CHAPITRE XII
massacre des •Cottes blanches. » Rupert, à la vérité , revint de la poursuite avec 3,000 hommes, mais l'aspect du champ de bataille le consterna. Une prudence excessive succédant à sa folle impétuosité, après quelques escarmouches, il se retira, et laissa Croimvell maître incontesté du champ de bataillr. Toutefois le chef victorieux passa une nuit pleine d'inquiétudes et d'agitations. Ses troupes étaient épuisées par la fatigue; l'infanterie était dispersée sans ordre dans le voisinage , et à chaque instant il s'attendait à une attaque nocturne de Rupert, qui aurait pu réunir, des divers corps royalistes les moins maltraités dans la bataille, une force suffisante pour ressaisir l'avantage. Le matin lui apporta l'heureux avis que le prince s'était porté à marches forcées vers York, par des chemins détournés. 1600 royalistes et tout le train d'artillerie tombèrent entre les mains des vainqueurs. La perte d'hommes qui se fit respectivement dans le combat est incertaine ; mais ceux qui enterrèrent les morts comptèrent 4,150 cadavres (l).
Cette désastreuse bataille abattit la puissance des royalistes dans les comtés du nord. Le prince et le marquis avaient , depuis longtemps, une antipathie profondément enracinée l'un contre l'autre. Elle sciait montrée dans la consultation qui avait eu lieu, pour aviser aux
(t) Rushw., 632-63C Clarendon, iv, 503. Baiilie, il, 36-40. Wbiietock , 89, et lc« Mémoire» de Swier- Yillrs, édit. 1815. Cromwrll expédia de» courriers du champ de bataille pour rappeler le» trois généraux qui avaieol fui- Le comte de Leven, le Général écossais, était au lit , dans une auberge . à l.eed« , quand il reçut la nouvelle de ce qui s'était pâmé, et il s'écria, en se frappant la poitrine : • Plnt à Dieu que je fusse mort sur la ptac«! » Somervilles , ibid. Clarendon ailnbue le succès des confédérés a Fairfax , qui changea la fortune du jour, lorsque l'arii.»e écossaise fut mise en déroule , et que «on Général prit la fuite (66!)); et a la page 503, il affirme que . du côlé de» confédérés , . les Écossais prirent la fuite de toutes parts , pendant plusieurs milles , et que leur général , le comte de Leten , fut pris par un conslable et détenu une partie du jour suivant. • On a dit que cela était faux. Baiilie re connaît que Leslie • montra ses talons; qu'Églington seul resta ferme sur le terrain , mais fit une grande pêne. • Baiilie , u , 36. « t a boule est tombée sur de certain» homme» qui ont tourné le dos , quoiqu'ils eussent plus de motifs que tous les autres pour demeurer fermes a leur poste. > Pag. 40. Il félicite ensui e le lord Églington de l'honneur qu'il s'est acquis, • lorsque tant d'autres sont tombés, par leur lâcheté, dans une disgrâce pire que la tuort. • Pag
moyens de livrer bal aille de la manière la plus avantageuse. Il n'était pas probable que leur défaite pût la diminuer. Ils se séparèrent le lendemain malin Rupert, se hâtant de quitter un lieu où il avait perdu une armée si courageuse, retourna à m>ii premier commandement, dans les comtés de l'ouest. Newcastle, soit qu'il désespérât de la cause royale, ou qu'il fût tourmenté par la crainte d'éprouver un traitement injurieux, emmena avec lui les lords Falconberg et W iddringlon, et alla chercher un asile sur le continent. La ville d'York, abandonnée â son sort , ouvrit ses portes à l'ennemi , à condition que les citoyens ne seraient pas molestés, et que la garnison se retirerait à Skipton. L'armée combinée se sépara immédiatement par Tordre du comité des deux royaumes. Mauchester revint dans le Noltinghamshire, Fairfax resta à York, et les Écossais, retournant sur leurs pas, fermèrent la campagne par la réduction de Newcastle. Il n'y avait pas d'objection à ce qu'ils passassent l'hiver dans le voisinage de leur pays , et le parlement n'avait pas le désir de les voir plus près de la capitale de l'Angleterre (1).
En même temps, Essex, impatient du contrôle exercé par le comité, se hasardait à agir en opposition à ses ordres; et les deux chambres, quoiqu'elles le réprimandassent de sa désobéissance, lui permirent de poursuivre le plan qu'il avait formé, pour détruire, avec son armée, l'association des royalistes dans les comtés de Somerset, de Dcvon, et dans le Cornwall ( 15 juin ). 11 jwrta des secours à Lime , qui avait été longtemps assiégée par le prince Maurice, l'un des neveux du roi, et il s'avança dans la direction d'Exeter, ville où la reine était accouchée d'une fille quelques jours auparavant (16 juin). Cette princesse, fatiguée des dangers auxquels elle se trouvait exposée en Angleterre , se rendit à Falmouth, se mit en mer, accompagnée d'une escadre de dix vaisseaux hollandais ou flamands (H juillet), et, échappant à la vive poursuite de la Motte anglaise deTorbay, elle atteignit saine et sauve le port de Brest (2) (25 juillet).
(1) Clarendon, n, 501.
(2) Je doute qu'Kssex ait quelques droit» a ta générosité de caractère que lui attribuent le» historiens. La
HISTOIRE D'ANGLF.TERRK.
(26 juin) Ksscx, dédaignant les royalistes qui s'assemblaient sur les derrières de son armée, poursuivit sa marche dans le Cornwall. Sa conduite semblait inexplicable à presque tout le monde. Beaucoup de personnes soupçonnaient qu'il cherchait à se venger du parlement, en mettant ses forces dans les mains de l'ennemi (6 août). A Lcstwilhiel, il reçut deux lettres. Dans l'une, le roi le sollicitait de s'unir à lui pour forcer ses ennemis à consentir à une paix qui, en même temps qu'elle déterminerait les droits légaux du trône, assurerait la religion et les libertés du peuple. L'autre était signée de quatre-vingt-quatre des principaux officiers de l'armée royale, qui s'engageaient à tourner leurs épees contre le souverain lui-même, s'il s'écartait jamais des principes qu'il avouait dans sa lettre. On se trompait, lîssex envoya les lettres aux deux chambres, et répondit froidement que son affaire était de combattre, et celle du parlement de négocier.
Mais il se trouva bientôt dans la situation la plus critique, coupé dans toutes ses communications avec Londres, et resserré entre la mer et les forces combinées du roi , du prince Maurice et de sir Richard Grenville. Sa cavalerie, dans l'impossibilité de se procurer des subsistances, traversa , quoiqu'avec perte, les lignes de l'ennemi. Mais chaque jour les royalistes se rendaient maîtres de quelques-uns de ses postes; leur artillerie dominait le petit port de Foy , par lequel seul il pouvait se procurer des provitions; et ses soldats, épouvantés d'une telle série de désastres, refusaient de rester sous leurs étendards. Dans cette occurrence, Essex et deux de ses officiers s'enfuirent de la côte, et, dans un bateau, arrivèrent à Plymouth. £e major général Skippon offrit de capituler
reine Tenait d'accoucher d'une fille nommée Henriette- Marie, à Exeter, et elle envoya lai demander un panseport pour se rendre à Bath ou à Bristol, afin de rétablir m santé. Il réfuta , mai» lui offrit d'une manière insultante de la suivre lui-même , si elle voulait se rendre à tondre* , où elle avait déjà été accusée de haute trahison, fiustrw-orlh , v, 684. J'observe que, même avant la guerre , lorsque le roi avait écrit a la reine de faire savoir a Essex , en qualité de chambellan , son désir de faire préparer le palais pour la recevoir, elle pria Nicholas de «'acquitter de cette commiMinn , ajoutant : « Leurs seigneuries sont de trop grands princes pour recevoir des ordres de moi. . Mémoires d'Evelyn , n, App , 78.
, pour le reste de l'armée (rr septembre). Après ' avoir remis leurs armes, leurs munitions, et leur artillerie, il fut permis aux soldats de se rendre à Pool et à Warcham: et de là , on les transporta à Portsmouth , où des commis saires du parlement les pourvurent d'habillements et d'argent. Le lord général se relira dans sa demeure, réclamant une enquête sur sa conduite et sur celle du comité qui avait négligé de faire disperser les royalistes, rassemblés sur les derrières de l'armée, et trahi la cau'e du peuple, pour satisfaire sa jalousie par la disgràee d'un de ses opposants. Afin d'adoucir son esprit , les chambres lui envoyèrent une députation pour le remercier de sa fidélité à leur cause, et lui exprimer leur reconnaissance des nombreux et érainents services qu'il avait rendus à son pays(l).
Ce succès releva les espérances du roi , qui , reprenant le ton d'une supériorité assurée, invita tous ses sujets à l'accompagner à Londres, afin de l'aider à forcer le parlement d'accepter la paix. Mais l'énergie de ses adversaires n'était pas épuisée. Ils recrutèrent promptement leurs troupes affaiblies. Les divers corps aux ordres d'Essex, de Waller, et de Manchester, se réunirent, et tandis que les royalistes traversaient Whitechurch, pour se rendre à Newbury, une armée plus nombreuse se mettait en mouvement dans une direction parallèle, en traversant Rasingstokc pour se rendre à Reading. I*à, les chefs (le lord général était absent sous prétexte d'indisposition), ayant appris que de nombreux renforts arrivaient à Oxford, résolurent de se prévaloir de leur supériorité présente (27 oct.), et d'attaquer, au même moment, les royalistes dans leur position de Show, à l'est , et de Specn à l'ouest de la ville. Le combat fut si opiniâtre sur les deux points, qu'à dix heures du soir le résultat était encore douteux; mais le roi, craignant d'être entouré le lendemain, rassembla son armée sous le château de Dennington, et se mit en marche vers Wallingford , mouvement qui fut exécuté sans la moindre opposition, par un clair de lune, et en vue de l'ennemi (9 nov.). Quelques jours après, il revint avec des forces
(t) Ru«bw.,T,683, 684, 090-693, 899-7 11. Garendon,
iv, 51 1,518-527.