‹ Histoire d' AngleterreChapitre 175 sur 307 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

attiré la haine générale, à la place ae Rulben , auquel , à raison de ses infirmités, on avait conseillé de se retirer (1).

Une autre source de violente discussion naquit de l'importante question delà paix ou de la guerre, devenue un sujet journalier de dispute dans toutes les sociétés , et de division entre les royalistes. Quelques-uns, en petit nombre il est vrai, et principalement ceux que les deux chambres, par leurs votes, avaient exclus de tout espoir de pardon, prétendaient que le roi ne devait jamais mettre bas les armes, jusqu'à ce que la victoire l'eût mis en état de dicter la loi à ses ennemis; mais les autres, harassés des fatigues et des travaux de la guerre, et alarmé* par le séquestre actuel de leurs biens et la ruine qui menaçait leurs ramilles, désiraient avec ardeur le retour de la paix. Ceux-ci , cependant, se divisèrent encore en deux partis: l'un qui en laissait les conditions à la sagesse du monarque ; l'autre qui, non-seulement conseillait, mais proposait de temps en temps de faire une réconciliation à quelque condition que ce fût , prétendant que, si une fois le roi était assis sur son trône, il regagnerait bientôt toutes les prérogatives qu'il aurait pu perdre. Quant à Charles lui-même, fl avait déjà tant souffert de la guerre, et voyait une si triste perspective devant lui , qu'il n'était pas indifférent à cet objet; mais quoiqu'il fût maintenant préparé à faire des sacrifices que deux années auparavant il eût repoussés avec horreur, il était cependant résolu à ne jamais souscrire à des conditions incompatibles avec son honneur et sa conscience; et il était confirmé dans cette idée par les fréquentes lettres que Henriette lui écrivait de Paris, pour lui rappeler l'infamie dont il se couvrirait lui-même si , comme on le lui conseillait tous les jours, il livrait à la vengeance du parlement les évéques protestants et les royalistes catholiques qui, confiants dans sa parole,avaient tout risqué pour ses intérêts (2). Il avait alors

(I) Clarendon , n , 482, 513, 554.

pt) Telle est la conséquence que j'ai tirée de la lecture de la correspondance entre Charles et la reiue, dans ses Oturres, p. 142-150. Quelques écrivain»- en oui tiré cette conclusion différente, qu'il n'était pas sincère, et que, sous le prétexte de chercher la paix, il était en réalité décidé à continuer la guerre. Il est très-vrai qu'il te préparait à recommencer les hostilités; mais la rai-

assemblé le parlement pour la seconde fois; mais les membres y assistèrent en très- petit nombre , et l'inconvénient en fut plus grand que le bien qui en devait résulter : on fit des motions injurieuses aux sentiments du roi, et opposées à ses vues réelles ; et ce prince , pour se délivrer des plus importuns de ses conseillers, les envoya dans un exil honorable , en les attachant au service de la reine pendant sa résidence en France (1).

L'été précédent, le premier usage qu'il avait fait de ses avantages successifs avait été de renouveler la proposition d'ouvrir une négociation pour la paix. L'armée fut par là convaincue de la disposition pacifique de son souverain; et elle rejeta sur le parlement, et même sur ses propres adhérents, le blâme de la continuation de la guerre. Enfin, après le troisième message, les deux chambres donnèrent à regret un consentement tardif; mais ce

son qu'il en donne a la reine est satisfaisante. • Le peu de probabilité que ce présent traité produise une paix, et l'extrême différence (sinon l'opposition ) qui existe entre les propositions des rebelles et les miennes , que je ne saurai* changer, comme ils ne changeront jamais les leurs, jusqu'à ce qu'ils aient perdu tout espoir de l'emporter par la force. » P. 146. fct je ne vois aucune preuve que Charles ait été gouverné , comme on l'a prétendu , par ta reine. Il prenait certainement ses résolutions sans la consulter, et si quelquefois elle exprimait son opinion a ce sujet, ce n'était pas plus que toute autre frntme n'eût fait dans sa position. .Je n'ai rien a dire, si ce n'est de vous prier d'a\oir soin de votre honneur , et si vous avez une paix , que ce soit une paix durable ; et , s'il arrive autrement, de ne pas abandonner ceux qui nous ont servis, de peur qu'ils ne vous abandonnent à leur tour dans la nécessité. Aussi je ne vois pas comment vous pouvez être en sûreté sans un régiment de cardes; quant à moi. je crois que je ne puis l'être , connaissant l'inimitié qu'il» ont contre moi et ma religion , dont j'espère que vous aurez soin également. Mai», â mon avis, la religion eu la dernière chose sur laquelle vous devriez traiter ; car si vous vous accordiez sur les mesures de sévérité contre les catholiques, cela découragerai! ceux-ci et les empêcherait de vous servir ; et si en*uite il n'y avait pas de paix , vous ne pourrie/, jamais attendre des secours ni de l'Irlande ni de quelque autre prince catholique; car ils croiraient que vous les abandonneriez après vous en être servi pour vous-même» P. 142, 143.

(1) Voyez les lettres dans les Œuvres de Charles, 142- 148. .Je dois bien m'attendre à être réprimandé par toi d'avoir souffert que lu fusses tourmentée par eux ( Wilroot étant déjà la , Percy en roule , et Sussex à peu j de jours du moment de se mettre en voyage) ; mais je

sais que tu ne crains pas un peu de peine pour m I vrer d'un grand inconvénient.. Ibid. 150.

ne fut qu'après avoir reçu de l'Écosse les propositions volées d'avance, comme les seules bases d'une réconciliation durable ; après avoir approuvé les amendements suggérés par leurs alliés, et rempli les blancs de la spécification des actes de parlement qui devaient être adoptés, et des noms des royalistes qu'on devait excepter de l'amnistie, il était évident pour tout homme raisonnable, dans l'une ou l'autre armée, que s'en référer à de telles bases de paix , c'était en réalité proclamer des hostilités perpétuelles (1) : mais le roi, de l'avis de son conseil, consentit à en faire le sujet d'un traité, pour deux raisons : afin de découvrir si la résolution des deux chambres était d'adhérer sans aucune modification à de si hautes prétentions, et d'éprouver s'il ne serait pas possible de Rainer une des deux factions, les presbytériens ou les indépendants, ou du moins d'entretenir la discorde entre eux, en leur fournissant de nouvelles causes de dissension (2).

A Uxbridge, dans les quartiers parlementaires, les commissaires des deux parlements se réunirent (30 janv.). Ceux du parlement avaient reçu l'ordre de n'admettre aucune modification à la substance même des propositions déjà arrêtées ; de se borner a prouver que leurs demandes étant conformes à la raison , d'après cela , on ne pouvait les refuser; et d'insister pour que les questions sur la religion, la milice, et l'Irlande, fussent chacune successivement débattues, durant le terme de trois jours, et ainsi à tour de rôle, jusqu'à ce que les vingt jours fussent expirés, époque à laquelle, si aucune convention n'était signée, le traité serait terminé. Ils demandaient que l'épiscopat fut aboli, et que le directoire fût substitué au lieu du livre des

(1) Journaux, vu , 53 I*» auteur* ménirs des proportion» ne s'altet.da eut pas à ce que le roi s'y soumit jamais. Raitlie , u , 8, 43, 73.

(2) Charles te persuada alors qu'il devait s'adresser aux deux chambres, en se servant de la formule de • les lords et les communes assemblés dans le parlement d'Angleterre à Westminster, ■ au lieu de • les lords et les communes du parlement assembles à Westminster,» qu'il avait autrefois employée. Journaux, vu ,91. Il dit qu'il ne l'aurait pas fait , s'il avait pu trouver deux personnes dans te conseil pour le soutenir. OEuvrcs, 144. d'Evelyn, u, App.,90.

prières communes; que le commandement de l'armée et de la marine fût remis aux deux chambres, et confié par elles à certains commissaires à leur nomination ; que la suspension d'armes, en Irlande, cessât, et que les hostilités fussent immédiatement reprises. Les commissaires du roi répondirent que sa conscience ne lui permettait pas de consentir au changement proposé dans le culte religieux; mais qu'il voulait bien coopérer à une loi qui restreindrait la juridiction des évèques dans les bornes les plus étroites, accordant toute la tolérance raisonnable aux consciences timorées, et levant sur les propriétés de l'Église la somme de 100,000 liv. . pour la liquidation des dettes publiques : qu'au sujet de l'armée et de la marine, il était prêt a faire des concessions considérables, pourvu que le droit de l'épée, après un certain période, lui revint à lui et à ses successeurs ; et qu'il ne pouvait pas, honorablement, rompre le traité irlandais, qu'après une mûre délibération il avait souscrit et ratifié. On perdit beaucoup de temps en débats sur les mérites comparatifs des formes épiscopales et presbytériennes dans le gouvernement de l'Église, et en accusations et récriminations sur les véritables auteurs de la détresse et de la nécessité qui avaient amené la cessation d'armes en Irlande. Le vingtième jour, rien n'avait été conclu ('2*2 févr.) ; la proposition de prolonger la négociation fut rejetéc par les deux chambres ; et les commissaires retournèrent à Londres et à Oxford. Les royalistes avaient cependant découvert que Vane, Saint-John, et l'rideaux. étaient venus à Uxbridge, moins pour traiter que pour surveiller la conduite de leurs collègues, et qu'il existait une différence d'opinion inconciliable entre les deux partis : les presbytériens voulant la restauration de la royauté, pourvu qu'elle s'accomplit avec toute sûreté pour eux-mêmes, et avec l'établissement légal de leur culte religieux, tandis que les indépendants ne cherchaient que le renversement total du trône, et l'extinction des privilèges de la noblesse (1).

Les deux partis en appelèrent de nouveau à l'épée, mais avec une perspective bien diffé-

(t) Voyelles Journaux, tu, 163, 166,169,174,181, IttS, 21 1 , 231 , 230, 242, 264 Clamtdon , u, 578, 610.

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