CHAPITRE XII
En attendant, Essex, après plusieurs messages du parlements était éloigné de Reading, et avait fixé son quartier général à Tame. Une nuit, le prince Rupert , faisant un long circuit, surprit Cbinnor , à l'arrière-garde de l'armée Cl 8 juin), et tua ou prit la plus grande partie ae deux régiments qui restaient dans la ville. Dans sa retraite sur Oxford, il fut forcé de revenir sur ceux qui le poursuivaient ; à Chalgrove, ils chargèrent avec plusdecourageque de prudence, et ils furent repoussés avec une perle considérable. Ce fut dans cette action que le célèbre Hampden reçut la blessure dont il mourut. La réputation qu'il avait acquise par sa résistance au payement du sbip-money l'avait justement placé à la tète des chefs populaires, et ses manières insinuantes , la modestie de ses prétentions, et la conviction de son intégrité, donnèrent à ses opinions, dans la chambre basse, un poids irrésistible. C'était un des membres nommés root and brauch men , hommes de racine et de branche , qui cherchaient nonseulement à élaguer les branches, mais à extirper la racine, et qui, pendant qu'ils professaient la destruction de la hiérarchie, passaient pour avoir en vue la subversion du trône. Les royalistes se réjouirent de sa mort comme d une victoire ; les patriotes la déplorèrent comme une perte irréparable : il y avait erreur de part et d'autre. Les révolutions sont les pépinières des talents et de l'énergie. Un grand chef avait été retiré ; il n'en manqua pas pour remplir sa place (1).
Le rang d'Essex, autant que son défaut d'activilé , fournit aux gens « de racine et de branche.» un sujet légitime de soupçon. A mesure qu'il baissait dans leur estime , ils avaient soin d'élever les mérites et de flatter l'ambition de sir William Wallcr. Waller avait autrefois joui d'un poste lucratif sous la couronne, mais on l'avait mis à l'amende à la chambre étoilée, et sa femme était a une sainte femme, » dont le ' zèle, joint à son propre ressentiment, l'avait
plus que je n'ai dit. Ce qu'ils auraient pu Faire , s'ils n'avaient pas été interrompus , est une chose tout a fait conjecturale. La commssion d'équipement, que leurs ennemis chr relièrent a rattacher a leur dessein , n'y avait évidemment aucun rapport.
(1) Rusbw., », 265 , 374. Wbitetock, 69 , 70. Clareudoo, ii,237-2G!.
rendu patriote. 11 leva une troupe de cavalerie pour le service , et il fut bientôt promu à un commandement. La rapidité de ses mouvements, son audace et son dédain pour les règles militaires, le rirent avantageusement contraster avec l'expérience lente et circonspecte d'Essex, et ses succès à Portsmoulh, à Winchester, i Cliichcster , à Malm.sbury, et à llereford , qu'il réduisit en peu de temps, le firent désigner, parmi ses admirateurs , sous le nom de Guillaume le Conquérant. Tandis qu'on laissait languir les troupes aux ordres d'Essex, dans un état d'abandon (1), on formait pour Waller une armée de 8,000 hommes bien vêtus et bien armés; mais l'événement prouva qu'on avait trop vanté ses talents. Dans le cours d'une semaine il livra deux batailles, l'une près de Baih, au prince Maurice (3 juillet); l'autre an lord Wilmot, près de Devizes (13 juillet). La première fut opiniâtre, mais indécise; la seconde , sanglante et désastreuse. Waller accourut du champ de bataille à la capitale, attribuant la perte de son armée , non i ses propres fautes, mais à la jalousie d'Essex. Ses patrons n'abandonnèrent pas leur favori. Voulant imiter l'exemple des Romains (27 juill.), ils conduisirent le général malheureux en pompe triomphale, et le président de la chambre des communes le remercia solennellement des services qu'il avait rendus à sa patrie (2).
Cette sorte de bravade n'en imposa pas aux partisans de la paix. La troupe de W'aller était anéantie; la grande armée, rappelée depuis peu à Kingston , était tellement réduite par les privations et la négligence , qu'Essex refusa même de tui donner le nom d'armée. La reine avait marché sans opposition ( 13 juill.) du Yorkshire à Oxford , conduisant à son mari un puissant renfort* en hommes, en artillerie, et en muni-
(1) Son armée fut réduite a 4,000 ou 5,000 hommes, et ils étaient Irés-mécoiilenU de ce que leur général et eux fussent dédaignés, et « Wallerimméd atement élevé. » Bailiie , i ,391 . Il avait 3.000 hommes en étal de marcher, et 300 malades. Journaux , vi, 160.
(2) Rushwonb , v, 284, 285. Clarendon , u , 278-290. Journaux , 27 juillet. May, 201-205. Les premiers succès furent attribués au colonel Hurry, Écossais, quoique Waller eût le commandement nominal. Bailiie, i , 361 Mais Hurry, mécontent , passa au parti du roi, et projeta l'expédition qui amei a la mort de Uampden. Cla reudon, u, 261 Bailiie, il, 371.
lions de guerre (2/ jufll.) , et le prince Rupcrt, dans le cours de (rois jours, avait pris la ville et le château de Bristol, soit parla lâcheté, soit par l'incapacité de Nathanael Fiennes , le gouverneur (I). La cause du parlement semblait chanceler sur le bord de l'abîme, et les fords, profitant de ce moment d'alarme, envoyèrent aux communes six résolutions pour former les bases, d'un nouveau traité. On les ; accueillit favorablement , et après un débat qui dura jusqu'à dix heures du soir, on résolut, à une majorité de 29 voix , de les prendre en considération (2) (5 août).
Mais le parti pacifique avait à combattre des hommes d'une énergie opiniâtre, qu'aucun danger ne pouvait effrayer, qu'aucune difficulté ne pouvait abattre. Le lendemain était un dimanche, et il fut employé par eux à préparer un nouveau plan d'opposition (6 août}. Dç leurs chaires, les prédicateurs représentèrent la paix comme la ruine infaillible de la ville : le conseil de la commune vota une pétition pour solliciter, dans les termes les plus vigoureux, la continuation de la guerre , et l'on afficha des placards dans les rues, qui appelaient les habitants à se lever comme un seul homme, afin d'empêcher le triomphe des malintentionnés. Le lendemain matin, l'aldcrman Alkins porta la pétition à Westminster (7 août), accompagné de plusieurs milliers d'hommes qui demandaient la guerre, et qui proféraient des menaces de vengeance contre les traîtres. Leurs cris retentirent dans les deux chambres, et les lords résolurent de s'abstenir de toute affaire publique jusqu'à ce que la tranquillité fût rétablie; mais les communes remercièrent les pétitionnaires de leur attachement à ta cause de la patrie. On reprit alors la discussion des résolutions : la terreur avait écarté les plus pusillanimes de la charnel) Fiennes, pour se justifier de l'accusation de lâcheté, demanda une cour maritale; el Prynne et Walker, qui l'avaient accuné daos leurs écrit», devinrent «es poursuivants. Il fut déclaré coupable , et condamné a perdre la tète , nui» il obtint son pardon par Essex , le 'commandant en chef. Howell , Procès d'Étal, iv, 1 86 203.
(2) Mém. de Clarendon, u, 149. Dans le dernier mois, les lords avaient déclaré qu'ils étaient préis à traiter ; mais les démarches avaient été «uspendue» par suite d'une déclaration royal* . que les chambres n'étaient pas libre», et que leurs voles ut devaient pas être considérés comité le vote dti parlement. Journaux . ti, 97, 103, 108
bre; et, à la seconde division ,~\e parti obtint une majorité de 7 voix (1).
Cependant, leurs adversaires auraient encore pu triompher, si, comme on l'avait suggéré dans l'origine, il se fussent rendus à l'année, et qu'ils eussent réclamé la protection du comte d'Essex. Mais le lord Say et M. Pym se rendirent près de ce seigneur, et apaisèrent son mécontentement par des excuses el des promesses. Ils lui offrirent la punition de ceux qui avaient diffamé son caractère; ils professèrent une confiance sans bornes en son honneur; ils l'assurèrent que l'argent , les vêtements, et les recrues, étaient déjà préparés pour rétablir son armée. Essex fut gagné, et il informa ses amis • qu'il ne pouvait en conscience agir contre le parlement , dont il tenait sa commission. Sept d'entre les lords, presque moitié de la chambre haute, se retirèrent immédiatement de Westminster (2\
Le parti victorieux procéda avec une nouvelle vigueur à ses préparatifs militaires. Tous les efforts furent faits pour satisfaire aux demandes d Essex. Kimbolton, qui, à la mort de son père, avait succédé au titre du comte de Manchester, reçut une commission pour lever 10,000 hommes dans les comtés unis de Norfolk, Essex, Cambridge, Ely, et Hertford (3). Une ordonnance fut rendue pour
(() Clarendon , u, 320. Journ. , S , 7 aont ; des lords, ti, 171 , 172. Baillie, i, 390. Le samedi, les membres étaient 91 et 6.5 , le samedi , 81 et 79 ; mais les rapports de ceux qui comptaient furent contestés ; et , à la seconde division ,ou trouva 81 et 89. Deux jours plus tard, 2,000 à 3,000 Femmes (les hora nés n'osèrent pas paraître) présentèrent une pétitiou pour la paix , et reçurent une réponse polie; mais comme elles' ne s'en a iaient pas, et que quelques-unes d'entre elles se servaient d'un langage menaçant , elles furent chargées et dispersées par les militaires. Il en périt plusieurs. Journaux , 9 juin. Clarendon , m, 321. Baillie, i,390.
(2) Clarendon , 324-333. Nortbumberland se rendit à Petwortb; les comtes de Bedforl, de Uolland, de Portland el de Oare, el les lords Lovdace et Co nvra y, se rendirent a Oxford. Ils furent reçus de très-mauvaise grice , et la plupart d'entre eux retournèrent au parlement.
(3) La première association fut faite dans les comtés du nord par le comte de Newcasile en faveur du roi , et les comtés de Devon et de Cnrowall l'imitèrent ensuite. Les patriotes virent l'avantage qu'on pouvait tirer de pareilles associations, el en formèrent plusieurs parmi leurs (artisan* Le» membres s'enrayaient a conserver la paix dans les comtés associés; s'ils étaient royalistes, • contre