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CHAPITRE X

il fixa enfin sa résidence à York (24 mars). Les gentilshommes des environs levèrent, en son nom , un corps de troupes, pour former, en temps convenable, le noyau d'une armée plus nombreuse (1).

Le lecteur, en laissant le roi à Yorck, doit revenir aux affaires de l'Irlande. Quels qu'eus- ?ent été les projets conçus par les lords du Taie, a qui Antrim avait communiqué la commission du souverain, ils étaient anéantis par l'insurrection prématurée des Irlandais de l'UIster. Le château de Dublin fut préservé du danger par la vigilance de son gouverneur, sir Françis Willoughby. Le pnrlement s'assembla au jour fixé; mais il se trouva lui-même surveillé par une garnison de 4,000 hommes, et un autre ajournement, par ordre des juges, l'empêcha d'intervenir dans l'administration du gouvernement. Les lords et les gentilshommes d'extraction anglaise offrirent leurs conseils et leurs services. Les uns et les autres furent refusés, sans cérémonie ; les armes mêmes qu'ils avaient obtenues pour leur propre défense , leur furent redemandées , et un ordre du conseil les força de quitter la capitale et de se rendre à leurs maisons , dans la campagne. Celte défiance, quoique les chefs dussent savoir qu'elle n'était pas sans fondement, provoqua le mécontentement, qu'irritèrent encore les proclamations successives du gouvernement, et les incursions militaires, accompagnées de pillage et d'effusion de sang, qui eurent lieu dans les districts du voisinage de Dublin (2).

Durant six semaines, l'insurrection s'était bornée aux anciens Irlandais. Au commencement de décembre, le lord Gormanstown, en qualité de gouverneur de Meath, publia un ordre pour une assemblée générale du comté, \ sur la montagne de Crofty. Il y fut accompagné des lords Fingal , Slany , Nctterville, Trimbles- ] tone, et Lowlh (3déc), de quatorze gentils- ] hommes et de mille francs tenanciers. Quelque ' temps après, Moore, O'Reily, Byrne, et plu-

(1) D'Orléans, Révolutions d'Angleterre, 91. Clarendon, 1,419.

(2) Onnond de Carte, i , 241-247. Carte , m , 49 . 52. Clanricarde, 67. • Depuis que 1rs tioublr* ont commencé, i H* (les lord» grands juges) ont disposé les affaires comme si leur dessein était de soulever tout le royaume. > Clan- ' rkarde au duc de Ricbmond. Mémoires , 63. i

sieurs autres chefs d'insurgés, parurent avec | une garde de mousquetaires. Ils répondirent j aux questions de Gormanstown, qu'ils avaient ; pris les armes pour se procurer la liberté de conscience, maintenir les justes prérogatives de la couronne, et obtenir pour le peuple d'Irlande les mêmes privilèges dont jouissait le peuple d'Angleterre. L'assemblée approuva cette résolution. Une association nationale fut formée à cet effet, et les membres, à l'imitation des covenantaircs écossais, s'engagèrent par serment à maintenir l'exercice libre et public du culte catholique, à garder fidélité et allégeance au roi Charles, et à le défendre contre tous ceux qui tenteraient de détruire la prérogative royale, le pouvoir du parlement, ou les droits légitimes du peuple. L'exemple, une fois donné, détermina tous ceux qui jusqu'alors avaient balancé; et tous les Irlandais, à l'exception des personnes qui habitaient les forteresses occupées par des garnisons anglaises, et des habitants de Galway, tenus dans l'obéissance par le comte de Clanricarde, consentirent a tirer l'épée contre les ennemis communs : de leur roi, de leurs droits, et de leur reli- ' C'on(l).

Pour justifier leur conduite, ils alléguaient, 1° qu'en haine de leur religion, on les avait assujettis à de nombreuses restrictions, et exclus de tous les emplois du gouvernement, tandis que d'autres personnes de basse extraction et de peu de considération parvenaient aux dignités les plus élevées dans l'État, sans aucun mérite qui leur fût propre, mais parce qu'ils étaient protestants anglais; 2° que les grâces qu'ils avaient achetées a des prix énormes leur étaient toujours déniées, par suite des deux prorogations successives du parlement, ce qui prouvait que l'intention de leurs ennemis était toujours de les priver de leur propriété, sous prétexte que leurs titres étaient défectueux; 3° que le parlement d'Angleterre avait usurpé l'autorité du parlement d'Irlande, et prétendait que ce dernier pays se trouvait lié par les ordres et les résolutions des chambres d'Angleterre, quoiqu'il ne fût jamais expressément nommé ; 4° que ceux qui avaient pris le

(I) Temple. 19, 20 «brie, iii,4'J. Rusbw., iv Nalson , u , 007.

HISTOIRE D'AÎSGLETEKRE.

mandement en Angleterre s'étaient déclarés les ennemis implacables de la religion catholique, avaient juré de l'extirper, avaient accru la rigueur du Code pénal contre les catholiques d'Angleterre; et, d'après leurs nouvelles prétentions, voulaient augmenter la sévérité de celui d'Irlande. Sur ces motifs, ils se résolvaient à ne poser les armes que lorsqu'ils | auraient obtenu la reconnaissance de l'indépendance du parlement irlandais de toute domination anglaise, la révocation de toute incapacité dégradante, sous prétexte de religion, le libre exercice du culte catholique, la confirmation des grâces, et l'exclusion des étrangers de toute charge civile et militaire dans le royaume. Us Écossais, ajoutèrent-ils dans une pétition au roi, dont les griefs étaient certainement moins nombreux, et dont l'Église avait I été moins persécutée, en avaient appelé a l'épée pour la défense de leur religion et de leurs libertés; cl leur conduite venait d'être dernièrement approuvée par lui, comme par le parlement d'Angleterre; d'où ils inféraient que ce ' qui était louable dans les Écossais ne pouvait être regardé par des juges impartiaux comme blâmable dans les Irlandais (1).

Insensiblement la guerre prit, dans ï'Ulstcr, j le caractère le plus atroce. Les- nationaux, re- j gardant les colons comme des intrus et des : voleurs, les avaient dépouillés de leurs propriétés, chassés de leurs demeures, et dans quelques lieux, leur avaient arraché la vie. D'un autre côté, les militaires, agissant par les ordres du conseil , exécutaient, quand ils en , avaient le pouvoir, la loi martiale envers les insurgés, dévastaient le pays et massacraient ! les fugitifs sans distinction, et sans pitié (i). On rendait constamment violence pour vio- ! lence : la soif de la vengeance était réciproque- j

(1} Rusbvortb, nr, 411 - 414. faite , ni, 47, Î8, 50, 55 , 99,110, 136. Clanricarde , 70. Borlase.App, 10. • Voire Majesté n'interprétera pas plu* mal ce que n<m« avons fa t , que noire fiJéiilé et noire attachement ne le méritent, et pu plu» mal que Votre Majt»:é ne l'a fait envers %<% autres sujets, qui, dans de moindres ou semblables occasion», mu agi de ta même manière. t l'arc. 47.

(2) Carie , in , fil , 62 , G8. fox. , App. , vin. J'observe «me dans l'Ululer, 1rs narrnsons anglaises commencèrent ♦lès le 27 octobre a piller les terres de* Mandais dans celte province. Canr i,I85 W

ment excitée et satisfaite, et les hommes des deux partis s'accoutumèrent à se livrer au meurtre sans remords, et même à s'en glorifier. L'usage commun des écrivains a été de ne présenter à leurs lecteurs que la moitié du tableau, de peindre les atrocités des indigènes, et de cacher celles de leurs adversaires. Maison rapporte, des deux partis, des barbaries trop révoltantes pour en souiller ces pages; et si, parmi les uns, il y eut des monstres altérés du sang de leurs victimes, il en existait aussi parmi les autres qui, depuis longtemps, étaient accoutumés à ne donner aucune attention à la vie d'un Irlandais. Il n'est pas facile à un historien impartial, dans ce conflit de passions et de préjugés, au milieu des rapports exagérés, des récriminations hardies, et des autorités insidieuses, de tenir la balance et d'assigner à chacun la part d'inhumanité et de sang qui lui est due. Si l'Irlandais doit rougir, lorsqu'il apprend que des centaines de prisonniers furent poussés à la pointe des lances jusque dans une rivière profonde et rapide, l'Anglais ne peut lire qu'en soupirant les ordres donnés par les lords du conseil à l'armée, non-seulement de brûler les maisons jusqu'aux fondements, mais encore de passer au fil de l'épée tous les habitants mâles capables de porter les armes, dans tous les cantons traverses par les rebelles, dans leurs mouvements cl leurs marches (1).

Les lords juges avaient attendu d'Angleterre un prompt et abondant secours. A leur grande douleur, ce ne fut que le dernier jour de l'année qu'il leur arriva un seul régiment ; et cinq mois se passèrent avant qu'ils reçussent un renfort de 5,000 hommes. Les Écossais, à la vérité, offrirent de leur en envoyer le double; mais la jalousie nationale intervint, pour refuser une armée qui peut-être par la suite réclamerait l'Ile, comme une dépendance de la couronne d'Fcosse. Le roi signa une proclamation ;I6«2, rrjanv\). déclarant que les insurges

(1) Carte , ut , 51 -CI. • Frapper , tuer, massacrer « t détruire tous les rebelles, leurs adhérents, et ceux qui les secourent; et brûler, pilier, dévaster, ruiner, détruire et raser toutrs les places, vi.le* et maisons où les rebelles sont ou ont é:é secourus o.i logés, ainsi que tous le* blés et les f.'ins ; et tuer et détruire tous les habitant» capables de porter U s armes. » Ibid. Yoyei la même iule L a 1j fin du volume.

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