CHAPITRE XII
ton, sir Henri Vanc, et M. Saint-John, argumentèrent vivement en faveur de la tolérance; ils furent aussi vivement combattus par la a divine éloquence du chancelier» d'Écosse, par les commissaires de l'Église écossaise, et plusieurs membres du parlement d'Angleierre.
Les passions et l'adresse des parties con tendantes amenèrent de nouveaux délais, et l'année 1644 se termina avant que cette controverse intéressante fût amenée à sa conclusion (1). Dix-huit mois s'étaient écoulés depuis que l'assemblée avait été convoquée pour la première fois; et cependant elle n'avait rien terminé d'important , si ce n'est la composition d'un directoire du culte public, pour régulariser l'ordre du service, l'administration des sacrements, lès cérémonies du mariage, la Visitation des malades, et l'enterrement des morts. Sur tous ces points, les Écossais s'efforçaient d'introduire la pratique de leur propre Église; mais la fierté des Anglais voulait des changements : et les deux partis consentirent à une espèce d'accommodement, où l'on évita soigneusement tout ce qui avait quelque analogie
paisiblement dans la tombe. Mais sa mort fut involontairement causée par l'indiscrétion de celui dont le désir et le devoir étaient de défendre sa vie. Les lords avaient commandé à ce prélat de conférer les bénéfices vacants qui se trouvaient à sa nomination, à des personnes qu'eux-mêmes auraient désignées ; et le roi lui avait défendu d'obéir. La mort du recteur de Chartham (1643,3 févr), dans le Kent, mit sa constance à l'épreuve. Us lords nommèrent une personne à ce bénéfice, Charles une autre; et l'archevêque, pour se délivrer de cet embarras, chercha à remettre sa décision jusqu'à l'époque où le droit de nomination serait échu à la couronne; mais les lords donnèrent un ordre péremptoire ('21 avril), et,quaud il voulut excuser sa désobéissance, ils envoyèrent un message aux communes, pour que l'on s'occupât de son procès. Peut-être voulaient-ils seulement l'intimider; mais ses ennemis profitèrent de l'occasion : un comité fut nommé ; la tâche de • recueillir et de préparer les preuves fut confiée à Prynnc, dont la soif de vengeance, comme celle d'un tigre, ne pouvait être satisfaite que
avec la forme d'une liturgie , et qui , tout en I par le sang de son premier persécuteur (1). Il indiquant des sujets pour le sermon et la ', saisit (31 mai), dans ta cellule du prisonnier, prière, s'en rapportait beaucoup pour le fond, ses papiers, son journal, et même sa défense et entièrement pour la forme , aux talents et à écrite; il rechercha de toutes parts les gens l'inspiration du ministre. En Angleterre , le li- qui autrefois avaient été poursuivis ou punis à vre des prières communes fut aboli , et le a di- la requête de l'archevêque ; et il appela tous les rectoire» y fut substitué par ordonnance des citoyens à remplir leur devoir envers Dieu et deux chambres ; en Écosse, on prescrivit de le leur pays , en déposant des crimes de l'ennemi suivre également dans toutes les Églises, au commun de l'un et de l'autre, nom de l'autorité réunie de l'assemblée et du parlement (2).
A la destruction de la liturgie succéda un nouveau spectacle, la décapitation d'un archevêque. Le nom de Laud , durant les quinze premiers mois écoulés depuis son accusation, avait à peine été prononcé, et ses amis commençaient à nourrir l'espoir qu'au milieu du bruit des armes ce vieillard pourrait être oublié, ou qu'on lui permettrait de descendre
(1) Baillie, n, 57, 61,62,66,68. Journ. , 13 sept. , 21 janvier; des lords, 70.
(2) Baillie , i . 408, 413, 440 ; n . 27, 31 , 33, 3rt, 73, 74 , 75. Rusbw., v,785. Journaux , 21 septembre, 26 «or. ; i, 4 janvier, 4 mars. Journaui des lords, 110-121. Voyiz les «Confessions de foi , etc. , dans l'Éfilise d'Écosic , . 159 101.
Au bout de six mois (23 oct.), le comité était parvenu à ajouter dix nouveaux articles d'accusation aux quatorze déjà présentés. Quatre mois plus lard ( 1644, 8 mars), les parties étaient prêtes à procéder au jugement , et , le 12 mars 1644, plus de trois ans après son emprisonnement, l'archevêque se vit en face de ses persécuteurs, à la barre des lords.
Je n'essayerai pas de conduire le lecteur à travers le labyrinthe de ce long et fastidieux procès, qui remplit vingt et un jours, dans le cours de six mois. Les divers articles présentés par les communes pourraient se réduire a trois : que Laud avait cherché à détruire les droits du
(l) Hi«ioire de Laud, écrite par lui-même d«>.us la Tour. 200 206.
parlement, les luis, et la religion de la nation. Pour soutenir ces points, toutes les preuves que pouvaient accumuler l'adresse et l'habileté dcPrynne, furent rassemblées. Les conversations familières et les écrits secrets du prélat avaient élésévèrement examinés; et sa conduite, en public et en particulier, comme évéque et comme conseiller à la chambre éloilée et à la cour de haute commission, avait été assujettie aux recherches les plus rigoureuses. Malgré tous ces avantages, il se défendit avec courage, et souvent avec succès. Il démontra que beaucoup de témoins étaient ses ennemis personnels, ou qu'ils étaient indignes de croyance ; que ses paroles et ses écrits pouvaient recevoir une interprétation moins offensive et plus probable , et que la plupart des faits qu'on lui reprochait ou étaient les actes de ses officiers, qui seuls devaient en être responsables, ou la décision commune des bureaux, dont il n'était qu'un des membres (1). Jusqu'ici (Il oct.), il avait dirigé sa défense sans le secours des gens de loi. Lesv lords lui accordèrent des avocats pour les matières de droit. Ceux-ci soutinrent qu'aucun des délits allégués contre lui ne constituait la haute trahison ; que leur nombre ne pouvait changer leur qualité; qu'un système conçu pour renverser les lois , ou la religion, ou les droits du parlement, n'était considéré comme trahison par aucun statut, et que l'accusation d'un délit si vague et si indéfini ne devait jamais être admise ; qu'autrement la plus légère transgression pourrait, sous cette dénomination, devenir le le plus grand crime connu de la loi (2).
Mais les communes, soit qu'elles se méfiassent du patriotisme des lords, soit qu'elles doutassent de la possibilité de prouver la culpabilité du prisonnier, avaient déjà résolu de procéder par bill de proscription ou d'attainder. Après la seconde lecture de l'ordonnance, elles mandèrent le vénérable prisonnier à la barre, et ordonnèrent à Brown, un des commissaires, de récapituler devant lui toutes les preuves qui le condamnaient , avec ses réponses. Quelques jours après , on le rappela, et on lui permit de
(1 ) Comparez le récit fait par lui-même de «on procès , 220-421 , avec la portion publiée par Prynne, tous le titre de • Jugement de Canterbury, . 1646, et llushw. , v,
(2; Voyez rilistoire de Laud, 4-»3
parler pour sa propre défense (1 1 nov.). Après son départ , Brown fit une longue réplique ; et la chambre , sans autre examen, adopta le bill d'attainder, et le condamna à subir le châtiment destiné à la haute trahison (1). Le lecteur ne manquera pas d'observer cet oubli révoltant des formes de la justice. Ce n'était pas ici le cas du comte de Strafford : les communes n'avaient pas été présentes au procès de Laud; elles n'avaient pas entendu les dépositions des lémoimt, elles ne les avaient pas même lues : elles prononcèrent le jugement sur la foi du rapport partial, et non affirmé par serment, fait par leur propre avocat. Un tel procédé, si subversif de tout droit et de toute équité, eut été hautement répréhensible en tout tribunal , ou toute autre réunion ; il méritait la sévère réprobation dans cette chambre, dont les membres se disaient les ebampionsde la liberté, et étaient actuellement armés contre le souverain, pour conserver, disaient-ils, les lois, les droits , et les libertés de la nation.
Afin de hâter les lenteurs de la chambre des pairs, les ennemis de l'archevêque curent recours à leur moyen ordinaire : leurs émissaires déplorèrent les délais qu'on apportait à la punition des criminels , et le défaut d'unanimité entre les deux chambres. On suggéra arlificieusèment, qu afin d'y remédier, les lords et les communes eussent à se réunir et à donner leurs voix dans une seule assemblée ; et une pétition, qui contenait ces divers points, fut préparée et mise en circulation par toute la ville, pour obtenir des signatures. Ces manœuvres réveillèrent le courage des pairs (29 nov.) : ils menacèrent de punir ceux qui troublaient ainsi la paix; ils répondirent avec dignité à un message insultant des communes, et dédaignant les clameurs de la populace, ils passèrent plusieurs jours à comparer les preuves des commissaires avec la défense de l'archevêque. Enfin, dans une séance de quatorze membres (17 déc), la majorité le déclara coupable de certains actes ; mais s'en rapporta aux juges pour déterminer la qualité du délit. La réponse des juges, conçue avec beaucoup de circonspection , portait que rien de ce dont il avait été convaincu n'était
(1) Journ. . 31 oct. , 2, 1 1, 16 nov. Histoire de Laud ,