‹ Histoire d' AngleterreChapitre 166 sur 307 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

grands officiers de l'État , le gouverneur d'Irlande, et les juges, seraient aussi nommés par le parlement ou par des commissaires du parlement, pour remplir leurs charges tant qu'ils se comporteraient bien. L'ensemble de ces propositions rendait évident que tous les différends entre les partis étaient devenus plus envenimés que jamais , et que la paix dépendait de la soumission de l'un, amenée par une force supérieure ou la bonne fortune de l'autre (t).

Le lecteur doit s'arrêter ici ; et , avant de s'occuper des événements qui signalèrent la campagne suivante, il est nécessaire qu i! prenne connaissance des divers expédients financiers qu'adoptèrent les parties contendanles. Le besoin d'argent était une calamité qui pesait également sur les deux partis, mais les patriotes en souffraient beaucoup moins , parce qu'ils possédaient des ressources considérables dans les richesses de la capitale, et qu'ils étaient beaucoup moins contenus dans leurs demandes par des considérations de délicatesse ou de justice. P Ils pouvaient , à la plus soudaine occasion, trouver des subsides considérables en faisant des emprunts aux marchands de la cité, qui osaient rarement s'y refuser , ou que l'on forçait de consentir, sïlss'y refusaient, par des menaces d'arrestation et d'emprisonnement. Pour ces sortes d'avances , ils promettaient uu intérêt au taux accoutumé de huit pour cent, et « la foi publique était engagée pour le remboursement du capital. » 2° lorsque le parlement décréta sa première levée de soldats, beaucoup de ses partisans souscrivirent pour des sommes considérables en argent, ou en vaisselle, ou en armes, ou en provisionsde guerre ; mais bientôt on demanda pour quelles raisons le fardeau tombait exclusivement sur les bien intention- Ci) Journaux, 15, 20, 23, 20,30 mar«,3. 5, 13, 16 avril. Dans la question de «avoir si l'on ferait un traité d union avtc les Écossais , la division de la chambre des commune,* fut de 64 contre 64 ; mais les opposants obi lurent le suffrage décisif du président. Baillie, i, 446. Voyei aussi les Journaux des lords, vi , 473 , 4*3, 491 , 601, 514, 519, 527, 531. La dissension était telle entre eux , que Baillie dit qu'ils auraient accepté la première proposition des chambres d'Oxford, ai la nouvelle que les Écossais avaient passé la Tweed ne fût arrivée quelques heures avant. Celte nouvelle donna toute l'influence aux partisan* de la fjuerre. Baillie, i , 429 , 430.

nés, et les chambres trouvèrent qu'il serait bien d'ordonner que tous les non-souscripteurs, dans la vi le et dans la campagne, fussent obligés de contribuer de la vingième partie de leurs biens, pour le soutien de la cause commune. 3° Comme les besoins de l'armée croissaient tous les jours, on ordonna, pour ressource temporaire , que chaque comté eût à pourvoir à la subsistance des hommes qu'il aurait fournis. 4° Cet expédient Rit suivi d'un autre plus durable : une cotisation hebdomadaire de 10,000 liv., pour la ville de Londres, et 24,000 liv. pour tout le reste du royaume, payable proportionellement par chaque comté, et levée à la manière des subsides. 6° En outre, les biens personnels et les immeubles de tous les délinquants , c'est-à-dire de tous les individus qui avaient porté les armes pour le service du roi, ou qui lui avaient fourni de l'argent, ou qui s'étaient opposés au parlement, de quelque manière ou sous quelque prétexte que ce fût, furent séquestrés, et confiés à la gestion de certains commissaires chargés de recevoir les renies, de s'emparer de l'argent et des marchandises, de poursuivre en justice la rentrée des prêts, et d'en verser les produits au trésor. 6° Enfin, venait l'excise , espèce de taxe d'origine exotique, et jusqu'alors inconnue dans le royaume. On fit plusieurs objections à ce dernier impôt, mais l'avantage constant et considérable qu'il promettait assura son adoption, et, après une suite de débals et de conférences, qui occupèrent les chambres pendant trois mois, les nouveaux droits, que, dans beaucoup de cas, devaient payer les premiers acheteurs , furent imposés sur les articles déjà sujets aux douanes, et sur une classe nombreuse de marchandises produites par le sol ou par les manufactures (I). Enfin , pour ajouter à toutes ces diverses sources de revenus, les communes ne se refusèrent point à en créer une autre d'un genre plus singulier. Beaucoup de patriotes avaient l'habitude d'observer un jeûne hebdo-

(1) On doit observer que l'excise , dans son enfance, s'é endalt sur la bière forte, l'aie, le cidre-, le poiré, le vin, l'huile, les figues, le sucre , le raisin , le poivre, le sel, la soie, le Ubac, le savon, les liqueurs fortes, ei même la viande , soii qu'elle fut exposée en vente dans les marchés, ou abattue dans les familles pour leur consommation oatlkulière. Journaux, vi, 372.

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madaire pour le succès de leur cause , et , afin que leur bourse ne profilât pas de l'exercice de leur piélé, il* avaient soin de versr dans le trésor le prix du repas dont ilsséiaicnt abstenus. Si les autres ne vou'aient pas jeûner, il était toujours possible de 1rs faire payer; et des commissaires furent établis-, par ordonnance, afin d'aller dans la ville taxer chaque chef de maison, au prix d'un repas pour sa famille, et percevoir « et argent tous les mardis de chaque semaine, pendant les six mois suivants. Par ces moyens . les deux chambres parvinrent à soutenir la guerre, quoique leurs embarras pécuniaires se multipliassent continuellement par l'accumulation perpétuelle de leurs dettes et l'accroissement inévitable de leurs dépenses (1).

Quant au roi, sa première ressource fut la vente de sa vaisselle plate et de ses joyaux; et, la seconde, le généreux dévouement de ses partisans, dont la plupart le servirent, durant toute la guerre, à leurs propres frais; et qui, plutôt que d'être à charge à leur souverain, engagèrent jusqu'à leur dernier acre de terrain, et se trouvèrent, eux et leurs ramilles, sans moyens de subsistance future. Aussitôt qu'il eut déployé son étendard, il sollicita des emprunis de ses amis, donnant sa parole de reconnaître la promptitude avec laquelle ils l'obligeraient, et allouant certaines terres appartenant à la couronne pour assurer leur remboursement ; sûreté bien précaire tant que l'issue de la contestation resterait incertaine. Biais il ne fit pas en vain cet appel. Beaucoup de personnes avancèrent des sommes considérables , sans se réserver aucun droit à des récompenses-, d'autres apportèrent de l'argent, de si grand cœur et en telle abondance, que cette ressource produisit bien au delà de son attente. Cependant, avant de commencer la troisième campagne, il fut forcé de consulter son parlement d'Oxford. Par son avis , il défi) Ibid, v, 4G0, 4W.482; yi. 108, 196, 209, 224, 248, 250, 272. Journaux drs communes, 26 novembre, 8 décembre- 1612, 23 février, 8 septembre 1613, 26 mars 1644. Rushw., , 1A0, V09, 315, 748 II faut se souvenir que , selon la dévotion du temps , • le jeune exigeait une abstinence totale de toute nourriture, jusqu'à ce qu'il tùi terminé. • Direction pour la croyance publique. Ha* 32.

manda, sous le sceau privé, un don gratuit qui lui procura 100,060 liv.: et, à l'exemple de ses adversaires, il établit l'excise, qui lui donna un secours toujours assuré, mais peu considérable. En outre, ses garnisons se suffirent à elles-mêmes, en levant des contributions, toutes les semaines, dans les municipalités voisines; et les comtés qui s'étaient réunis à lui de leur propre volonté fournirent la paye et les subsistances à leurs propres troupes. Cependant, après tout, il était manifeste qu'il n'avait pas les mêmes moyens de lever de l'argent que ses adversaires, et que la pénurie seule devait enfin le faire succomber, à moins qu'il n'amenât le débat à sa conclusion la plus prompte (1).

Dans cette intention, les deux partis faisaient tous les efforts possibles, et les Irlandais et les Écossais avaient été appelés en Angleterre, afin de combattre pour le roi et pour le parlement. Les rigueurs de l'hiver n'apportèrent aucun répit aux opérations de la guerre. Cinq régiments irlandais , produits primitifs de la suspension d'armes, en Irlande, arrivèrent (1643, nov.) à Mostyn , dans le Flintshire : leur réputation, plutôt que leur nombre, abattit le courage de leurs ennemis, aucune troupe n'essaya de les combattre, et, à mesure qu'ils s'avançaient , tous les postes étaient abandonnés ou livrés. A la fin , la garnison de Nantwich (1644, 15 janv.) arrêta leurs progrès, et tandis qu'ils étaient occupés à ce siège, sir Thomas Fairfax s'avança, du Yorkshire, à la tête d'une force supérieure. Pendant deux heures, les Anglo-Irlandais, commandés par le lord Byron, opposèrent (25 janv.) une résistance obstinée aux assaillants de l'extérieur, et à la garnison de la ville; mais, dans un moment de désespoir, 1600 hommes mirent bas les armes, tlx à peu d'exceptions près, passèrent dans les rangs de leurs adversaires. Parmi les noms des officiers faits prisonniers, on trouve celui du célèbre colonel Monk , qui sortit ensuite de la Tour pour jouer un rôle plus brillant , d'abord au service delà république, et ensuite pour le rétablissement du trône (2).

Quelques jours avant celte victoire, les Êcos-

(1) Rushw., T.580, 601. Clarendon, n,87, 453.

(2) Rushw., t, 299-303.

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