‹ Histoire d' AngleterreChapitre 174 sur 307 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

dlclaré trahison par une loi fondamentale; et qu'en ce qui concernait la loi du parlement , la chambre seule en était le juge compétent. Dans ces circonstances, les lords informèrent les communes que, jusqu'à ce que leurs consciences fussent suffisamment éclairées, ils se feraient un scrupule d'adopter le bill d'attainder (I) (•23 déc).

C'était la veille de Noël; et, pour prouver que la nation avait secouéje joug de la superstition, la fêle fut convertie, par ordonnance des deux chambres, en un jour de jeûne et d'humiliation publique (2). Il y avait beaucoup de politique dans la fréquente répétition de ces observances de dévotion. Les ministres, recevant préalablement leurs instructions des chefs des patriotes, adaptaient leurs prières et leurs sermons aux circonstances du moment, et ne manquaient jamais d'ajouter, par quelque nouveau stimulant , au fanatisme de leurs auditeurs (26 déc.). Dans l'occasion présente, les crimes de l'archevêque offrirent un sujet attrayant à leur éloquence; et le lendemain matin les communes, prenant en considération le dernier message, confièrent à un comité la lâche d'éclairer l'ignorance des lords (2janv.). On leur dit, dans une conférence, qu'il y avait deux sortes de trahisons : les trahisons contre le roi, créées par le statut, et dont connaissaient les cours inférieures; et les trahisons contre le royaume, considérées comme telles par la coutume, et soumises au jugement seul du parlement. Il ne pouvait y avoir de doute que le délit de Laud ne fût trahison de la seconde classe ; et les deux chambres ne rempliraient pas leur devoir, si elles n'y appliquaient la punition qu'il méritait. Lorsqu'on résuma la question, plusieurs des lords se retirèrent, la plupart des autres se laissèrent persuader par le raisonnement des communes, et l'ordonnance d'attainder fut adoptée par la majorité, qui consistait seulement, si le rapport est exact, en six membres (3)(4janv.).

(1) Journ., vu, 76, 100, 111.

(2) Journaux , 106. Dans l'année précédente, les commissaire* écossais avaient «prêché vigoureusement contre la superstition de NoM ; • mais ils n'avaient réussi qu'a persuader aux deux chambres « de profaner ce saint jour en tenant séance, a leur grande joie et à la bonté d'une partie de l'assemblée. * Saillie , i , 41 1 .

(3) Journaux, 126, 120. Commun», 26 déc. Mal -

L'archevêque se soumit avec résignation à son sort (1645, 10 janv.), et parut sur l'échafaud avec une sérénité de contenance et une dignité de maintien qui faisaient honneur à la cause pour laquelle il souffrait, l e cruel supplice de la trahison, après quelques objections, avait été commué en décapital ion , et le cadavre fut livré à ses amis pour être inhumé (1). La triste nouvelle de sa mort fit une profonde impression sur Charles; cependant il s'efforça d'y trouver une nouvelle source de consolation. Il avait péché autant que ses adversaires , en consentant à la mort de Strafford, et il avait éprouvé autant qu'eux la juste vengeance du ciel; mais il était innocent du sang de Laud : tout le crime leur appartenait exclusivement , et il ne pouvait douter qu'ils n'en fussent bientôt punis par l'abaissement de leur parti, et la restauration du trône (2).

Les ennemis mêmes de l'infortuné prélat le regardaient comme un homme savant et pieux, attentif à ses devoirs, et irréprochable dans ses mœurs : d'uneautre part, ses amis ne pouvaient nier qu'il ne fût prompt et vindicatif, absolu dans ses opinions, et inexorable dans ses inimitiés. Pour excuser sa participation aux mesures arbitraires du conseil, et son concours aux décrets sévères de la chambre étoilée, il avait allégué qu'il n'était qu'un seul homme parmi le grand nombre, et qu'il était cruel de rejeter sur la tête d'une seule victime des fautes communes à tout le bureau. Mais on répondit, avec une grande apparence de vérité, que, bien qu'il ne fût qu'uu homme, il était le premier ; que son

beurs de laud, 452. Rushw., y, 781-785. CyprianusAuff., 528. D'après les journaux, il parait que vinffl lords s« trouvaient à la chambre ce jour-la ; mais nous voyons , dans la «Courte relation, imprimée dans ij seconde collection des Traités de Somers, u, 287, que la majorité se composait des comtes de Kent, Pembrocke, Salinbury et Bolingbroke , et des lords Nortta, Gray de Warke et Bruce. Bruce nia ensuite avoir donné sa voix.

(1 ) Plusieurs exécutions avaient précédé celle de l'ar-. cbevéque. Hacmahon , accusé du dessein de surprendre le ebâirau de Dublin, subit la peine de mort le 22 nov. Sir Alexandre Carew, qui s'était engagé a rendre Plymoutb au roi, le 23 décembre; et sir John Ho; bain et son flls, qui, se croyant maltraités par le parlement, étaient entrés en négociations pour la capitulation do Hull , le Ier et le 2 janvier. Lord Macfiuire le suivit le 30 février.

(2) Voyez srs lettres 5 la reine, 14 janvier, dans OEuvres, 145.

HISTOIRE D AMGLETKltllK.

autorité et son influrncc dirigeaient les opinions cl de son souverain et de ?es collègue*, el qu'il ne devait pas s'attendre à échapper à la juste punition de ses crimes, parce qu'il avait été assez habile pour rendre tous les autres ses complices. Cependant l'opinion, la haine religieuse, et non la vengeance politique, le conduisirent à l'échafaud. Si les dévols avaient pu lui pardonner sa conduite comme archevêque, il eût achevé le reste de sa vie à la Tour. Il y avait toutefois peu de différence, à cet égard , entre eux et leur victime. Ils étaient , au même degré que ce prélat, opiuiàtres, inflexibles, intolérants. Aussi longtcmpsqueLaud fut au faite de son pouvoir, la destitution attendait le ministre dissident ; et l'emprisonnement l'amende , et le pilori , étaient le partage assuré de tout écrivain qui osait critiquer les vices réels ou imaginaires de la prélature. Ses adversaires possédaient actuellement toute lïnfluenec; et ils exerçaient leur empire avec la même sévérité sur le clergé orthodoxe de Téta* blissement, et sur tous ceux qui osaient attaquer devant le public la nouvelle reformai ion de la religion. Certainement, le sentiment intérieur des maux de l'intolérance aurait dû leur apprendre à voir d'un œil plus indulgent les erreurs passées de leur adversaire tombé , et à épargner la vie d'un fa blc vieillard , accablé du poids de soixante-douze années, el devenu incapable, par ses malheurs, d'offrir aucune opposition à leur volonté, ou de fournir des secours à leurs ennemis (I).

(1) Je n'ai pat fait mention de l'accusation portée contre lui d'avoir voulu introduire le papisme. Il est certainement prouvé qu'il voulait conserver plusieurs cérémonies reli(ï:ru*f s, consacrées, d'après von opinion, par la pratique de lantiquré chrétienne ; mais, sous tout autre rapport, sa conduite, auiaui que ses écrits, réfute complètement telle imputation. Toutefois, il y a lieu de croire que, dans la solitude de sa cellule, n'a; aitt en perspective que l'échafaud, il eut des pensées plus favorables sur l'rglise catholique. Du moins je trouve Roseni demandant au cardinal fiai berini si, dan* le cas où Laud s'échapp-rait de la Tour, le pape voudraii lui accorder un asile et une pens ou \ Rome 11 se contenterait de 1,000 couronnes. — «Il quale, quando avt-s.se po «testa liberarsi dalle carceri sarebbe i.o voletnicri a • vivere c morire in Roma , couientaiidosi di 1 ,000 suidi « annui. . Barberini répondit que Laud était en si mauvais renom a Rome, où on le reeardail comme la cause de loin les troubles d'Angleterre, qu'il lui faudrait préala-

CIIAPITRE XIII.

Traité d'Uxbridge. — Victoires de Mont rose en É cosse.

— Défaite du roi à Naseby. — Reddition de Bristol.

— Charles enfermé dans Oxford. — Mission de Glamorgan en Irlande. — Il est désavoué par Charles; mais il conclut une paix avec les Irlandais. — Le roi intrigue avec le parlement, les Écossais, et les indépendants. — Il s'enfuit à l'armée écossaise. — Il réfute les concessions demandées. — Il est livré par les Écossais.

Toutes les fois que les hommes risquent spontanément leur vie et leur fortune pour le soutien d'une cause particulière, ils sont accoutumés i mettre un grand prix à leurs services, et s'arrogent ordinairement le droit d'exprimer leurs opinions et d interposer leurs conseils. Aussi les dissensions et les animosités à la cour et dans l'armée de l'infortuné monarque, n'étaient ni moins violentes ni moins dangereuses que celles qui divisaient les chefs .parlementaires. Tous se croyaient des droits aux emplois et aux honneurs que leur devait la reconnaissance du souverain. On ne pouvait faire aucune nomination qui ne trompât l'attente et n'excitât les murmures des nombreux compétiteurs. Partout on entendait des plaintes, on formait des cabales, et souvcntles plans les plus sages étaient censurés «t repoussés par des hommes qui se croyaienlnégligésouoffensés. Lorsque Charles, comme mesure nécessaire, ùta au lord Wilmot le commandement de la cavalerie, et au lord Perey celui de l'arlilleric, il se trouva qu'il n'avait fait qu'aggraver le mal; et le mécontentement de l'armée fut de plus en plus augmenté par la substitution de son neveu, le prince Rupert, dont le caractère sévère et impérieux lui avait

bit ment et de tou e nécessité donner de fories de repentir. Auquel cas il recevrait assistance, quoiqu'une telle assistance dut fortifier I imputation qu'il j i avait toujours eu intelligence entre lui et Rome. «Era i «si cattivo il concetto, cbe di lui avevasi in Roma , cioe «chefosne slato autore di lui te le lorbolenze d'Inghil- . terra , cbe era necessario dasse primo segni ben grandi

• dd suo pemimento. fcd iu tal ca<o sarebbe slato aju-

• lato ; se bene saria paruto cbe nelle sue passa te resolo-

• ziooi se la fosse sempre inksa con Roma. • De l'extrait manuscrit des papiers de Barberini , fait par le chanoine Nicoletti après la mort du cardinal.

Page 1