CHAPITRE XJ
ques, à forcer les pairs catholiques à donner leur procuration à des prolestants, et à abolir toutes les innovations en matière de religion; mais qu'il ne pouvait accéder aux autres demandes. Elles lui semblaient inutiles : « car le , pouvoir légalement accordé aux deux chambres, était plus que suffisant pour prévenir et restreindre le pouvoir de la tyrannie. » C'est pourquoi il disait avec les anciens barons : Nolumus leges Àngliœ mutari. S'il en était autrement, on lui baiserait sans doute les mains, on lui donnerait le titre de majesté, il aurait une couronne sur la tète, et il tiendrait un sceptre, mais il serait dépouillé de tout pouvoir réel , dépendant de la générosité, et esclave des caprices d'un parti parmi ses sujets (I).
Une réconciliation était impraticable tant que, des deux côtés, on tiendrait à ces principes. Et ce fut pour chacun un point d'une haute importance, de persuader à la nation que la guerre civile, dont on était menacé, devait être attribuée aux prétentions déraisonnables de l'autre parti. Les chambres adressèrent une humble pétition au roi , pour révoquer les commissions d'équipement, licencier ses troupes , consentir au châtiment des délinquants, et revenir à l'une de ses résidences habituelles dans le voisinage de la capitale. Charles, dans sa réponse, en appela au Tout- Puissant , en témoignage de sa disposition a désarmer ses partisans, à assembler les deux chambres, et à terminer tous les différends par des moyens parlementaires ; mais il demanda, comme condition préalable, qu'elles révoquassent l'ordonnance sur la milice , qu'elles remissent la marine sous le commandement de l'amiral qu'il avait nommé , et qu'elles se réunissent à lui, en quelque lieu où l'on fût à l'abri des insultes et des menaces (2) (26 juill.). La
(1) U>id.,90 , 97. Rushw. , iv, 722-735. Clarendon, i , 034 617. Dans cette réponse, les partisan* de l'Église remarquèrent et déplorèrent une importante renonciation au langage des anciens temps. Le parlement était représenté comme formé de trois états: le roi, les lords, cl les communes. Autrefois les trois états étaient le clergé , les lords et les communes, le roi à leur tête. La note avait été rédigée par Falkland et Colepeper, qui se souciaient peu des prêtent ions temporelles de I Église Voyf i la Vie de Clarendon , p. 67.
(2) Journaux des lords, v, 2C6-235. Clarendon, i,
querelle marchait alors vers sa crise ; et les chambres répondirent qu'en accédant à de telles conditions , elles trahiraient la confiance dont elles étaient investies pour la sûreté du i roi et du royaume.
L'événement qui suit commença les hostilités. Le colonel Goring , gouverneur de Portsmouth, officier d'un mérite distingué, avait été élevé au grade de lieutenant général , et choisi pour organiser et discipliner les nouvelles recrues du parlement. 11 hésita à accepter cette commission , et allégua pour excuse de ses délais la nécessité de surveiller la construction de quelques nouvelles fortifications; mais un ordre pêremptoire de rejoindre l'armée lui arracha l'aveu qu'il ne pouvait, avec honneur, quitter son commandement sans la permission du roi. Prévoyant toutes les conséquences qui devaient en résulter, il fit prêter serinent d'allégeance aux soldats et aux habitants, et, peu de jours après, il fut assiégé (2 août) par les troupes parlementaires. Le roi proclama immédiatement traîtres Essex et les officiers qu'il commandait , à moins qu'ils ne se rendissent à leur devoir dans l'espace de six jours ; et les chambres déclarèrent que celte proclamation était un libelle diffamatoire et scandaleux, et rejetèrent le crime de trahison sur tous ceux qui l'avaient conseillée, et qui plus lard la soutiendraient ou voudraient l'exécuter (I).
Dans cescirconslances, Charles se résolut à I prendre des mesures hostiles. Ayant sondé les dispositions des gentilshommes du comté d'York, il somma tous ceux de ses dévoués sujets, au nord de la Trent, et à 20 milles au midi de cette rivière, de se réunir à lui, en armes, à Nollingham , le 22 août. Ce jour même , l'étendard royal , sur lequel on avait représenté une couronne, avec cette devise : a Rendez à César ce qui est à César, » fut apporté du château par une garde de 600 hommes de pied , dans une vaste prairie. Le roi le suivit, accompagné de 2,000 hommes; et les habitants se pressèrent en foule pour entendre la proclamation qui fut lue par le héraut d'armes. Cette cérémonie, appelée
(I) Clarendon, i, 711-715. Rusbwortb, it, 761-773. Journaux de* lords, 76, 257, 261, 283, 288, 503. Journ. des communes, 20, 22 mai.
c la levée (Je l'étendard ,» fut regardée comme équivalente a une déclaration de guerre (I).
Ainsi, pas à pas, le pays fut insensiblement entraîné vers la plus horrible des calamités nationales , la guerre civile. Les Stuarts. assis sur i le trône des Tudors , ne doutaient pas qu'ils ne possédassent légitimement tous les pouvoirs arbitraires, maintenus et exercés par leurs prédécesseurs; niais, depuis cinquanleans, il s'était opéré une étonnante révolution dans tous les esprits. Il était devenu d'usage d'étudier les principes du gouvernement , et d'opposer les droits des sujets aux prétentions du souverain. Nous avons vu quÉlisabelh, malgré toute la terreur qu'inspirait la fermeté de son caractère, j n'avait pu , sur la fin de son règne, réprimer j l'cxpres.«ion des sentiments libéraux. Sous le j gouvernement plus modéré de Jacques, ils se répandirent avec rapidité, et les besoins de Cliarlfs, conséquence nécessaire de ses guerres et ses dettes, les délivrèrent de toute restriction. Le bon sens aurait dû lui apprendre à s'accorder avec les sentiments généraux de son peuple. Mais les princes, dans tous les siècles, n'ont jamais voulu reconnaître cet important axiome : que l'influence de l'autorité doit , en dernier lieu , céder à l'influence de l'opinion. Le monarque s'attachait avec opiniâtreté à toutes les branches de sa prérogative, et si jamais il lâchait prise, ce n'était qu'après une lutte si longue, et de si mauvaise grâce, qu'il avait fini par inculquer dans l'esprit de ses sujets des doutes sur sa sincérité; doutes confirmés par l'habitude de duplicité qui avait toujours signalé sa conduite . depuis le commencement de son existence politique. La méfiance était encore, pour ainsi dire, l'antidote de la reconnaissance. Us n'accordaient aucun crédit à ses plus importantes concessions ; et le désir d'assurer ce qu'ils avaient obtenu les portait à faire de nouvelles demandes encore plus blessantes (2).
Le lecteur, cependant , aura remarqué que la
(1) Journ. des lords, 297. Rusbw., 783.
(2) Cène opinion Générale est fortement exprimée par une femme qui écrivait a cène époque. « Il ne se faisait pas scrupule, lorsqu'il accordait quelque chose au peuple, de ne se croire engagé qu'autant que cela lui était utile; car ce priuce n'était ui loyal , ni sincère, ni juste, ni Généreux. C'était la personne la plus entêtée qui fut jamais; et comme il avait pris la résolution d'être souverain absolu , il prétendait le devenir, ou ceser de régner. •
discussion entre le roi et ses adversaires ne concernait plus depuis longtemps les véritables libertés de la nation , déjà établies par les actes successifs de la législature; mais qu'elle était bornée a certaines concessions, que l'on demandait comme essentielles à la conservation de ces libertés, et qu'il refusait comme subversives de l'autorité royale. On ne peut douter que quelques-unes des demandes ne fussent des snrelés nécessaires; mais, tandis que beaucoup de personnes pensaient que le contrôle des finances , le pouvoir d'accuser , et le droit de se réunir tous les trois ans, dévolu à tous ceux qui se trouvaient alors membres du parlement, établissaient une barrière suffisante contre les usurpations du souverain , d'autres soutenaient que le commandement de l'armée et la nomination des officiers d'État , des conseillers, et des juges, devaient aussi appartenir aux deux chambres. La diversité d'opiniou produisit un schisme parmi les patriotes : les plus modérés se rendirent en silence sous l'étendard royal ; les plus violents ou les plus soupçonneux résolurent de défendre leur opinion par l'épée. On a souvent demandé quels furent les auteurs de la guerre civile? La réponse semble dépendre de la solution de cette autre question: des sûretés additionnelles étaient-elles nécessaires à la conservation des droits nationaux? S'il en fallait donner, le blâme retomberait tout entier sur Charles; sinon, il doit peser sur ses adversaires.