‹ Histoire d' AngleterreChapitre 171 sur 307 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

que le coup pouvait retomber sur lui-même. Il proposa, dans la chambre des communes, ce qui fut appelé par la suite l'ordonnance d'abnégation de soi-même (9 déc.), que les membres des deux chambres fussent exclus de toutes les charges, soit civiles, soit militaires. Son vérilable but était évident pour tous; mais la motion se trouva soutenue par son propre parti, et par tous ceux dont la patience était épuisée par les querelles des commandants ; et lorsqu'on proposa la dispense en faveur du lord général , elle obtint 7 voix seulement, dans une chambre composée de 193 membres (17déc). Toutefois, la force de l'opposition encouragea les pairs à s'exprimer avec plus de liberté qu'à l'ordinaire. Ils soutinrent que l'ordonnance n'était pas nécessaire, puisque le comité s'occupait de rédiger une nouvelle organisation militaire; qu'elle était injuste, puisqu'elle excluait tous les pairs des emplois , t;.ndis que les membres des autres classes restaient également éligiblc.% soit pour siéger au parlement , soit pour remplir des charges civiles ou militaires. Ce fut en vain que la chambre basse fit des remontrances. Les lords répondirent qu'ils avaient rejeté leur bill, mais qu'ils consentiraient à donner leur adhésion à tout autre bill de même nature (16 janv. 1645), pourvu qu'il ne s'étendit pas jusqu'aux commandements de l'armée (1).

Mais, pendant ce temps, le comité des deux royaumes avait complété son projet de réforme militaire, qui, dans son application immédiate, tendait au même but que l'ordonnance rejetée. Il obtint la sanction des commissaires écossais, ceux-ci consentant à sacrifier leurs amis de la chambre haute, pour l'avantage d'une mesure qui promettait de mettre fin aux inimitiés et aux délais produits par l'ancien système, et d'éloigner de l'armée Cromwell, leur plus dangereux ennemi. Si cette mesure les privait des talents d'Essex et de Manchester, qu'ils ne semblaient pas estimer extrêmement , elle leur donnait en échange un commandant en chef dont ils avaient appris à connaître le mérite, pendant le service qu'il avait fait conjointement avec leurs troupes au siège d'York. Par

«T Journ., 9, 17 dlctmbre; 7, 10, 13 janvier. Journ. d:» lord», 120, 131, 135. Ru»bw. , vi ,3 6-

ce a nouveau système , » on proposait de composer l'armée de 1,000 dragons, 6,600 hommes de cavalerie en six régiments, et de 14,400 hommes d'infanterie en douze régiments , sous les ordres de sir Thomas Fairfax, en qualité de général en chef, et du major général Skippon , comme commandant eu second ( 1 5 févr. ) Les lords hésitèrent; mais, après plusieurs conférences et de longs débats, ils le renvoyèrent, avec un petit nombre d'amendements, à la chambre des communes, et on le publia, au son de la trompette, à Londres et a Westminster (I ).

Celte victoire fut suivie d'une autre. Beaucoup de pairs entretenaient l'idée qu'on avait le projet d'abolir leurs privilèges ; ils résolurent de ne pas succomber sans combattre: ils insistèrent pour que la nouvelle armée s'engageât dans le co venant, et souscrivit aux règlements du directoire du culte public; ils refusèrent leur approbation à la nomination de plus de la moitié des officiers désignés par Thomas Fairfax, et repoussèrent les pouvoirs additionnels, offerts par les communes à ce général. Les votes, à cet égard, furent à peu près égauxdans la chambre, et toutes les fois que le parti opposé obtenait la majorité, c'était au moyen de la voix d'un seul député , ou par les clameurs de la populace. A la fin, les communes déclarèrent o qu'elles se croyaient obligées à maintenir la pairie dans les droits et les privilèges qui appartenaient à la chambre des pairs, privilèges égaux aux leurs, et tendant au même but.» Délivres de leurs craintes, les lords consentirent à reconnaître un pouvoir qu'ils ne savaient comment réprimer. Les différents bills, et, dans le nombre, celui de a l'ordonnance d'abnégation, «furent adoptés; et tous les membres des deux chambres se virent dépouillés de tous leurs emplois civils et militaires (3 avril), après l'expiration de 40 jours (2).

Jusqu'ici j'ai donné tous mes soins à suivre sans interruption la chaîne des événements politiques et militaires : il est temps d'appeler l'attention du lecteur sur les rails religieux des deux dernières années

(I) Journ , 19 , 23 , 25 , 27 janvier ; Il , 15 février. Lords, 159, 165, 169, 193, 195,201 Clarendoo , u, 569 {■2) Journ. , 25 février, 21 mar». Lord», 387, 303.

1° l-a re'.igion étant considérée comme le premier des devoirs, renverser le papisme et l'idolâtrie, purger l'figlisc de la superstition et de la corruption, était toujours pour le parlement le plus grand et le plus important objet. Ce fut, pour beaucoup de combattants, le principal intérêt de la querelle; ce qui en fit , suivant le langage du temps, «une lutte entre le Christ et l'Antéchrist.» 2° Tout bon protestant avait été élevé dans l'horreur du papisme : ce seul mot avait quelque chose de magique, qui éveillait les préjugés et enflammait les passions des hommes ; et le lecteur doit avoir observé avec quel art et quelle persévérance les chefs patriotes l'employèrent pour conserver l'attachement et rendre plus puissants les efforts de leurs partisans. 11 s'écoulait rarement un jour sans qu'un ordre ou une ordonnance locale ou générale fût publiée par les deux chambres; et il se rendait très-peu de ces ordonnances, même sur les sujets les plus indifférents, où il ne fut point affirmé que la guerre avait été causée dans le principe, et se continuait encore par les papistes, dans le but d'établir le papisme sur les ruines du protestantisme. La constante répétition de cette assertion agissait sur l'esprit du peuple comme une preuve suffisante de l'accusation; et les dénis , les protestations, les appels faits au ciel par le roi, étaient dédaignés et condamnés comme des artifices indignes, adoptés pour tromper les gens crédules et imprudents. Sous l'empire de ces circonstances , les catholiques se trouvèrent exposés aux insultes et à la persécution dans tous les lieux où s'élodait l'influence du parlement ; ils furent contraints, pour trouver de h protection, de se rendre aux quartiers des royalistes, et de combattre sous leurs drapeaux ; ce qui confirma la prévention qu'on avait contre eux , et les exposa à de nouveaux reproches et à des châtiments plus rigoureux.

Mais , bien que les chefs des patriotes, par diverses vues politiques, accrussent la haine de leur parti contre les catholiques, ils ne cherchèrent pas cependant à verser du sang sans nécessité. Us ordonnèrent, à la vérité, la recherche dt s ecclésiastiques catholiques; ils offrirent cl donnèrent des récompenses à ceux qui les découvraient, et gratifièrent parfois les plus zélés du spectacle d'une exécution. Tou-

i tefois , le nombre des prêtres tués pendant le cours de la guerre ne s'éleva pas â plus de trois par année, nombre très- petit , si l'on considère l'agitation de l'esprit public à cette époque (f). Mais ils s'attachèrent beaucoup plus aux propriétés des laïques catholiques , prétendant que, puisque la guerre était occasionnée par leurs intrigues, ses dépenses devaient être dé- ' frayées par la confiscation de leurs terres. On ordonna que les deux tiers de tous les domaines et biens, meubles ou immeubles, de chaque papiste , fussent saisis et vendus au bénéfice de la nation , et que , sous la dénomination de papistes, on comprit toutes les personnes qui, durant un certain temps , auraient logé chez elles des prêtres, auraient été convaincues comme réfractaircs , auraient assisté à la célébration de la messe, souffert que leurs enfants fussent élevés dans la foi catholique, ou refusé de faire le serment d'abjuration , serment nouvellement inventé , par lequel on renonçait aux principaux dogmes de la religion catholique

3° Un autre objet et plus important, c'était la destruction de rétablissement épiscopal, destruction très-vivement désirée par les saints, par tous ceux qui s'opposaient aux cérémonies de la liturgie, ou qui se scandalisaient de la pompe des prélats, ou qui avaient été atteints | de quelque punition par le zèle de ceux-ci pour [ la conservation de l'orthodoxie. Il faut avouer que ces prélats , dans le temps de leur prospérité, n'avaient pas fait usage de leur pouvoir avec douceur; que les poursuites réitérées, dans les cours ecclésiastiques, avaient amené

(I) Journaux , «, 133, 254. Voyei leur* Mémoire* dans Cballoner, u , 20», 319. En 1013, après un jeûne »o- ; leuiiel , on donna l'ordre de saUir tes cinq chapelains de ! la reiue . et de le* rentoyer en France , leur pays natal ; et que tous les objets qui ijarnissiienl ta chapelle à Somerset- llouse fussent brûlé» publiquement. Les ciloyeus furent si édiriés de ce spectacle, qu'ils demandèrent et obtinrent la permission de détruire la croix dorée a theapside. Le lord maire et les écbevins honorèrent cette cérémonie de leur présence , et l'Antéchrist • fut préei- ! pilé dans les flammes , pendant que les cloches de Saiul- ! Pierre sonnaient en volée , et que les hautbois de la nlle jouaient des airs mélodieux sur les plombs de l'église. I La milice fil des décharges de tnousqueterie , et les spec- ; lateurs célébrereut ce triomphe par des acclamations, de ' joie.. Pari. chron., 294, 327.

j (2) Journaux , 17 aoiït. Collection d'ordonnances d'EI- : TOC, 22.

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