CHAPITRE XI
chambre (Il janvier); ils étaient escortés de 2,000 mariniers armés, dans des bateaux, et de détachements de troupes régulières avec 8 pièces de canon, de chaque c6té de la rivière; lorsqu'ils abordèrent, ils furent reçus par 4,000 cavaliers du Buckinghamshire , qui étaient arrivés pour maintenir l'innocence de llampden, leur représentant, et demander justice d'un libelle qui tendait à inculper son caractère. L'air retentit de cris de joie, mêlés à la musique militaire; et, comme le cortège traversait Witehall, la populace se répandit en vociférations indécentes contre le monarque malavisé ; mais Charles n'y était plus. Se défiant des projets de ses adversaires, il s'était enfui la veille, au soir, à Ilampton-Court , avec sa famille (1).
Il devenait évident que tout espoir de réconciliation était perdu. Les deux partis résolurent de terminer le différend par l'épée , et ils n'hésitèrent à se déclarer ouvertement que pour faire leurs préparatifs, et prendre occasion de jeter l'un sur l'autre le blâme des hostilités. En même temps , leurs plus secrets conseils étaient réciproquement trahis. Le roi avait beaucoup de serviteurs dévoués dans la chambre des communes. Lord Falkland et sir John Colepeper, qui avaient accepté des places officielles, le dernier celle de chancelier de l'échiquier pour la vie, lui donnaient tous les avis qui étaient en leur pouvoir; et Hyde, qui avait prudemment caché à ses collègues son attachement , se rendait la nuit auprès du roi , lui faisait connaître ce qui s'était passé dans les différents comités, et lui fournissait des réponses aux messages et aux déclarations de ses adversaires, même avant qu'elles fussent soumises régulièrement à la sanction de la chambre (2).
D'un autre côté, les patriotes avaient des espions ou affidés à la cour, au conseil , et
(1) Rushw., iv, 480-481. Nalson, u, 823-829. Whilelock , 64. Clarendon, i , 380.
(2) Vie de Clarendon, 46-58. Hyde envoyait les papier* au roi par de* Gentilshommes qui offraieut leurs services, et qui quelquefois faisaient le voyaGe a York , et rapportaient la réponse dans le court espace de trentequatre heures. Pour empêcher qu'ils ne fussent découverts, le roi copiait de sa main tous les papiers envoyés par Hyde, et brûlait les orifli"— »
même dans le cabinet du roi. Ses plus secrets desseins étaient immédiatement connus et prévenus. D'après cela , à son grand élonnement, une garde fut établie aux environs de la Tour, pour se préparer contre le danger d'une surprise. Goring, gouverneur de Portsmoulh, reçut des instructions afin de n'obéir qifau ordres des deux chambres. Le comte de Newcaslle, envoyé par Charles en mission secrète à llull, fut sommé de remplir son devoir comme pair , et sir John Ilotham et son fils se hâtèrent d'assurer cette place importante pour le parlement : quand on sut que les gentilshommes qui avaient escorté le rot comme volontaires, à Hampton-Court , sous le commande* ment du colonel Lunsford, avaient reçu, le malin précédent , un message de lui , par le lord Digby, on donna des ordres (14 janv.) aux shérifs pour disperser tous les rassemblements d'hommes armés, dans leurs comtés respectifs ; et Digby et Lunsford furent accusés de haute trahison (1).
Instruit que, par son entrée si étrange dans la chambre des communes , il avait donné de grands avantages à ses adversaires, Charles essaya de revenir sur ses pas, en faisaut l'apologie de sa conduite, en Rengageant à procéder juridiquement contre les autres membres, en abandonnant même les poursuites , et leur proposant d'accepter une amnistie générale. Mais ces concessions , au lieu de les adoucir, ne firent qu'accroître leur obstination. Ils repoussèrent toutes ses propositions, et insistèrent pour qu'il fit connaître le nom de ses conseillers, afin de punir une aussi flagrante violalion de privilège. Il ne daigna pas répondre (2).
Cependant, pour éprouver la sincérité de leurs déclarations, il les requit de faire remettre sous ses yeux , en un tableau , un sommaire de toutes les mesures qu'ils exigeaient relativement à son autorité et à son revenu , à leurs propres privilèges, aux droits du peuple, et à la réformation de l'Église , en leur promettant que sa réponse prouverait qu'il était un
(I) Ilosbar.d, 202. Whitelock , 54. Clarendon, i, 381, 388 418; sa Vie, 57. Mém. de Clarendon. m, App., Itv HuJhw., 495, 496,585. Nalson , u , 845-863.
(2; Ku*hw., iv, 400, 491.
des monarques les plus faciles et les plus cléments. 11 eût élé impolitique de refuser directement de pareilles propositions. Mais ils saisirent cette occasion pour effectuer ce qu'ils désiraient depuis longtemps, et ce qu'ils avaient demandé comme «base de la confiance:» que le gouvernement des forts et le commandement du l'armée et de la marine fussent confiés à des officiers nommés par les deux chambres du parlement. Le roi resta confondu de cette réponse. Y consentir, celait se dépouiller lui-même d'un pouvoir essentiel a la royauté, et se jeter, sans ressource , sous les pieds de ses ennemis. Il résolut de refuser ; mais sa répugnance céda insensiblement aux objections de quelques-uns de ses conseillers, qui soutenaient que ce qui était radicalement «mauvais, ne pouvait-être réparé par la sanction royale; i que par là même qu'une commission, sous le grand sceau, n'avait aucun effet quand elle était contraire a la loi, un acte du parlement n'avait pas la puissance d'engager, lorsqu'il était subversif de l'ancienne constitution du royaume. Ce raisonnement était spécieux : il dégageait le roi de ses difficultés présentes, en l'autorisant à revenir, quand il le voudrait, sur ce que la nécessité le forçait actuellement à eoncéder; et non -seulement il adopta (14 févr.) les deux bills sujets à difficulté, pour enrôler des soldats au moyen de la presse , et dépouiller les évéques de leurs sièges, et de tous leurs emplois temporels (1); mais il offrit encore de soumettre toutes les discussions relatives à la liturgie à l'examen du parlement; il promit de ne jamais accorder de pardon à un prêtre catholique, sans le consentement préalable des deux chambres ; pria qu'on lui fit connaître les noms de ceux à qui l'on confierait le commandement de l'armée, en approuva la liste, et demanda seulement (28 févr.),
(1) Clareodon , i, 428-130. Coiepefwr était d'opinion que le roi pouvait en toute sûreté rejeter le second de ces bills, s'il sanctionnait le premier, relatif aux évéques ; mats Charles refusa. Alors il se rendit prés de la reine, l'amena a penser comme lui , et l'assura de la faTeur populaire, si l'on savait qu elle eût parlé pour le bill : avec ce secours , il parvint à vaincre la répugnance du roi. C'est au moins ce que rapporte Clarendon dans l'Histoire de sa Tie (pas. 50. 51). Nais je do.ile de son exactitude. Il parait avoir oublié que Charles wnctionna les deux bills en même temps
1* que leur commission fût limitée à un certain temps , et, 2° que les pouvoirs extraordinaires qu'ils devaient exercer, lui fussent préalablement confiés par statut , afin qu'ils pussent les recevoir de lui. Mais ses adversaires commencèrent à se défier de la facilité avec laquelle il accédait à leurs demandes; ils conclurent que cette dernière proposition était , en réalité, un refus; que ceux qui l'avaient conseillée étaient les ennemis de l'État, et devaient recevoir le châtiment qu'ils méritaient , et que la sagesse du parlement devait y porter un prompt remède. Quelques jours après (ô mars), on prépara une ordonnance qui nommait , de l'autorité des deux chambres, cinquante-cinq lords et lieutenants roturiers, de différents districts, avec le pouvoir de choisir des députés et des officiers et de réprimer les insurrections, rébellions et invasions (1). Une longue série de déclarations servit à occuper l'attention du public durant plusieurs mois. Les adversaires du roi craignirent d'avouer leurs véritables motifs; et leurs allégations, qu'il existait un projet pour ramener le papisme, que les papistes voulaient se soulever en Angleterre, comme ils l'avaient fait en Irlande , et qu'un conseil de papistes gouvernait le roi , se trouvant évidemment fausses et chimériques , donnèrent aux réponses composées pour le roi une supériorité décidée (2).
Mais le véritable projet de Charles était, comme celui de ses antagonistes, de se préparer à la guerre. Il avait, au mois de janvier, envoyé la reine en Hollande, sous prétexte de conduire sa fille, Marie, à son époux, le prince d'Orange; mais dans le but de solliciter des secours des puissances étrangères, d'emprunter de l'argent sur les bijoux précieux qu'elle avait emportés avec elle, et d'acheter des armes et des munitions- En même temps , il s'éloigna peu à peu du voisinage de la capitale pour se rendre dans les provinces septentrionales; et
(1) Rushw., it, 516-528.
(2) Voyez-les dans Rusbworib, iv, 528-552. D'après les bruits relatifs 1 l'influence des papistes , le secrétaire Nicolas écrit ainsi au roi : • Les complots des papistes
I amusent et effrayent le peuple ici plus que toute autre 1 chose , et c'est pour cela que l'on en fait un tambour a I battre dans toutes les occasions. • 27 octobre. Mémoires » d'fcvcIvD, il , App.. të.