CHAPITRE XII
beMe* sœur Henriette-Marie. Senneterre fut remplacé par le comte d'Harcourt , prince de la maison de Lorraine, sous le titre d'ambassadeur extraordinaire. Le parlement le reçut a Londres avec respect, et lui permit de se rendre à Oxford (13 septembre). Charles, à qui sa position ne permettait plus de perdre son temps en finesses diplomatiques, demanda immédiatement un prêt d'argent, une armée auxiliaire, et une déclaration contre ses sujets rebelles (15 nov.). Mais c'étaient des choses que l'ambassadeur n'avait aucun pouvoir d'accorder. Il échappa difficilement aux importunités du roi, et revint à la capitale négocier
mes ordinaires du parlement furent observées, et le roi ouvrit la séance par on discours gracieux, dans lequel il déplorait les calamités du royaume, les priait de rendre témoignage de ses dispositions pacifique», et leur promettait toutes les libertés et les privilèges qui appartenaient à ces assemblées. Leur première mesure fut une lettre souscrite par tous les membres des deux chambres, et adressée au comte d'Essex, pour le prier de faire connaître « i ceux qui lui avaient donné leur confiance » leur désir empressé que l'on nommât des commissaires des deux côtés, pour traiter d'un accommodement. Essex, ayant ses instruc-
avec le parlement. Là , s'offrant en qualité de tions, répondit qu'il ne pouvait remettre une médiateur, il chercha à connattre les causes lettre qui , par son adresse ni par son contenu , véritables de la guerre présente ; mais son es- I ne semblait reconnaître l'autorité du parlepérance de succès fut abattue par la réponse | ment. Charles, alors (3 mars), s'en occupa luifroide et laconique, que, lorsqu'il aurait quel- I même. 11 adressa sa lettre « aux lords et aux que proposition a soumettre au nom du roi de j communes du parlement assemblé a Westmin- France (2*2 nov.), les deux chambres seraient , ster , » et demanda , de lavis « des lords et des
prêtes à justifier leur conduite. Bientôt après (10 janv.), les dépêches de sa cour furent interceptées et ouvertes , et l'on y trouva une lettre de lord Goi ing à la reine; son contenu apprit que Harcourt avait été choisi sur la désignation d'Henriette; qu'on lui avait commandé de prendre ses instructions d'elle et du roi, et que
communes du parlement assemblé à Oxford,» la nomination de commissaires « pour apaiser les troubles du royaume, et régler particulièrement la manière dont tous les membres des deux chambres pourraient s'assembler, en pleine et libre convention de parlement, pour consulter et traiter , sur les choses qui pour-
Goring sollicitait des secours de la cour de j raient convenir au maintien de la vraie religion France. Cette information, avec le récit de la protestante , avec les égards dus à la juste sa-
manière dont on l'avait obtenue, fut communiquée à l'ambassadeur , qui demanda immédiatement des passe-ports , et quitta le royaume (1).
L'expérience avait prouvé à Charles que le nom même du parlement opérait une influence puissante sur les esprits des basses classes , en faveur de ses adversaires. Pour détruire le charme, il résolut d'opposer des membres loyaux à ceux qui restaient à Westminster, et il convoqua, par proclamation, les deux chambres pour s'assembler â Oxford , le *22 janvier de l'année suivante. 34 pairs, 118 députés des communes obéirent (2); les for-
(1) Clarendon , m , 398403. Journaux, ti, 21 >. 302, 305, 309, 375,379, 416. Jouro. de» communes , 14 seplembre, 11 oct., 15, 22 nov., H\ 12 janv. ,12 fé».
(2) Si nous en croyons Whilelork (80) . lorsque les deux chambres de Westminster furent convoquée» ( 30 janvier) , il s'y trouvait 280 membre» présents, et 100
tisfaction des consciences timorées, pour établir les droits de la couronne et du parlement, les lois fondamentales, et les libertés et la propriété des sujets. » Les deux chambres considérèrent ce message comme une insulte, parce qu'il établissait implicitement qu'il n'existait point de pleine et libre convention de parlement : dans leur réponse (9 mars), elles sommèrent le roi dese réuniràelles,à Westminster, et, par une déclaration publique, elles dénoncèrent
employé* a différent» service». M3i* je soupçonne quelque erreur dans ces nombres, d'auiant que la liste de ceux qui signèrent le rovenant monte seulement â 220 noms , y compris ceux qui l'avaient *îr;iié après ce jourla (coraparrz Rushw., v, 480, avec les Journaux). Les lorJi étaient 22 présents , 74 ab«-'iits, dont II furent excuses. Journaux , vi , 387. l*% deux chambres , à Oxford, publièrent aussi leurs listes de membres, taisant monter les communes a 175, les lords à 83. Mais, parmi ces derniers , pluMeure avaient été créés depuis le commencement de la guerrt.
HIST01RK D'ANGLETERRE.
cette démarche comme une pratique papale et ] jésuitique, pour les attirer, sous le prétexte 1 spécieux de la paix . à désavouer leur propre | autorité . et à résigner elles-mêmes leur reli- 1 gion , leurs lois . et h urs libertés , au pouvoir de l'idolâtrie . de la superstition et de i'esclavage En opposition , les deux.chanibrcs, j à Oxford , déchirèrent que U s Ecossais avaient ! viole l'acte de pacification ; que tous les sujets anglais qui les aidaient devaient être regardés comme des I rain es ei des ennemis de l'État , et que les lord» et le-* communes, résidani à Westminster, qui avaient donné leur consentement a l'arrivée des troupe» écossaises, ou à la levée des troupes aux ordres du comte d'Essex, ou à la fabrication et à l'uage d'un nouveau grand | sceau, avaient commis une haute trahison , et qu'ils devaient être poursuivis comme traîtres envers le roi et le royaume (2). Ainsi s'évanouit de nouveau tout espoir de paix , et les deux partis, avec plus d'exaspération que jamais, et de nouveaux motifs de vengeance , résolurent encore une fois de confier leur espérance de salut à la fortune incertaine de la guerre.
Mais les chefs de Westminster trouvèrent nécessaire de réduire au silence les murmures de beaucoup de leurs adhérents , que le désir \ de la restauration de la paix engageait à attribuer des motifs intéressés aux partisans de la guerre. A la première apparence d'une rupture , on avait nommé un comité composé de cinq lords et de dix membres de la chambre des communes; son office était de remplir les
(t) Journaux , vi, 451-459. Le lecteur fera a) tf ni ion I crue allusion à la tolérance religieuse, la première qui eût été faiie par l'autorité , et qui , peu d'années auparavant , eût scandalisé Us membre* de l'fglise d'Angleterre, autant qu'elle scandalisait alors les presbytériens et les Écossais. Mai* la politique avait appris ce que la raison ne saurait enseigner, bile fut alors lancée comme une amorce au* indépendants , dont la crainte de persécution était aggravée par l'intolérance de leurs alliés écossais, et qui, pour celte raison, étaient soupçonnés d'avoir déjà fait quelques ouvertures secreies a la cour. « Bristol , sou» main, leurdoune pleine assurance d'une aussi eniirre liberté de conscience qu'ils pourraient détirer, déclamant en même temps contre la rrutlle invasion drs Écossais, ft la tyrannie de notre presbytériat, égale à l'inquisition espagnole. • Baillie , i , 428.
(2) Clareudon , m , 440 454. Journaux , 399, 404, 451 , 459, 484, 485 ; 30 décembre , 16 et 30 janvier, 6 cl 11 mars. Rusvrb., v, 559-575 , 582-602.
devoirs de l'autorité executive, soumise à l'approbation et à l'autorité des chambres. Actuellement que les Écossais avaient consenti à l'alli-mce pour cette guerre, ce comité, après une longue résistance de la part des lords, fut dissous (16 févr.), et un autre, sous le nom de comité des deux royaumes, fut créé en sa place, et composé de plusieurs membres de chaque chambre, et de certains commissaires des états d'Êcosse (1). Les pairs virent avec jalousie ce nouveau corps ; et , lorsque les communes, par suite de rapports défavorables, l'investirent de la tâche « de préparer des bases pour établir une paix équitable et assurée dans tous les domaines du roi, » ils ne rejetèrent point la chose en elle-même, mais ils récusèrent les personnes, et nommèrent pour le même objet un comité différent. Le débat dura six semaines ; mais l'influence de la chambre haute s'était affaiblie avec la diminution du nombre de ses membres, et les lords furent contraints (25 avril) de se soumettre, en se couvrant d'un amendement de peu d'importance, pour maintenir leur honneur. Les nouvelles propositions, présentées (29 avril) comme les bases de la réconciliation, étaient, en substance, les suivantes : que le covenant, avec l'obligation de l'adopter, la réforma (ion de la religion suivant ses dispositions, cl l'entière abolition de l'cpiscopat . seraient confirmés par acte du parlement; que la cessation d'hostilités en Irlande serait dé» larée nulle par la même autorité; que l'on exigerait un nouveau serment, afin de découvrir les catholiques ; que la pénalité, relative aux réfraclaires, serait rigoureusement appliquée; que les enfants des catholiques seraient élevés dans la religion protestante; que certains Anglais, protestants de nom , tous les papistes qui avaient porté les armes contre le parlement, et tous les rebelles irlandais, catholiques ou protestants, qui avaient porté du secours à l'armée royale, seraient exceptés du pardon général : que les dettes contractées par le parlement seraient acquittées sur les domaines des délinquants, et que les commandants des forces de terre et de mer, les
(t) Journaux des communes, 30 janvier, 7, 10, 12, 16 fi vrier. Ibid., des lords , 12, 16 février.