‹ Histoire d' AngleterreChapitre 152 sur 307 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

sir Phelim O'Neil éprouva de grandes pertes I durant le mois de novembre ( 1 ).

Soit que les lords grands jup.es se sentissent au-dessous de la place qu'ils occupaient, soit qu'ils laissassent grandir l'insurrection , dans le désir de profiler des confiscations qui devaient résulter de sa répression , ils ne montrèrent dans leur conduite aucune énergie contre les rebelles, et nulle commisération pour les souffrances des royalistes. Us donnèrent avis de ce qui se passait au roi et au lord lieutenant , fort ifièreni la ville de Dublin , et , tranquilles dans ses murailles, ils attendirent l'arrivée des secours d'Angleterre. Cependant la campagne, sans défense, était abandonnée à la merci des insurgés , qui , se rappelant leurs injures et celles de leurs pères, se précipitaient sur les colonies anglaises, enlevaient les armes des babitants ainsi que leurs propriétés mobilières, et restituaient les terres aux anciens propriétaires ou à leurs descendants. Les fugitifs, avec leurs familles, cherchaient en foule un asile au sein des garnisons les plus proches, où ils languissaient accables de toutes les misères qu'un état de dénûment si subit devait nécessairement amener (2).

Pour justifier leur conduite, les chefs de rebelles publièrent un manifeste, dans lequel ils déclaraient n'avoir pris les armes que pour dé- . fendre la prérogative royale, et pour garantir ! leur religion contre les machinations d'un parti } du parlement anglaisqui avait envahi les droits

(t) Voy ex le* lettre* daus l'Ormond de Carie, m , 38, 39, 40, 44. «On n'entendit jamais parler d'une Ruerre pareille. Il n'y avait pan de chef; une paroisse pillait l'autre , s'en retournait , et partageait le butin , et c'est ainsi que tout finissait ; et tout cela était fait par une réunion de voleurs , presque sans armes. » Ibid., 47. Voyez aussi les Mémoires de Clanricarde, 6, 35, 36, 38.

(2} • La partie colonisée de Leiirim est tout en combustion, et ils ont pris toutes les villes, excepté trois places fortes; ils ont rétabli O'Bourke , parce que c'était autrefois la contrée d'O'Bourke. «Clanricarde, 17. «Quoiqu'il n'y ail aucun seioneur du royaume qui a{jii»e , ni aucun (jfi-iilbon.n.e de qualité d'exiractien anglaise et que beaucoup d'anciens Irlandais litnnent Ternie, nea. moins telle est l'étrange jalousie et la méfiance de ce temps , et la conduite dilatoire que l'on lient, que noua devons être détruit» par ce peuple désespéré, n'ayant i aucun moyen de défense, et 1rs terreurs paniques qui sïmpareut d'un (jraiid nombre leur faisint abandonner les plarr* fortes sans aucune résistance. » Pao- Voyez la note U a la fin du volume, lit.

de la couronne , intercepté les grâces accordées par le roi â ses sujets irlandais, et sollicité en Irlande des signatures pour une pétition qui tendait à détruire entièrement l'épiscopat protestant et le culte catholique. En même temps, pour exciter leurs partisans et en multiplier le nombre, ils exhibèrent une commission supposée du roi, qui les autorisait à recourir aux armes, et uue lettre d'Écossc, qui annonçait l'arrivée prochaine d'une armée de covenantaires, qui , la Bible d'une main et l'épée de l'autre, convertiraient ou détruiraient les papistes idolâtres d'Irlande (1).

Charles , après avoir communiqué cette nouvelle au parlement écossais, et nommé le comte d'Ormond commandant de l'armée d'Irlande, revint en Angleterre. Lorsqu'il entra dans la capitale , il y fut reçu par le lord maire , les shérifs et les principaux citoyens; et ayant dîne en public à Guildhall. il fut salué , lorsqu'il se relira dans son palais, par les acclamations des spectateurs. Celie expression de loyauté l'engagea â bien augurer de l'attachement de ses sujets, et à supporter avec plus de courage les nouvelles mortifications que lui préparaient ses adversaires au parlement (26 nov.). Ils avaient remarqué depuis peu une défection alarmante dans le nombre de leurs adhérents; et ils voyaient que les hommes modérés, satisfaits des sacrifices déjà faits par le roi , commençaient â blâmer toute nouvelle usurpation sur l'autorité royale. D'un autre côté, l'incident d'Ecosse, les secrets avis de leurs commissaires dans ce royaume , et la certitude que Charles n'ignorait pas leurs intrigues clandestines avec l'armée usurpatrice , les convainquirent qu'ils avaient été trop loin pour espérer leur pardon, et que celte nouvelle sûreté était nécessaire pour les soustraire à la vengeance du monarque offensé. Pour produire uue plus forte sensation, et préparer l'esprit public â leurs pro-

(I) Nalson, u, 555-557. Cette prétendue commis*. on se trouve dans Rusbworlli , iv, 40). Son authenticité a été niée par le» ami» de Chartes, et affirmée par ses ennemis. Jr n'bé<ite pas a prononcer que ce n'est qu'une suppOMUon Les rebelle» n'en hrei.l jamais mention dans aucune de leur* remontrances ou de leurs a.ioiorjies, et elle renfermait desclaunesque le roi n'aurait jamais autorisées ; comme, par exemple, un ordre adresse aux calbo- Itqu s, pour arrêter et saisir les terres, les Meus, et même les personnes de tous les AiujUis protestants.

:jog

chaînes demandes , ils résolurent de présenter au rui une remontrance sur la situation de la nation. Elle commençait par affirmer l'existence d'une coalition de papistes jésuites, d évoques , d'ecclésiastiques corrompus, et de courtisans intéressés, dont le but commun était la destruction des libertés d'Angleterre. Suivait une longue énuméralion de tous les griefs, réels ou imaginaires, qui avaient excilé des plaintes depuis la mort de Jacques ; ils indiquaient ensuite plusieurs remèdes déjà proposés, ou qui étaient attendus de la sagesse du parlement ; et ils terminaient en se plaignant de ce que les efforts des communes devenaient en général inutiles, par les intrigues d'une faction malveillante qui environnait le trône, et l'alliance des lords papistes avec les évoques malintentionnés, qui formaient un parti si puissant à la chambre haute. Cette remontrance trouva la plus vigoureuse opposition : elle ne fut adoptée qu'après des débats qui durèrent douze heures et à la majorité de 1 1 voix. Mais les patriotes s'empressèrent de poursuivre leur victoire. On déclara qu'elle ne serait présentée au roi qu'à son retour (Ier déc), et qu'elle serait imprimée pour l'édification du peuple. Charles, quoique blessé, ne fut pas surpris de l'apreté du style, ni delà faiblesse de ses arguments; mais il sentait que la publication était un outrage d'un nouveau genre, un appel de l'équité du souverain aux passions des sujets, et il déclara, dans une réponse modérée, mais éloquente, sortie de la plume de Hyde, qu'il n'avait jamais refusé la sanction royale à aucun bill qui lui eût été présenté pour le redressement des abus, et qu'ayant assuré, pour le présent, les justes droits de tous ses sujets, il voulait aussi les maintenir à l'avenir; qu'il n'avait jamais eu le dessein de protéger de mauvais conseillers, mais que le choix de ses ministres était un droit qu'il ue voulait pas abandonner ; que s'il existait quelques personnes qui voulussent attenter a son autorité ou ternir sa réputation, et amener tous les maux de l'anarchie et du désordre, il espérait, qu'avec le secours de Dieu et de son parlement, il confondrait leurs desseins et saurait les punir (1).

(1) Ru»hw.,iT, 436-152. Journ., 22 décembre. Clarendon , i , 310, 335 , 336.

La rébellion en Irlande fournit aux zélateurs un prétexte plausible pour s'abandonner aux invectives, et déployer leur animosité contre ceux qui professaient l'ancienne religion (1). En septembre, des commissaires avaient été nommés pour désarmer les réfractaircs dans toutes les parties du royaume. Maintenant , les communes dénoncèrent aux pairs 60 lords et gentilshommes catholiques, comme des personnes dangereuses que l'on devait renfermer dans une étroite prison pour la sûreté de l'État. On envoya le confesseur de la reine a la Tour, et l'établissement du service de sa chapelle fut détruit : de l'autorité de la chambre basse, on nomma des poursuivants, avec les pouvoirs nécessaires pour arrêter les prêtres et les jésuites : on donna des ordres pour commencer immédiatement le procès des prisonniers ; on importuna le roi pour ne point leur accorder de pardon ou de sursis (2) ( 1er déc. ), et les deux chambres prirent la résolution de ne jamais consentir à ce que la religion catholique fût tolérée en Irlande, ou dans aucune autre partie des Étals de Sa Majesté (3). Charles les réprimanda avec douceur de leur violence; ils faisaient de la guerre en Irlande une guerre de religion : ils devaient s'occuper plutôt à se procurer des hommes et de l'argent, pour la protection des royalistes et la défense de sa couronne. Mais il existait pour cela un obstacle insurmontable. Le parti patriote était déterminé à s'emparer du commandement de l'armée; et le roi était résolu à ne poiut abandonner ce qui lui paraissait maintenant le dernier support de son trône. Avant son arrivée, les chambres avaient nommé un conseil de guerre, chargé le comte de Lcicester de lever des hommes pour servir en Irlande, et douné leur approbation aux officiers qu'il proposait d'y em-

(1) Sur la foi de Béate, tailleur, qui prétend. it aroir entendu quelques inconnus converser derrière une hate, les communes affectèrent Gravement d<- croire que plut de cent membres étaient marqués pour être étîor;;és par des assassins papistes. Journ., 16. 17, 26, 27 décembre ; des lords, 439. Mémoires d Evelyn , n , App., 73.

(2) Si le lecteur veut connaître avec quelle opiniâtreté ils poursuivirent la mort de sept prêtres catholiques , il peut compiler le» Journaux, 8, il, 13, 14, 15, 31 décembre, 21 mars , 9 avril. Journ. des lords, 472, 476, 479, 501.

(3) Journaux, 4*3, 476, 460; communes , 8 décembre Rushw , iy, 415.

Page 1