narration manuscrite de Kiunucioi , au commencement.

(3) Nation , 554, 555. Carte, m, 30. Mémoire» de Clareudoo , ii , 69, 80, 131.

d'imiter la conduite du parlement d'Angleterre; on forma des enquêtes sur les abus du gouvernement; et des commissaires furent envoyés à Londres pour réclamer de la justice de Charles les grâces qu'il avait vendues, et dont il avait reçu l'argent treize années auparavant. Il était évidemment de son intérêt de se concilier ses sujets d'Irlande: il les reçut de la manière la plus flatteuse, combla de marques d'attention toutes particulières le lord Gormanstown, le chef de la députation. leur donna l'espoir d'une réforme complète, qu'ils devaient attendre de son équité et de son affection; mais il avait en vue un objet plus important : Strafford l'avait souvent assuré du dévouement et de la bravoure des 8,000 hommes levés dernièrement en Irlande, et Charles, prévoyant que sa querelle avec ses adversaires se déciderait définitivement par la voie des armes, envoya des instructions secrètes aux comtes d'Ormond et d'Antrim , pour les attacher à son service, pour augmenter le nombre des soldats sous différents prétextes, et surprendre le château de Dublin, ofi ils trouveraient des armes pour 12,000 hommes. Mais il était bien connu que ces levées se composaient principalement de ca tholiques, motif suffisant pour exciter les soupçons du parlement d'Angleterre. Les chambres demandèrent qu'elles fussent immédiatement licenciées : Charles hésita ; elles réitérèrent leur demande : il y a cquiesça; mais à un ordre donné à cet effet, il joignit un secret message aux deux comtes, afin de prévenir par quelque moyen la dispersion des soldats, et le fit suivre d'une commission envoyée a plusieurs officiers, afin d'enrôler, d'abord la moitié, ensuite la totalité, pour le service d'Espagne ( 1 ).

Au moment de partir pour l'Ecosse, Charles avait accordé les principales demandes de la députation irlandaise, et signé deux biils qui devaient être convertis en lois, dont l'un confirmait la possession de toutes les terres tenues sans interruption depuis soixante ans, et l'autre portait que la couronne renonçait à tous les droits fondés sur les enquêtes faites sous le

(t } Voyez ribformatjon d'Adtrim , dam le «upplément a l'Hialoire de la révolte d'Irlande, de Clarendon. Journaux de* lord», 230, 239, 345. Oi inond de Carte , i, 132; iii,3I-33.

comte de Straffbrd. Gormanstown et ses collègues annoncèrent leurs succès à leurs compatriotes , et se rendirent en triomphe à Dublin; mais les lords grands juges Borlase et Parsons étaient moins les minisires du roi que les associés de ses adversaires. Ils pensèrent que ces bills attacheraient toute la population d'Irlande aux intérêts du roi , et ils trompèrent les espérances des députés, en prorogeant le parlement peu de jours avant leur arrivée (I).

Il est douteux qu'Ormond ait essayé d'exécuter les ordres du roi. Antrim tint ses instructions secrètes , et s'efforça de suivre son projet par le moyen des officiers chargés de lever des soldats pour le service de l'Espagne. Ceux-ci , par leurs intrigues avec les membres du parlement , découvrirent parmi eux des hommes à qui ils pouvaient , en toute sûreté , révéler le véritable objet de leur mission : qu'ils étaient venus, non pour emmener l'armée irlandaise, mais pour la retenir dans l'Ile. Le roi avait besoin de ses services; il avait beaucoup à se plaindre de ses sujets d'Angleterre et d'fccosse : il se reposait sur les Irlandais pour déployer leur attachement à sa personne, et, en se ralliant pour défendre le trône, prévenir la destruction de leur religion. Des catholiques du Pale, ils revinrent aux chefs de l'CIster, pour qui leur première détermination de tirer l'épée rendait toute exhortation inutile. Cette nouvelle fut pour eux un sujet de triomphe; ils approuvèrent le projet de surprendre le château de Dublin, et promirent, non-seulement de coopérer à l'entreprise, mais encore d'attaquer le même jour la plupart des garnisons anglaises des provinces septentrionales.

Après s'être consultés secrètement, Antrim et ses amis se déterminèrent à différer le soulèvement jusqu'au premier jour de rassemblée du parlement, au mois de novembre. On devait s'assurer au même moment du château et des grands juges, et publier une déclaration au nom des deux chambres, portant que les irlandais maintiendraient le souverain daus tous les droits légitimes du trône. Mais les délais ne s'accordaient point avec le caractère bouil-

(1) Ormond de Carte , m , 139. 140. Temple, t5. Borlaie, Journ. des communes irlandaise» , 210, 530. Mem. de Castlebaven , 40.

tant des anciens Irlandais, dont l'impatience était encore excitée par les exhortations de Moore, et qui se persuadaient eux-mêmes que, s'ils commençaient, le Pale suivrait leur exemple. Il avait été d'abord décidé que le mouvement combiné se ferait le 5 novembre; ils se déterminèrent actuellement a l'exécuter euxmêmes le 23 septembre. Le 2*2 au matin, plusieurs chefs se rendirent à Dublin ; mais beaucoup y manquèrent , et de 200 hommes dévoués, choisis pour surprendre le château , 80 seulement se présentèrent. Ils résolurent d'attendre l'arrivée de leurs compagnons jusquesdans l'après-midi du 23, et pendant la nuit, le complot fut découvert par Owen O'Conolly à sir Williams Parsons. Quoiqu'on eût immédiatement fermé les portes de la ville, les chefs des conspirateurs, à l'exception de lord Macguirc et de Macmahon, parvinrent à s'échapper (t).

Leurs associés de lT'lster, ignorant la découverte du complot, se levèrent au jour fixé. Charlemont et Dungannon furent surpris par sirPhelim O Neil, à la tète de son clan ; Mountjoyle fut parO'Quin, Tandcrage par O'Ifanlan , et Newry par Macginnis; dans le cours de la semaine, ils s'emparèrent de tout le pays ouvert dans le Tyronc, le Monaghan, le Longford, Lcitrim, Fermanagh, Cavan, Donegal, Dcrry, et une partie de Down. Les habitants des autres comtés colonisés suivirent bientôt leur exemple, et insensiblement l'esprit d'insubordination et de révolte se répandit daus les districts les plus fidèles et les plus paisibles. Cependant les insurgés n'étaient que des corps , tumultueux de voleurs, pour la plupart sans armes, qui se levaient en masse, pillaient quelque colonie voisine, et retournaient à leurs habitations pour partager le butin. Lorsqu'ils rencontraient des hommes armés, ils se retiraient, ou payaient chèrement leur témérité. Leurs ennemis ne faisaient pas de quartier; et

(I) Voyez, pour plus de détails, la relation de Macguire dans Borlase, App., 9, et Maison , 543 555. Il cache peut-être quelque chute , mai» je ne doute pas de sa ▼éracité. Ce qu'il rapporte des intrigues des officiers confirme le rapport de lord Antrim. Consultez aussi la lettre des lords grands jugeset le témoignage d'O'Conolly , dam I les Journaux des lords , 412-41.5.

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