CHAPITRE XI
ployer. Pour hâter la levée des troupes (3 déc), les communes passèrent un bill, et se plaignirent, dans une conférence, de la lenteur des opérations de l'autre chambre. Elles soutinrent queles lords n'étaient que des individus privés , tandis que la chambre des communes était la représentation nationale, et déclarèrent que si les premiers refusaient d'adopter les bills nécessaires au salut public, elles s'adjoindraient 1rs pairs, qui ne reculaient pas devant l'exécution de leur devoir, et représenteraient toute la matière au souverain. Cette menace fit peu d'impression : les lords combat tirent la clause déclara loire qui refusait au roi un droit dont avaient joui tous ses prédécesseurs; mais Charles intervint mal à propos, et assura les chambres qu'il adopterait le bill (H déc.), si l'on y ajoutait une clause provisionnelle qui sauvât les droits et les libertés du peuple. Si cette proposition avait été présentée comme un amendement de la part d'un des ministres, on n'y eût fait aucune objection; mais l'intervention personnelle du souverain^ pendant la discussion d'un bill, était, sans aucun doute, irrégulière, et les deux chambres la repoussèrent comme une infraction aux privilèges du parlement (l){l6déc).
Je fatiguerais inutilement la patience du lecteur, si j'entreprenais d'écrire jusqu'aux moindres causes de la dissension qui ne (arda pas à s'élever entre le roi et ses adversaires, ou de rechercher quels furent les agresseurs primitifs , dans les querelles qui eurent lieu journellement entre leurs partisans respectifs. Des masses de peuple armées parcouraient les rues, dans le dessein avoué de protéger le parlement, et un grand nombre d'officiers cl de gentilshommes se rassemblèrent spontanément à Whilehall, pour garantir le roi et la famille royale de toute insulte. Les deux partis se trouvèrent souvent en présence; et quoique personne ne perdit la vie, les expressions les plus irritantes et quelquefois même des voies de fait, entretinrent l'inimitié (2).
La remontrance avait allumé la fureur de la
(1) Journaux de* commune* , 3 et 16 décembre. Journaux de* lord* , 476. Clarendon , u , 323.
(2) RiMbworth , iv , 463. Clarendon , i , 356, 371, 372. Warwick,186
populace contre les évèques, qui, dans une ' certaine circonstance, furent si effrayés des . clameurs pousées sur la place du Palais , qu'ils s'enfermèrent dans leur salle (27 décembre), jusqu'à ce que l'obscurité de la nuit leur permit de regagner leurs domiciles respectifs. Le lendemain, Williams, qui avait fait sa paix avec j le roi , et qui venait d'être promu à l'archevêché d'York, parvint à obtenir de onze autres prélats qu'ils se joignissent à lui dans une déclaration qui fut remise (29 déc.) par le lord garde des sceaux à la chambre haute. Elle portait que les évéques ne pouvaient plus longtemps, sans danger pour leur vie, remplir leurs devoirs au parlement, et que, d'après cela, ils protestaient contre la validité de tous les votes et de toutes les résolutions de la chambre pendant leur absence. Cette déclaration extraordinaire fut entendue avec surprise et indignation. 11 était à leur choix de se retirer ou de rester; mais prétendre au pouvoir de suspendre, par leur absence, les opérations du parlement, était, aux yeux de leurs adversaires, s'arroger l'autorité souveraine. Les communes, après un débat à huis clos, accusèrent les douze prélats de haute trahison. Williams déclara hardiment qu'il était prêt ù répondre à l'accusation ; les autres , intimidés par la violence des temps, firent des excuses pour leur conduite. Dix furent envoyés à la Tour (30 déc.); deux, J les évèques de Durham et de Lichfietd , en considération de leur âge et de leurs infirmités, furent confiés à la garde de l'huissier à la verge noire (et lui de la chambre des pairs) (1).
Avant que la surprise, causée par cet événement inattendu fut pnsséc , l'esprit public se vit agité par une autre mesure encore plus extraordinaire. Les patriotes avaient laissé percer des intentions d'accusation contre la reine ;
(I) Journ. de» lords , 496-409. Joarn. des communes, 30 décembre. Rusbworih , iv, 460. Clarendon, t, 350. Treize évèques avaient d'.-ji ëtéaccuxés de crimes d'Étal et de malversation* { 13 aooi ), a raison des canons adoptés dan* la dernière convocation (Journaux des lords, 363). Mai* comme ils furent ailinis à donner caution, ils conservèrent toujours leurs siéfjes. Ceux que l'on accusa a cause de la protestation étaient les prélats d'York , Durham , Norwicb , Gloucesier, Licbfleld , St.-A»aphl , Bal h et Wells, Oxford , Uereford , El j , Peter borougb et Llandaff. En le* envoyant 4 la Tour , le parti du peuple enleva douze vois à ses adversaire».
l'avis, probablement à dessin, en fut donne à Charles (1). qui, irrilé et alarmé, se hata de prendre la résolution suivante, hardie, mais périlleuse (3 janv. 16^2).
Quatre jours après l'emprisonnement des , prélats, le procureur général partit A la barre j de la chambre des pairs , et , au nom du roi , accusa de haute trahison le lord Kimbolton, Hollcs, Ilaslerig, Pym, Hampden, et Slroud, tous membres distingué» du parti populaire. Il les accusa d'avoir conspiré pour* enlever au roi l'affection de son peuple, exciter la désobéissance dans l'armée, subverlir les droits du parlementât arracher le consentement de la majorité par l'influence des masses et de la j terreur; et d'avoir, en ouirc , attire une armée étrangère dans le royaume , et déclaré la guerre ! à leur souverain (2).
On s'attendait à ce que les lords témoigne- : raient au roi la même déférence qu'ils avaient eue pour les communes, et qu'ils ordonneraient, ainsi qu'ils l'avaient fait pour les prélats, que les membres accusés fussent emprisonnés; mais la chambre nomma un comité pour rechercher les précédents; et Charles, indigné , du délai, envoya un sergent d'armes aux communes pour demander les cinq membres. Elles répondirent que cette affaire exigeait une sérieuse délibéra lion, mais que les accusés comparait raient pour répondre à toutes les charges légales (3).
Le jour suivant, le roi lui-même, accompagné de ses gardes et de beaucoup d'officiers i armés de leurs épées, se rendit à la chambre des
(1) Clarrndon , i , 418.
(2) Par le dernier traité avec les Êcossas, Charte» avail stipulé qu'un acte d'amnistie serait passé au parlement , • ensevelissant dans l'oubli tous les actes d'hostilité contre le rot tl se» sujets , qui pouvaient provenir de l'entrée de l'année écossaise en Ainjleterre, ou de toute enireprse, secours, conseil ou avis y ayant rapport.» Rusiiworlh, iv, 370. Apres Ij ratification de ce traité, quoique l'acte d'amnistie ne fût point paMié , je ne vois pas comment le roi pouvait, en honneur, acemer les six membres , au sujet de leurs tntrirjues précédentes avec les Ecossais.
(3) Journaux des lords, 500-503; drs communes, 3 janvier. Rushworlb , iv, 473-477. Clarendon attribue crue démarche hardie , mais malheureuse , au conseil de tord DiQby, qui , en détendant les évéque* et Stra;ford , éta t devenu si odieux a la chambre des communes , qu'il avait été appelé à la chambre des lords. Méui. de Uarcadon , m , bupplémtnt , avril. Hist., i, 3ô9.
communes. Il ordonna à sa suite de rester à la porte, cl, accompagné seulement de son neveu, le prince électeur, il entra dans la chambre. Ayant pris le fauteuil, il regarda autour de lui, et, ne voyant pas ceux qu'il cherchait , il s'enquit du président s'ils étaient présents (1 ). Lenlhall, s'agcnouillant, répondit qu'il n'était que le simple organe de la chambre, qu'il n'avait d'oreilles pour entendre , et de langue pour parler, qu'autant qu'elle voulait bien les diriger. Le roi, s'étant assis, dit que, dans le cas de trahison , il n'y avait pas de privilèges ; que son intention n'élail pas d'user de violence, mais de procéder contre les accusés, selon le vœu de la loi ; que si les oiseaux ne s'étaient pas envolés, il les eût pris lui-même; que dans les circonstances présentes, il attendait de la fidélité de la chambre qu'elle les lui enverrait, ou qu'il aurait recours à d'autres moyens. On l'écouta en silence; et, quand il se retira, il entendit murmurer autour de lui à voix basse, mais distincte, les mots : o privilège, privilège» (2).
Celte entreprise imprudente et avortée acheva de dégrader cet infortuné monarque. Elle fut également condamnée par ses amis et par ses ennemis, et fournit aux derniers les moyens d'exciter les passions de leurs adhérents, et de les porler à un état voisin de la frénésie. Les communes s'ajournèrent pour une semaine ; mais, pendant cet intervalle, uu comité permanent siégea à Guildhall, pour se concerter avec leurs partisans de la cité, et se préparer à un nouveau triomphe sur l'autorité déchue du souverain. Au jour fixé, les cinq membres accusés se rendirent par eau à la
(1) • Son projet fut trahi par la comtesse de Carliste , la plus remuante dis femmes poliliqurs, qui avait quitté son galant Strafford pour s'attacher a Pvin , et qui était devenue le l mement s iule, qu'elle fréquentait leurs sermons , et prenait des noirs. • Warwick , 20 t.
(2) Journaux d< s communes, 4 janvier. Rushwortht iv, 477. Whiielock , 52, 53. Les cinq membres firent chacun un bref discours pour leur propre défende ; mais ils paraissent avoir éludé l'accusation d'avoir appelé un ennemi étra ger dans le royaume, en supposant qu'elle fit allusion au vole par lequel les communes avaient imploré l'assittancc des Écossais pour tei miner la rébellion d'Irlande. Leurs discours se trouvent daus les Traités de So Tiers , iv, 330-340, où, par erreur, celui qui appartient à Hotles est atlribué à Kiinboltoo , qui était membre de la chambre haute.