‹ Histoire d' AngleterreChapitre 172 sur 307 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

l'irritation et la haine, et que la rigueur des châtiments avait souvent surpassé de beaucoup la mesure de l'offense; mais le jour de la rétribution était arrivé. L'épiscopal fut aboli; une accusation , planant sur la tète de presque tous les évêques, les jeta dans un état d'appréhension continuelle, et partout où les armes du parlement prévalurent, le clergé inférieur souffrit les peines qu'il avait autrefois infligées à ses frères dissidents. Leurs ennemis les accusaient d'immoralité ou d'intentions perfides; et les deux chambres confisquèrent irrévocablement leurs bénéfices au profil des autres ministres, dont les sentiments s'accordaient mieux avec le nouvel étendard de l'orthodoxie et du patriotisme, adopté à Westminster.

Le sort des ecclésiastiques des deux universités fut le même; ces établissement étaient devenus des objets de jalousie et de vengeance pourlespatriotes.il y avait plus d'un sièclequ'ils professaient la doctrine de l'obéissance passive, et depuis le commencement de la guerre , ils avaient plus d'une fois avancé des sommes considérables au roi. Oxford jouissait à la vérité de l'exemption temporaire de la surveillance des vainqueurs; mais Cambridge était déjà en leur pouvoir, et une suite de querelles entre les étudiants et les gens de la ville donna un prétexte suffisant à leur intervention. On caserna les soldats dans les collèges; les vitrages peints et lès ornements des églises furent brisés, et les pensionnaires furent exposés à des insultes et à des injures. Le 22 janvier 1644, on rendit une ordonnance pour la réforme de l'université, et il fut peut-être heureux que cette commission désagréable se trouvât d'abord dévolue à un commandant militaire, le comte de Manchester, dont le goût pour la littérature ajoutait à son peu de disposition pour les actes de sévérité. Sous sa direction , l'université « fut purifiée, » et 6 chefs de chambres furent chassés avec 66 élèves. Manchester se borna à exclure ceux qui s'étaient fait remarquer par leur inimitié pour le parlement, ou qui, saisis de crainte, avaient déjà abandonné la place; mais, après son départ , cette entreprise méritoire fut continuée par un comité, et le nombre des expulsions s'éleva à 200 (1). Ainsi, l'éta-

(1) Journ. des lord*, vi, 389. Id des communes, 20

bassement s'écroula graduellement, l'édifice fut détruit partie par partie, et les réformateurs s'empressèrent d'élever sur ses ruinrs un monument qu'ils regardèrent co mme plus conforme aux lois de I Écriture. Au mois de juin 1643, 120 individus, choUis par les lords et les communes, sous la dénomination de pieux, saints, et judicieux théologiens, furent avertis de se rendre à Westminster ; et, pour que leur réunion eût une conformité plus exacte avec l'assemblée de l'Église écossaise , trente laïques, dix lords, et vingt membres de la chambre des communes, en furent nommésmembresadjoints. Les deux chambres prescrivirent la forme des assemblées et le sujet des débats; elles enjoignirent de prêter un serment d'admission, et l'obligation du secret , jusqu'à ce que toutes les questions eussent été déterminées; et elles ordonnèrent que chaque décision resterait entre leurs mains, et n'aurait aucune valeur jusqu'à ce qu'elle eût été confirmée par leur approbation.

Une partie des théologiens qui furent convoqués se composait d'épiscopaux : par des motifs de conscience ou de loyauté, ils refusèrent d'y assister. Le plus grand nombre consistait en ministres puritains, jaloux d'établir la discipline et la doctrine calviniste des Églises réformées étrangères; et à ceux-ci s'opposait une petite, mais formidable réunion d'ecclésiastiques indépendants, qui, pendant la persécution de l'archevêque Laud , avaient formé des congrégations en Hollande, et avaient profité de l'occasion présente pour revenir de l'exil, et prêcher l'Évangile dans leur pays natal. I* point de la difficulté, entre ces deux partis, était d'une haute importance; car il embrassait dans son résultat la grande question de la liberté de conscience. Les presbytériens cherchaient à établir une gradation d'autorité spirituelle en presbytérials, classes, synodes, et assemblées, accordant à ces divers degrés de juridiction le pouvoir de suprématie , c'est-àdire celui de censurer, de suspendre, dedesi tituer, et d'excommunier les délinquants. Ils soutenaient quece pouvoirétait essentiel à l'Église; que le lui ôier serait mettre en lambeaux la

janvier 1614. Nral. I, m, c. 3. Walkcr, i, 112. Quereta l Uulab. in Mère. Kuab., 178-210.

robe sans coulure du Christ, encourager la desunion et le schisme, et ouvrir la porte à toute espèce de guerres théologiques. De l'autre côté , leurs adversaires prétendaient que toutes les congrégations d'adorateurs étaient égales et indépendantes; que les synodes pouvaient conseiller , mais non commander ; que la multiplicité des sectes résultait nécessairement de la variabilité des jugements humains et de l'obligation d'adorer Dieu selon les règles de la conscience, et que la tolérance religieuse était le droit, par naissance, de tout être humain, quelle que fut sa foi spéculative, ou la forme du culte qu'il préférait (1).

Le poids du nombre et de l'influence se trouvait en faveur des presbytériens. Ils possédaient une immense majorité dans l'assemblée, le sénat, la ville, et l'armée. La ligue et le covenant avaient engagé toute la nation écossaise dans leur cause , et le zélé des commissaires de celte Église , qui avaient aussi séance dans l'assemblée, était un nouveau stimulant pour les efforts de leurs frères d'Angleterre. Les indépendants, au contraire, étaient en petit nombre, mais ils s'efforçaient de compenser la différence par l'énergie et les talents de leurs chefs. Ils ne se trouvaient jamais plus d'une douzaine dans l'assemblée; mais c'étaient des vétérans de la dispute, ardents, intrépides et persévérants, dont l'attachement à leurs doctrines favorites s'était enraciné par la persécution et l'exil, et qui n'avaient pas écliappé à 1 intolérance d'une Église pour se soumettre lâchement à la surveillance d'une autre. Dans la chambre des communes, ils pouvaient réclamer l'assistance du zèle des plus ardents caractères du siècle, de Cromwell, de Sclden, de Saint-John, de Vane, et de Whitelock. Dans la capitale , quelques-uns des plus riches citoyens se déclaraient leurs disciples, et dans l'armée leur pouvoir croissait rapidement par l'accession journalière des soldats les plus religieux et les plus fauatiques. La nature même de la querelle entre le roi et le parlement était faite pour disposer les esprits en faveur de leurs principes. Elle apprenait aux hommes à se méfier des prétentions de l'autorité, à exercer leur propre jugement sur les matières du plus haut intérêt,

II) Baillie, i, Î.O, 131; h, 13,21,37,43 , 61.

et à repousser les chaînes de l'esclavage intellectuel , comme celles de la servitude politique. En peu de temps , les rangs des indépendants se grossirent de l'adjonction des antinomiens, des anabaptistes, des millénaires, des érastiens, et des membres de plusieurs sectes éphémères, dont les noms sont maintenant oubliés. Tous avaient un intérêt commun : la liberté de conscience formait la chaîne qui les liait ensemble (1).

Dans l'assemblée, tous les partis se surveillaient avec jalousie, et s'opposaient avec chaleur aux démarches les uns des autres. Us n'étaient unanimes que sur un petit nombre de questions : le choix des jours d'humiliation et de prière , la destruction des péchés publics et scandaleux, la prohibition des calottes et des surplis, la suppression des orgues des églises, et la mutilation ou la démoli! ion des monuments qu'on regardait comme superstitieux ou idolatriques , étaient des points également appropriés à leurs sentiments, et qui satisfaisaient également leur zèle et leur fanatisme (2). Mais, lorsqu'ils en vinrent à l'objet plus important du gouvernement de l'Église, l'opposition se montra violente et opiniâtre ; les jours, les semaines se consumaient en débats inutiles.

L'Église d'Écosse fit des remontrances; la chambre des communes les avertit, mais en vain, et pendant plus d'une année la persévérance des indépendants combattit l'ardeur et l'iufluence de leurs nombreux adversaires. Accablés enfin par la force réelle de ceux-ci, ils eurent recours à uu stratagème; et, pour détourner l'attention des presbytériens, ils profèrent à l'assemblée de plaider en faveur de la tolérance pour les consciences timorées, tandis que leur associé, Cromwell, obtenait de la chambre basse l'ordre de soumettre le môme objet à un comité, formé de lords, de membres des communes, des commissaires écossais, et de députés de l'assemblée. Ainsi, une nouvelle pomme de discorde fut jetée parmi les combattants. Les lords Say et Whar-

(1) Baillie, 308-408; h, 3, 10,43. Whilelock, 109,

(2) Journaui, 1643 , 5 juillet 1644; 16, 29 janvier ; 9 mai. Journaux de» ternit, vi , 200, 60', 546. Baillie, i, 421; u, 71. Hwliw., v, 358 , 749.

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