CHAPITRE XII
de ses conseillers que le service devait précéder, et que la récompense suivrait peut-être. 11 est possible que le parlement commençât à soupçonner la fidélité des commissaires, et que ce fut à ce sujet qu'il les rappc'a. Ilyde affirme que le roi prolongeait la négociation pour donner le temps d'arriver à la reine, sans laquelle il ne voulait prendre aucune détermination; mais il n'existe aucun vestige de cette idée dans la correspondance particulière entre Charles et sa femme; et l'on découvre des raisons suffisantes de la rupture du traité dans les prétentions excessives des deux partis, dont aucun n'avait été assez humilié pour acheter la paix par le sacrifice de son honneur et de sa sûreté (I).
C'était par les efforts infatigables d'Henriette que le roi se trouvait dans la possibilité de faire face à ses adversaires sur le champ de bataille. Pendant son séjour en Hollande, elle lui avait envoyé, à diverses reprises, des secours en armes et en munitions, et, ce qui lui manquait principalement, d'anciens officiers pour instruire et discipliner ses troupes. En février (16), elle quitta La Haye, se confiant à sa bonne fortune, parvint à éluder la vigilance de Battcn, amiral parlementaire, et débarqua en sûreté au port de Burlington, sur la côte du York sh ire (22 févr). Batten, furieux de ce contre-temps, jeta l'ancre la seconde nuit suivante (24 févr.) dans la rade , et tira plus de cent coups de canon sur les maisons des quais , dans une desquelles la reine était logée. Effrayée du danger qu'elle courait, elle quitta son lit, et alla chercher un abri , jusqu'au jour, derrière la colline la plus prochaine. Aucune action, durant la guerre , ne fut plus sévèrement con-
(!) Voyez ta Vie de Clarendon, 76 EO. Whitriork , 68, el le» Leltres dan* l<* œuvres du roi, 138-140. A Tant que Henriette quittât l'Angleterre, il lui araii promit de ne donner aucune place «ans «on consentement , et de ne pas faire la paix sacs employer sa médiation. Charles cependant soutenait que sa première promeue ne regardait pas les emplois de l'État, mais les places de la maison royale,' et que la seconde paraissait avoir été mal comprise. Autant que je le puis juger, ce'a signifie seulement que , s'il faisait la paix , il voulait l'employer comme médiatrice, parce motif, qu'ayant été calomniée comme la cause de la rupture entre sot) peuple et lui, elle aurait aussi, aux yeux du pubiic, le mérite d'avoir effectué la réconciliation. Vie de Clarendon. Ibid
| damnée par la galanterie des cavaliers, que cette indigne attaque sur une femme sans défense . et la femme du somerain! Le comte de Newcastle accourut à Barluigîon, et l'escorta avec son armée jusqu'à York. Continuer son voyage jusqu'à Oxford, c'eût été se jeter dans les bras de ses ennemis. Elle resta quatre mois dans le comté d'York, gagnant les cœurs àes habitants par son affabilité , . et stimulant leur loyauté par ses discours et son exemple (1).
Pendant le dernier traité, on avait mis tout en œuvre pour rebuter l'armée parlementaire : à son expiration, Hampden, qui commandait un régiment, proposa d'assiéger le roi dans la cité d'Oxford ; mais l'ardeur des patriotes fut constamment réprimée par la prudence des officiers qui formaient le conseil de guerre. Essex investit Reading; après dix jours la place capitula, et Uampden renouvela sa proposition (27 avril). Mais les fatigues elles privations. du siège avaient déjà détruit la santé des soldats, et la mortalité et la désertion diminuaient tous les jours leur nombre. Essex se trouva forcé de rester six semaines dans ses nouveaux quartiers de Reading.
Si la chute de cette ville avait nui à la réputation des royalistes, elle ajouta à leur force par l'arrivée des 4,000 hommes qui avaient formé la garnison. Mais la rarelé des munitions de guerre condamna le roi à l'inaction à laquelle la maladie avait réduit ses adversaires. Henriette s'efforça de suppléer à cette disette. Au mois de mai (20), un convoi considérable de munitions arriva d'York, et Charles, avant de mettre ses troupes en mouvement, fit une autre proposition d'accommodement. Elle fut reçue par les lords avec respect ; les communes emprisonnèrent le messager (23 mai), et Pym , en leur nom , accusa la reine de haute trahison envers le parlement et le royaume. L'accusation fut reçue par les royalistes avec le sourire du mépris. Les lords refusèrent la lâche odieuse de siéger comme juges de la femme de leur souverain ; et les communes elle»- mêmes, après un intervalle de huit mois, cédèrent à leur
(1) Mercure belrcirjue , 24 février. Michrochroniooa , 24 février 1642, 1643. Clarendon, ti, 143.
répugnance, et abandonnèrent sans bruit celte poursuite (1).
Dans la chambre basse, personne ne s était plus distingué, en dernirr Heu, par la hardiesse de son langage et son intrépide défense de la paix, que le poète Edmond Waller. Dans ses conversations avec ses amis intimes, il avait souvent suggéré l'idée de la formation d'un troisième parti d'hommes modérés, qui devaient se tenir à la brèche; et réunir le roi et le parlement. Pour celte bonne œuvre, ils comptèrent sur la coopération de tous les lords, excepté trois, sur un nombre considérable de membres de la chambre basse, et sur les plus capables parmi les conseillers du roi à Oxford; et afin de s'assurer la véritable opinion de la ville, ils convinrent de la partager en districts, défaire des listes des habitants , et de les diviser en trois classes, d'hommes modérés, de royalistes, et de parlementaires. Ce dessein avait été communiqué au lord Falkland , secrétaire du roi ; mais il était encore à cet état d'ébauche, lorsqu'il fut révélé à Pym par la perfidie ou le patriotisme d'un domestique (31 mai), qui avait entendu la conversation de son mattre. Waller, Tomltins , son beau - frère , et une demi - douxaine d'autres, furent immédiatement arrêtés ; et l'on annonça aux deux chambres la découverte d'un horrible complot pour s'emparer de la ville , forcer le parlement , et se joindre à l'armée royale (2).
Les chefs des patriotes profilèrent avec empressement de celte occasion pour réprimer le goût de pacification qui s'était récemment insinué parmi leurs partisans. Tandis que l'esprit public était excité par des rumeurs sur les desseins sanguinaires des conspirateurs; pendant que tous les hommes modérés craignaient que l'expression de leurs sentiments fût prise pour le témoignage de leur participation au complot, ils proposèrent un nouveau serment et un covenant à la chambre des communes. Personne n'osa faire d'objection; et les membres jurèrent unanimement « de ne jamais consentir à déposer les armes, tant que les papistes, en guerre ouverte contre le parlement, seraient
(1) Journaux, 104, 111, 118, 121, 382. Journaux des commune» , 1611, 23 mai , 21 juin , 3-6 joli. , 10 janv.
(2) Journaux , 6 juin.
protégés au mépris de toute justice; maïs, selon leur pouvoir et leur vocation, d'assister les troupes levées par le parlement contre les forces levées par le roi. » Idts lords, les citoyens, et l'armée, suivirent leur exemple, et l'on publia une ordonnance portant que tout homme ferait le même serment, et adhérerait au même covenant, dans l'église de sa paroisse (1). Quant aux prisonniers, au lieu d'être envoyés devant une cour régulière, ils furent jugés par une cour martiale. Six furent condamnés à mourir; deux subirent la peine de mort. Waller sauva sa vie par la plus abjecte soumission (30 juin); til semblait avoir le cerveau dérangé (6 juill.); il désirait le secours des ministres de Dieu,» et par ses prières, il amena les communes à commuer son châtiment en une amende de 10,000 liv., et un ordre de voyager sur le continent. Quand on demanda pourquoi l'on épargnait le chef, tandis que ses affidés étaient mis à mort, quelques personnes répondirent qu'on lui avait promis la vie pour l'induire à des aveux utiles; d'autres , qu'on avait déjà versé trop de sang en expiation d'un complot imaginaire (2).
(l; lbid.,31 mai, 6, 15,21, 27, 29 juin. Rushvorth, v, 322-333. Whilelock, 67-70, 105. U préambule commençait ainsi : • Attendu qu'il a existé et qu'il existe actuellement dans ce royaume un complot traître et papiste pour subvenir la véritable religion protestante et la liberté des sujets . en conséquence de quoi une année papiste a été levée et se trouve maintenant sur pied en différents lieux du royaume, » etc. Journaux, 6 juin. Journaux des lords, vi , 87. J'ai du regret d'accuser ceux qui ont fabriqué et soutenu ce préambule d'avoir publié un mensonge prémédité , dans le dessein d 'exciter U haine contre le roi ; mais je crois qu'il est imposable de voir leur conduite sous un autre jour. Le complot papiste et l'armée papiste étaient des fictions , de leur propre invention , pour eoflammer les passions de leurs adhérents. Charles, pour réfuter cette calomnie, se trouvant sur le point de recevoir la communion des mains de l'archevêque Dsber, se leva subitement, et s'adressa à lui eu présence de toute la congrégation : «Milord. je me suis préparé, du meilleur de mon âme , afin d'être digne de recevoir le sacrement ; et puissé-je ne pas recevoir la consolation de ce saint sacrement , si je n'ai pas l'intention d'établir la vraie reliciou protestante réformée, comme elle était , dans tout son éclat , aux heureux jours de la reine Elisabeth, sans aucun mélange de papisme. Je bénis Dieu qu'au milieu de ces dissension* publiques, j'aie encore la liberté de communier; et puisse ce sacrement être ma damnation, si mon cœur ne se joint pas à mes lèvres dans cite protestation. • rlushw, t. 316.
(2) Apres une recherche minutieuse, je ne saurais me persuader que Waller et ses amis se soient avancée