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CHAPITRE XII

plus nombreuses; et recevant de l'artillerie et des munitions qu'il avait laissées par prudence dans Dennigton-Caslle, il les conduisit â Wallingfbrd sans èlre inquiété. Pendant qu'il passait et qu'il repassait, les troupes parlementaires restèrent dans leurs lignes, et refusèrent même d'accepter le combat qu'il leur offrit. Que cette inaction provint d'une dissension intérieure ou d'une infériorité de forces, elle provoqua de vives plaintes, et non-seulement dans la capitale, où le combat de Newbury avait été célébré comme une victoire, mais aussi dans les deux chambres, qui avaient ordonné à l'armée de poursuivre ses succès. Les généraux qui avaient dispersé leurs troupes dans des quartiers d'hiver se hàièrent de justifier leur conduite. Des accusations de lâcheté, d'intentions criminelles, ou d'incapacité, furent lancées et renvoyées de l'un à l'autre ; et cette cause, qui, peu de temps auparavant, paraissait avoir triomphé du roi, semblait maintenant sur le point d'être perdue, par les jalousies personnelles et les passions contraires des chefs (I).

La plus grande partie de ces querelles avait pris naissance dans les rivalités de l'ambition; mais celles qui provenaient de- l'armée de Manchester étaient produites par la jalousie religieuse, et par conséquent, elles curent des résultats plus importants. Lorsque le roi voulut arrêter les cinq membres, Manchester, à celte époque lord Kymbolton, fut le seul pair qu'il accusa. Celte circonstance attacha Kymbolton au parti, et le soin de sa sûreté le lia plus fortement à ses intérêts. A la formation de l'armée des sept comtés réunis, il accepta, quoique avec répugnance, le commandement en chef : son caractère et son éducation l'avaient rendu plus propre à briller au sénat que dans les camps; et, persuadé de sa propre inexpérience, il abandonna à son conseil la direction principale des opérations militaires, se réservant la charge délicate et importante de mettre en harmonie, et de faire concorder les éléments divers dont se composaient ses troupes. Le second commaudant était Cromwell, revêtu du grade de lieutenant général. Cet heureux aventurier, le cousin germain et le fidèle com-

(t) Ruihw., v, 7 15-732. Clareudon , 516 552.

pagnon de llampdcn, avait, au dernier parlement, remplacé lluniiugdon, et il siégeait actuellement comme représentant de Cambridge. Il s'énonçait avec hardiesse, quoiqu'il parlât rarement. Les courtisans tournaient en ridicule la grossièreté de ses vêtements , l'aigreur de sa voix, le peu d'élégance de ses manières; mais Cromwell commandait toujours l'attention de la chambre par l'originalité de ses vues, eUla ferveur de son éloquence. » Au commencement de la guerre, il s'empressa de lever des troupes dans les comtés de l'est , et fut bientôt à la tète d'un régiment de cavalerie , composé de francs tenanciers, ou de leurs fils, soldats par le sentiment du devoir, et enthousiastes de religion et de politique (I). Quoiqu'il se fût associé librement à ces hommes, il ne perdit jamais leur attachement ni leur obéissance; il pria et combattit à leur tête; et par son courage, sa résolution, et sa bonne fortune, il fut bientôt cité comme un des officiers qui promettaient le plus dans l'armée parlementaire. On a dit qu'il dissimulait dès le commencement, et qu'il cher chait à cacher le travail de son ambition sous l'apparence affectée d'une piété supérieure; mais je n'ai pu trouver de fondement suffisant â cette imputation. Il me semble qu'il éprouva ce fanatisme religieux par lequel il déploya tant d'intrépidité, et qu'il dut sa première élévation plutôt au zèle qu'il apporta dans sa cause, et à l'énergie naturelle de son esprit, qu'à des vues d'agrandissement ou d'intérêt personnel.

Manchester et Cromwel brillaient également par les dehors de la dévotion; mais ils suivaient deux partis opposés, pour la croyance et la pratique. Le premier voulait l'élablUsemcnt exclusif du système presbytérien; le second soutenait le droit commun de tous les hommes â honorer Dieu, suivant les directions de la conscience. Mais cette différence d'opinion ne provoqua aucune dissension entre eux. Le caractère plus souple et plus accommodant de Manchester était subjugué par le génie supérieur de Cromwell, qui obtint graduellement la direction générale de l'armée, et qui offrit sa protection aux indépendants qui se trouvaient sous ses ordres. Dans les autres quartiers, les religionnaires souffraient mille con-

(1) White'ock , 7.

HISTOIKR DANGLLTEKRE.

traintes, et même des persécut ions de la part ] des zélés presbytériens; la tolérance dont ils jouissaient sous Cromwell scandalisa et donna l'alarme à l'orthodoxie des commissaires écossais, qui obtinrent, comme un contre-poids à l'influence de cet officier, la place de major j général, pour Crawford, leur compatriote, et ; presbytérien rigide. Cromwell et Crawford devinrent, à l'instant, rivaux et ennemis. Le mérite de la victoire de Marston-Moor avait été réclamé par les indépendants, qui exaltaient les talents de leur général favori, et tournaient en ridicule la fuite et la lâcheté des ! écossais. Crawford rétorqua l'accusation, et déposa, sous serment, que Cromwell, ayant reçu une légère blessure au cou , au commencement de l'action, s'était immédiatement retiré, et n'avait plus ensuite reparu sur le champ de bataille. En revanche, le lieutenant général exhiba, devant le comité de guerre, des faits positifs contre Crawford , et ses colonels menacèrent (5 sept.) de rendre leur commission, si on ne lui ôtait son commandement , tandis que, d'un autre côté, Manchester et les chapelains de l'armée offraient leur témoignage en sa faveur, et que les commissaires écossais, prenant la défense de leur compatriote, le représentaient comme un martyr dans la cause de la religion (1).

Mais avant que cette querelle fût terminée, il s'en éleva une seconde d'une plus grande importance. L'action indécise de Newbury et le refus de combattre â Dennington avaient excité le mécontentement public. La chambre basse ordonna une enquête sur la conduite des généraux et la situation des armées , et le rapport que fil le comité des deux royaumes conduisit à arrêter qu'on préparerait immédiatement un plan pour l'organisation de la force nationale, sous une forme nouvelle et plus efficace v*23 nov.). Waller et Cromwell , tous les deux membres de la chambre , furent mécontents du rapport. A la première assemblée (2ô nov.) chacun d'eux déclara la part qu'il avai t prise aux opérations qui avaient excité des plaintes si violentes, et le second saisit celte occasion pour accuser de désaffection le comte de Man-

ii: Ba !lip, ii, 10, 11 . 42. 19. .>7 , GO , GG, T9. Holli ,

chesler, qui prétendait-il, ne voulait pas que le pouvoir du roi éprouvât de nouvelles humiliations, et , â cet effet , se refusait à ce que son armée engageât le combat, à moins que ce ne fût évidemment à son propre désavantage. Manchester, à la chambre des lords, repoussa cette imputation avec chaleur, justifia sa conduite, et répondit â son accusateur qu'on était encore à savoir en quel lieu le lieutenant général Cromwel s'était porté, avec sa cavalerie, le jour de la bataille (1).

Il est digne de remarque que , même à cette époque, Esscx, Manchester, et les commissaires écossais soupçonnaient Cromwell et ses amis de nourrir le dessein d'obtenir le commandement de l'armée , d'abolir la chambre des lords, de diviser la chambre des communes, de dissoudre le covenant entre les deux nations , et d'établir un nouveau gouvernement suivant leurs propres doctrines. Pour détruire ce projet, leur première pensée fut que le chancelier d'Écosse dénonçât Cromwell comme incendiaire, et demandât qu'il fut puni, conformément au dernier traité ; mais, sur la réponse des hommes de loi qu'ils consultèrent , pensant que leurs preuves ne suffisaient pas pour soutenir l'accusation . il fut décidé que Manchester l'accuserait devant les lords d'avoir exprimé le désir de réduire les pairs â l'état de simples gentilshommes; d'avoir déclaré être tout prêt à combattre les Écossais, dont le but principal était d'établir un despotisme religieux, et d'avoir menacé de forcer, à l'aide des indépendants, le roi et le parlement à accepter les conditions qu'il leur dicterait. Celte accusation , avec un rapport écrit p3r Manchester pour sa propre justification, fut communiquée â la chambre des communes, l'assemblée, après quelques objections sur un point de forme et de privilège (2 déc), la renvoya à un comilé, qui remit de jour en jour à en faire l'examen Jusqu'à ce qu'enfin elle tombât dans l'oubli (2).

Cromwell n'hésita pas à frapper de sa vengeance Essex et Manchester, quoiqu'il pensât

(i; Runhw. , v. 732. .Imim. , 22, 23, 25 nor. Journ., vii, 76, 78, 80, 111. WbiMork, 1f6.

(2} naillir, n , 76 , 77. Journaux ,2,4 décembre, 18 jan v»rr. Journ. d* ■ lordi . 79 , 80 YVbitclock , 116 , 1 17. H<»' i«. 18.

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