III
taille, de nouveaux obstacles à la reprise du traité (1).
Le royaume, à cette époque, offrait partout le plus triste spectacle. Il n'était permis à personne de rester neutre. Chaque comté, ville ou hameau, était divisé en factions qui cherchaient réciproquement à se détruire. Tous se tenaient sur leurs gardes, tandis que les plus entreprenants, de chaque côté, cherchaient avec ardeur l'occasion de ravager 1rs terres ou de s'emparer des personnes de leurs adversaires. Les deux grandes armées, au mépris des prohibitions de leurs chefs , pillaient partout où elles allaient, et leur exemple était fidèlement imité par les plus petits corps d'hommes armés, dans les autres districts. Toutes les communications entre les parties éloignées dn pays étaient interrompues, les opérations de commerce suspendues, et toutes les personnes qui possédaient quelque propriété forcées de contribuer, suivant un certain tarif, pour le soutien de la cause qui obtenait la supériorité dans le voisinage. A Oxford et dans ses environs, dans les quatre comtés septentrionaux , dans les Galles , dans les comtésrde Shrop et de Worcester, les royalistes triomphaient sans opposition. Dans la capitale et les comtés voisins, sur les côtes méridionales et orientales , les succès du parlement étaient également décisifs; mais sur plusieurs points du royaume, les deux partis étaient mélangés en différentes proportions, et leur pouvoir et leurs efforts étaient de part et d'autre si variables . et changeaient tellement au gré des événements journaliers, qu'il devenait difficile de décider lequel avait la prépondérance. Mais il y avait quatre comtés, ceux d'York , de Cbester, de Dcvon , et de Cornwall , dont les chefs avaient appris à détester les maux causés par les guerres civiles (23 déc). Ils se réunirent des deux côtés, et s'engagèrent à suspendre toute animosité politique, i se secourir mutuellement pour détruire les perturbateurs du repos public, et à s'opposer à l'introduction de toute force armée, sans le consentement réuni du toi et du parlement. Si les autres comtés eussent suivi leur exemple , la guerre eût été terminée presque aussitôt qu'elle fut commencée; mais c était une
(1) May, 179. Whiielock , 65, 66. Clarendon , n, 76.
conclusion à laquelle les patriotes ne voulaient point arriver : ils déclarèrent que de tels engagements élaient dérogatoires a l'autorité du parlement ( 1643, 7 janv.). Ils relevèrent leurs partisans de l'obligation qu'ils avaient ainsi contractée, et leur ordonnèrent encore une fois de tirer l'épée pour la cause de leur Dieu et de leur patrie (1).
Mais il devint bientôt évident que ces sentiments pacifiques ne se bornaient pas aux comtés les plus éloignés : ils se répandirent rapidement dans tout le royaume, ils se manifestèrent même sans aucun déguisement dans la métropole. On était impatient de se délivrer de la contribution forcée d'un vingtièn>e de ses biens, pour soutenir l'armée parlementaire (2); et les citoyens ne pouvaient oublier l'effroi que leur avait causé l'approche de l'armée royale. Quoique les pétitions en faveur de la paix fussent reçues peu gracieusement , les bureaux des deux chambres en furent surchargés (6 févr. ); et le roi lui-même ayant proposé une cessation d'hostilités, la prudence engagea les plus énergiques partisans de la guerre à céder aux désirs du peuple (30 janv. 1643). Une négociation s'ouvrit à Oxford. Les demandes du parlement formaient quatorze articles (3févr.); celles de Charles se bornaient à six t mais deux seulement , la première de part et d'autre, furent mises en discussion. Aucun argument ne put amener les chambres à consentir que le roi nommât au gouvernement des forts et des châteaux , sans leur approbation préalable des candidats, et il hésita à accéder à leur proposition,, que les deux armées fussent licenciées jusqu'à ce que l'on connût â quelle condition il rentrerait dans sa capitale (20 mars). On avait limité la durée de la conférence à vingt jours. 11 proposa une prolongation. Les chambres refusèrent, et il présenta (12 avril), comme ultimatum, la condition que lorsqu'il serait rétabli flans la possession de ses revenus, de ses magasins, de ses vaisseaux et de ses forts, selon la loi ; lorsque .tous les membres du parlement,
(1) Journaux , 535. Riuhworlb, v, 100. Clareodon , il, 136-139.
(2) Journaux , 463, 491, 494. Journ. de* communes , t3 décembre. Elle fut imposte le 29 novembre 1642.
excepté les évèques , reprendraient leur siège, comme au Ier janvier 1641 , et lorque les deux chambres seraient à l'abri de l'influence des assemblées tumultueuses, ce qui ne pouva t s'effectuer que par une translation dans quelque ville, distante de Londres de vingt milles; alors il consentirait au licenciement immédiat des deux armées, et tiendrait son parlement en personne. Les communes , à l'instant (14 avril ) , rendirent une ordonnance qui rappelait d'Oxford leurs commissaires. Les lords, quoiqu'ils fussent d'abord d'opinion différente, furent forcés de donner leur consentement , et ainsi se termina le traité, et s'évanouirent les espérances qu'il avait fait naître ( I ) ( 1 7 avril ).
Durant celte négociation , les chambres n'abandonnèrent aucun point à la discrétion de leurs commissaires, le comte de Norlhumberland, Pierrepoint, Armyn, Holland, etWhilelock. Il leur était permis de proposer et de discuter; mais ils ne pouvaient rien concéder (2). Cependant, quoiqu'ils opérassent en public, selon la teneur de leurs instructions, en particulier ils donnaient à entendre au roi qu'il pourrait probablement acheter la conservation de l'Église, en cédant le commandement de la milice, concession que ses adversaires jugeaient essentielle a leur propre sûreté. Pendant quelque temps, ils conservèrent l'espoir du succès. En partaut, Charles avait promis de leur donner satisfaction le jour suivant ; mais, pendant la nuit, on l'engagea à changer de dessein ; et sa réponse , le matin , fut un refus bref et absolu. Norlhumberland lui offrit secrètement d'employer toute son influence pour adoucir l'opiniâtreté des patriotes; mais Charles, qui appelait ce seigneur le plus ingrat des hommes, reçut cette proposition avec humeur, et répondit froidement aux importunités
(1) Voyez tout ce qui se patsa relativement au traité, dan* le» œuvre* du roi , 325 - 397 ; le* Journaux des lord», v, 659, 716, et Rushworlh, v, 164, 261.
(2) C'était un arrangement dilatoire et inconvenant; chaque proposition, demande, ou întunuanon du roi, était envoyée au parlement, et on en discutait l'utiliié. Généralement le* chambre* ne «'accordaient pa* ; de* conférence* avaient lieu , et des amendement* étaient proposé* ; de nouvelle* discussions les suivaient , et une semaine peut-être se passait avant que le sujet de la moiudre importance fût arrêté.