‹ Histoire d' AngleterreChapitre 16 sur 307 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

s'étaient destiné sa ce trafic inhumain . appartenaient à la reine (1).

Dans un siècle où régne le fanatisme religieux, il n'est pas rare de voir les pratiques de la piété s'allier au débordement des passions les plus déréglées. Drake attribua son désastre à la per6die du vice-roi : il était avide d'en tirer vengeance. Un chapelain du navire fut consulté, et ce casuiste éclairé déclara que la perte que lui avait fait éprouver un commandant espagnol pouvait se réparer, en bonne justice, en pillant tous les sujets d'Espagne, en quelque partie du globe qu'ils se trouvassent. I«a conscience de l'aventurier fut alors tranquille. Il fit trois voyages de dévastation aux Indes occidentales ; et si les deux premiers n'eurent point de succès , le dernier le dédommagea amplement de ses autres contre-temps. Dans le golfe du Mexique (1572, 2 mai), il captura plus de 100 petits vaisseaux ; il prit et pilla la ville de Nombre - de -Dios (28 juill.); il fit une expédition par terre, suivi de nègres fugitifs et d'une bande d'aventuriers français, et s'empara d'un convoi de mules chargées d'or et d'argent. Ce trésor satisfît son avarice, et , pour le mettre en sûreté, il se hâta de l'envoyer en Angleterre (1673 , 29 mars), prétendant qu'il l'avait acquis par voie d'échange avec les naturels (2).

Durant sa dernière expédition, Drake, du sommet des montagnes de l'isthme de Darien,

(t) Camden, 158. Slowe. 807. Après cela. Hawkins fit deux visite* plus ruineuses aux établissements espa f;nol»,eta son retour, envoya son ami Georges Filz- Williain à Madrid, avec t'otfre de ses services à Phi lippe II. Sa sincérité était douteuse , mais il offrit de* otages ; et le 10 août 1371 , un accord fut conclu et signé par te duc de Feria d'une part , et le messager de l'autre. Il y était dit que, pour rétablir l'ancienne relig-on . mettre fin a la tyrannie d'Élisabelb, et servir le droit de Marie au trône , Hawkins amènerait avec lui an «service d'Espagne 16 bâtiments dont les noms étaient désignés, portant 420 canons et 1585 nommes; que Philippe accorderait a lui et aux siens une amnistie pour les offenses passées . et lui payerait mensuellement 1 C,'J87 ducats pour les équipements de la flotte. Le secret de cette singulière transaction ne fut pas si bien Kardé , qu'il n'en transpirât quelque chose. Hawkins fut appelé et examiné par ordre du conseil ; mats ses explications furent telles que le» lords furent mi prétendirent être satisfaits, et l'engagèrent au service de la reine. Les détails sont dans Gonzalez , Memorias, vu, 3ôl , 3«l, 4, 7, 8.

(-2) Camden, 352. Gonzalez Mém., 373 335.

avait aperçu , pour la première fois, le grand océan Pacifique ; cl , dans un transport d'enthousiasme (1578, 11 fév.), tombant sur ses genoux, il avait pris Dieu à témoin que, s'il lui accordait la vie, il déploierait un jour le pavillon d'Angleterre sur celte mer jusqu'alors inconnue à ses concitoyens. De retour daus sa patrie, il n'oublia pas son vœu. Walsingham% Hatton, et plusieurs autres conseillers, applaudirent à ses efforts et les secondèrent ; Elisabeth elle-même hasarda une somme de 1000 couronnes dans celle expédition. Avec 5 vaisseaux et 1600 hommes, il traversa l'Atlantique, et se rendit à la côte du Brésil (1677 , 15nov.); il passa le détroit de Magellan, et atteignit lepetit port de Santiago, sur le continent espagnol 1578, 5 déc.). Dans un lieu où l'on ne connaissait jusqu'alors aucun ennemi, on n'avait préparc aucune résistance. Toutes les villes situées sur les côtés, depuis Santiago jusqu'à Lima, et les vaisseaux qui se trouvèrent dans les ports , furent pris et pillés. Il fit en mer sa prise la plus riche et la dernière (1579, 1er mars), le Cacafuego, vaisseau marchand espagnol d'une valeur considérable. Mais maintenant l'alarme avait été donnée. Une escadre était stationnée a l'entrée du détroit, afin d'empécher son retour ; et Drake prit la résolution hardie de traverser l'océan Pacifique jusqu'aux Moluques. De là, après avoir couru un grand nombre de dangers et d '.aventures , il doubla le cap de Bonne -Espérance, et arriva en sûreté à Plymoulh , après une absence de près de trois ans. Son retour (1580 , 3 nov.) fut célébré comme un triomphe. Il revenait, à la vérité, souillé de sang et de rapines; mais aux yeux du peuple, ces taches étaient effacées par la gloire de l'entreprise; et l'Angleterre salua avec joie le retour de ce fils aventureux, le premier de tous les mortels qui eût, en naviguant, fait un voyage autour du globe (1).

Quoique Drake fût parti avec cinq vaisseaux, il n'en ramenait qu'un , nommé la Biche d'or, mais il était chargé d'un trésor de la valeur de

(f) La gloire d'avoir démontré par la pratique la forme orbiculaire de la terre appartenait à Magellan ; mais la mort, qui vint surprendre ce *■•» Iles Philippines, rempeoba d achever so tour du globe.

HISTOIRE D'ANOLETERRF.

800.000 livres. Lin dixième de celte somme fut j distribué aux officiers et à l'équipage: une partie fut remise à l'ambassadeur d'Espagne, qui réclamait la totalité au nom de son souverain ; et le reste, dont on ne parla jamais, fut, à ce qu'on présume, partagé entre la reine, le commandant, et les favoris. Quatre mois s'écoulèrent cependant avant que la reine voulut accorder à Drake un témoignage public de son approbation. Son vaisseau avait été placé dans le bassin de Deplford, jour être conservé en mémoired'unc eut reprise aussi hardie. Élisabeth consentit à prendre part à un banquet qu'il lui donna dans sa cabine; et, avant son départ (1,581 , 4 avril), elle lui conféra l'ordre de la chevalerie (I).

Quand Philippe se plaignit de ces déprédations, elles furent faiblement justifiées, sous ■ prétexte qu'il avait secrètement secouru les ennemis de la reine, et cherc hé à exciter la rébellion dans ses États. Mais si l'on doit admettre l'excuse des représailles, il est bon de connaître quel fut le premier agresseur; et l'impartialité nous force a déverser tout le blâme sur la conduite injustifiable des aventuriers anglais. A la fin, Élisabcih, comme alliée de la Hollande s'engagea dans une guerre ouverte avec Philippe, et le pirate fut immédialement converti en officier, agissant par les ordres de la reine. On employa avec succès les talents et l'intrépidité de Drake, dans des hostilités légitimes, pour le service de sa souveraine ; avec une flotte de 21 voiles, il se dirigea vers les Inde» occidentales, brûla la ville de Sanliago, pilla Saint- Domingue et Carthagènc, et rasa deux forts espagnols sur la côte de la Floride (2).

En même temps, un gentilhomme de Suffolk, Thomas Cavendish , qui avait dissipé la moitié | de son bien, vendit le reste, construisit ou i acheta trots petits vaisseaux (1586, 21 juill.), ] et alla chercher des aventures sur le domaine espagnol. Les habitants se tenaient sur leurs gardes. Durant quelques mois, tes exploits se bornèrent à la prise de quelques vaisseaux na-

(1) Camden , 364-300. Slowe,987. Harris, i, 19.

(2) Dans cette expédition, les maladie* lui enlevèrent 700 homme*. Il ramena en Angleterre le* «arrivant* d'une colonie que sir Walter Raleicb avait fondée a la Virginie. A leur retour, ce» *>lon» introduisirent l'u- «aoe de tancr le «abac Caiude« 149. ibrri*, i, SI y

viguant le long des côtes, et i l'incendie de deux on trois villages; mais au moment même de son départ (1687, \ nov.), sa bonne fortune lui fit rencontrer/// Santa- Anna, vaisseau marchand des Manilles. Les Espagnols reponssèrent les efforts qu'il fit pour aborder; enfin, leur vaisseau se trouvant prêt a couler bas , ils se virent forcés de céder. L'or, l'argent, et les denrées les plus précieuses, furent transférés de la prise au vaisseau anglais; le reste des marchandises, montant à 500 tonneaux, fut brfrlé avec la caraque, et l'aventurier s'en revint immédiatement par les Moluqucs, Java, et le cap de Bonne-Espérance (1 588, 9 septA Comme Drake, il avait fait le tour du globe ; mais, comme lui, il n'ajouta que peu de chose aux connaissances générales (1). Leur but , à tous deux, avait été de s'enrichir aux dépens des Espagnols; ils y avaient réussi : l'avancement de la science était hors de leur pouvoir , ou bien ils n'y avaient l»s porté lenr attention.

Ces expéditions maritimes pouvaient Irriter le monarque espagnol ; mais elles ne contribuèrent en rien au grand objet de la guerre. La soumission ou l'indépendance des Pays-Bas devait se décider sur le champ de bataille ; et Philippe n'eut rien à redouter, aussi longtemps que le commandement de l'armée ennemie fut confié a la présomption et à l'incapacité de Leicester. De retour en Angleterre, au mois de novembre, le comte reprit son ascendant ordinaire sur le cœur de la reine. Au lieu de punitions, il ne trouva que des récompenses; et comme si eHe côt cherché à expier le chagrin qu'elle avait pu lui donner, elle le nomma lord intendant de sa maison et grand maître des eaux et forêts , au midi de la Trent. Mais durant son absence, l'esprit de dissension et defaelion se glissa dans l'armée de Hollande. Si l'exécution de la reine d'Écossc y fut approuvée, elle y fut aussi vivement condamnée. L'opinion flétrit Élisabeth, comme meurtrière de l'héritière légitime de la couronne , et l'on employa d'adroits émissaires pour ébranler la fidélité des soldats. Parmi lesofficiers se trouvait un nommé sir Roland York, soldat de fortune, et commandant d'un fort près de Zulphcn, qui, pour

(1) Slowe,719. Camden, 552. llarris, i, 24.11 entreprit un pareil voyage en 154*1 , «t péril »ur mer.

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