CHAPITRE II
quelques anciennes offenses, craignait le ressentiment secret de Leicester. Cet nomme profita de l'occasion pour insinuer à sir William Stanley, gouverneur de Deventer, qu'ayant été l'ami de Babington et du parti de Marie, il était soupçonné par le conseil , et qu'on lui préparait un pareil sort, en temps opportun. Stanley prit l'alarme; il assembla la garnison, et déclara que sa conscience lui défendait de combattre pour la cause des rebelles contre leur souverain ; que Deventer appartenait au roi d'Espagne, et qu'il était du devoir de tout honnête nomme de rendre au véritable propriétaire le bien qu'on lui avait injustement enlevé. Us applaudirent à sa harangue ; Deventer et le fort se rendirent , et Stanley et York, avec 1300 hommes, entrèrent au service de Philippe (I).
Cet événement inattendu répandit la terreur et la consternation dans toute la Belgique. Us états s'assemblèrent, et, comme s'il n'existait plus près d'eux de lieutenant de la peine, ils nommèrent Maurice, fils du dernier prince d'Orange, stathouder et capitaine général de la Hollande, de la Zélande, et de la Frise ; mais ils se repentirent bientôt de leur précipitation. Leicester, par son langage mystique et son affectation de sainteté, s'était formé, pendant son séjour dans les Pays-Bas, un parti considérable parmi les membres du clergé réformé. Il assistait à leurs sermons, priait et jeûnait avec eux, recevait fréquemment le sacrement, et se montrait, dans tontes les occasions, déterminé
(1) Camden , 552. Le docteur Allen publia une lettre pour la justification de Stanley. Je n'ai pu me la procurer. Mais on peut voir une autre apologie par Perrons, dans l'écrit intitulé « Manifestation. > J'observe que Deventer avait été sur pria , contre la volonté des habitants, par sir W. Stanley, qui avait juré de le conserver aux États , et qui, avec la garnison, était soldé par le» États ; que Stanley et LeicesLT étaient ennemis de sir John Norris, qui prit le commandement au départ de l<eicei«ler; et que, d'après cela, ce dernier avait l<)is>sé a Stanley une autorisation par écrit de quitter le service au moment qui lui conviendrait. De la , Pensons conclut que Stanley n'était pas déserteur , parce qu'il était autorité à quitter ; qu'il n'était pas traître a Élisabetb, puisqu'il était 4 la solde des états, et gardait la ville pour eux ; qu'il n'était point coupable d'injustice , parce que la ville était la propriété du roi d'Espagne, et que, comme il en avait été l'instrument , en le ravissant au véritable propriétaire , sa conscience l'obligeait a la lui rendre. Hersons , Manifestation, p. 43 46.
à détruire le papisme et à établir le culte de l'Évangile. Leur influence s'étendait jusque sur leurs disciples absents; et, du haut de leurs chaires, ils déclamaient avec amertume contre l'ingratitude et l'injustice des Élats. Plusieurs villes méconnurent l'autorité de Maurice. Le clergé de Frise proclama la souveraineté d'Élisabeth , et le synode de Sneck, dans une adresse à l'ambassadeur d'Angleterre, conjura la reine de venir au secours du Christ , qui se mettait, lui et ses enfants, sous sa protection. Elisabeth considéra l'affront qu'on avait fait à son favori comme s'il lui eût été personnel, et elle envoya le lord Buckhurst pour signifier son mécontentement (1er mars). Ses efforts rétablirent l'harmonie. On déclara que la nomination du nouveau stathouder n'avait étéque provisoire. Maurice témoigna qu'il était prêt a résigner cette charge lorsqu'on le lui demanderait , et la fureur du peuple s'apaisa par la promesse du retour immédiat de Leicester (1).
Cependant, la reine d'Angleterre avait en vue un objet pins important : elle s'était imprudemment engagée, quoiqu'il regret, dans la lotte avec Philippe, et elle cherchait maintenant à s'en retirer avec honneur. Deux négociants étrangers , Grafigna , Génois, résidant à Ixmdres, et de Loo, Flamand, demeurant à Anvers, avaient été chargés, comme représentants des intérêts commerciaux des deux nations, de solliciter, l'un d'Élisabeth , l'autre de Farnèse, le rétablissement de la paix. Us reçurent tous denx des réponses favorables : par leur entremise , une correspondance s'ouvrit entre Burghley et sir James Croft, de la part de l'Angleterre, et Perrenotteet Richardot du coté de l'Espagne; et des lettres de compliments, exprimant les intentions les plus pacifiques, furent échangées (25 janv.) entre Élisabeth et le duc (2). Le lord trésorier appuya dans le conseil (17 fév.) les projets de sa souveraine; mais Leicester et ses amis parlèrent pour la continuation de la guerre. Us prévoyaient que, tandis qu'on amusait la reine par de feintes négociations, les escadres espa-
(1) Brandi, 409 Bcniivoglio, ti, 99. Cabala, part, il , i , 63.
(2) Voyez dans Slrada , l u, anno 1587 , ce qu'elles
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gnoles s'échapperaient des ports, se réuniraient pour former un armement considérable , cl jet- «eraient une armée étrangère sur les rivages de l'Angleterre; et ils rirent une telle impression sur Elisabeth, et lui inspirèrent tant de craintes, que, de Plymouth. on envoya Drake pour surveiller les ports d'Espagne , et s'opposer à la jonction des flottes espagnoles, si on l'essayait (21 avril). Mais l'intention de cet officier n'était pas de se borner à la lettre de ses instructions. Il se dirigea sur Cadix, entra hardiment dans le port , dispersa , par un feu supérieur , 1rs galères espagnoles (29 avril), et coula à fond, brûla,pritoudélruisitp1usdc80 voiles, vaisseaux de guerre ou bâtiments marchands, les uns récemment arrivés des Indes orientales, les autres équipés pour le voyage des Indes occidentales. De Cadix , les vainqueurs longèrent les cotes du Portugal. Dans les eaux du Tage , ils insultèrent le marquis de Santa-Cruz, amiral d'Espagne; à la mer, leurs travaux furent couronnés par la prise du Saint- Philippe, caraque de la plus grande dimension, et chargée de marchandises'très-précieuses (I).
L'amiral vainqueur fut reçu avec reconnaissance par tous les Anglais , à l'except ion de leur souveraine. Elisabeth tremblait; une perte inoins considérable même devait inspirer à Philippe le désir de la vengeance, bien loin de l'engager à la paix; et , dans une réponse à une lettre de Farnèse , qui offrait de nommer les négociateurs, et qui laissait à la reine le choix du lieu de la réunion , elle l'assura que Drake avait été envoyé dans l'unique dessein de s'opposer aux tentatives possibles d'invasion, qu'il avait reçu l'ordre de s'abstenir de toute hostilité, et qu'à rai-onde sa désobéissance, elle le punirait, à son retour, de son audace. Farnèse feignit d'être satisfait, mais il se prépara à user de représailles. Il répondit à Elisabeth qu'il pouvait croire toute chose d'un homme nourri parmi des pirates, et qui, à Cadix (19 mai), s'était duitselonlesbabiludcsdesaprofcssionrqu'ilsen tenait toujoursàsa première proposition; et qu'il dépendait uniquement de la reine de faire cesser les horreurs de la guerre ('2). Mais tandis
(I) Ij lettre de Duke en dan» Strvpp, m, 451. Stowe. 70».
Sirada, I. ix, .muo I V 8.
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qu'il l'amusait ainsi par ses offres, tandis qu'elle craignait qu'un nouvel acte d'hostilité ne vint détruire toute espérance de paix , le duc préparait ses plans en silence , et donnait ses instructions à ses officiers ( 29 mai ). Tout à coup le fort de Sluys ou de l'Ecluse , fort de la plus haute importance , dont la garnison se composait d'Anglais et de Hollandais, se vit inopinément assiégé : le nombre des ennemis et leur discipline, les talents et la fortune de leur chef, inspirèrent aux États des craintes pour leur sûreté. Ils rirent les instances les plus pressantes à la reine. Son favori l'importuna de ses arguments et de ses prières. Elle hésitait toujours ; elle écrivit à Farnèse, afin qu'il retirât ses troupes, et ce ne fut qu'après avoir essuyé un refus qu'elle accorda son consentement au départ de Leicester (23 juin). Il emporta une somme considérable, et emmena un renfort de ô,000 hommes; mais il se trouva très-embarrassé par des instructions qu'il ne pouvait ou ne voulait pas comprendre. Il avait ordre de sonder d'abord les dispositions des Hollandais, et s'il les trouvait opposées à la paix, de déclarer que la reine se retirerait de la querelle, à moins qu'ils n'avançassent 100,000 liv. pour le payement d'une armée plus nombreuse. Le comte arriva, réunit ses forces, et essaya trois fois , mais en vain, de faire lever le siège. L'Ecluse capitula, et le message royal fut délivré, l-cs Etats le reçurent avec des reproches et des plaintes, et , dans le transport de leur indignation, ils conçurent les soupçons les plus injusteset les plus alarmants. Ils avaient été trahis, disaient- ils , en pinçant leur confiance dans les protestations de leurs alliés. L'avarice avait porté la reine d'Angleterre, qui se prétendait leur amie, à les vendre au roi d'Espagne, et à stipuler la reddition des places occupées par ses troupes, en retour d'une somme suffisante pour payer les dépenses faites durant la guerre. Ces accusations, bien que sans fondement, et même improbables, se répandirent, et l'oo y ajouta foi; et le comte, qui naguère était l'idole du peuple . devint , en peu de jours , l'objet de son exécration.
Il est difficile de puiser dans les assertions opposées de Leicester et de ses adversaires une idée nette de sa conduite. Ils l'accusèrent d'aspirer à la souveraineté des Provinces; ils