‹ Histoire d' AngleterreChapitre 176 sur 307 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

rente : du côlé des royalistes, lout était sombre et trisle; du côté du parlement, tout était serein et brillant. Le rot avait tiré beaucoup moins d'avantage qu'il n'attendait de la suspension d'armes en Irlande ; il n'osait rappeler le gros de son armée avant d'avoir conclu une paix avec les insurgés , et ceux-ci , instruits de sa situation difficile, combinèrent des demandes qu'il ne savait comment concilier avec une offre de secours qu'il ne voulait pas refuser; ils demandaient la liberté religieuse, le rappel de la loi de Poyning, l'institution parlementaire de leurs États, et une amnistie générale, avec cette exception , qu'une enquête serait faite sur tous les actes de violence et d'effusion de sang, non conformes aux usages reconnus de la guerre , et que les coupables seraient punis selon leurs mérites, sans distinction de parti ni de religion. Le premier article étaiteclui qui présentait les plus grandes difficultés. Les Irlandais s'appuyèrent de l'exemple de l'Écossc; ils ne demandaient pas plus qu'on n'avait accorde aux covenantaires ; ils avaient certainement autant de droit au libre exercice du culte qui avait été le culte national pendant plusieurs siècles , que les Écossais à rétablissement exclusif d'une forme de religion qui n'existait pas encore depuis cent ans; mais Charles, outre ses propres scrupules, craignait d'irriter les préjugés de ses sujets protestants ; il savait que beaucoup de ses propres adhérents regarderaient cette concession comme un acte d'apostasie, et il conjura les députés irlandais de ne pas solliciter ce qui devait lui être préjudiciable à lui-même, par conséquent à eux ; qu'ils le missent d'abord en état de se rendre maître de leurs ennemis communs , qu'ils le missent eu position de les rendre heureux , et il les assurait , sur sa parole de roi, qu'il ne tromperait pas leurs justes espérances (!)■ Us ne se contentèrent pas cependant de si vagues promesses, qu'il pouvait ensuite interpréter à sa convenance royale; et Charles , pour rejeter tout l'odieux de la mesure sur ses conseillers irlandais , transféra la négociation a Dublin, où elle devait être continuée par le nouveau lord lieutenant, le marquis d'Ormond. Ce seigneur fut d'abord laissé

(1) CJarendon, Rébellion irlandaise, 25.

à ses propres décisions, ensuite il fut autorisé à promettre la non-exécution des lois pénales pour le présent, et leur révocation lors du rétablissement de la tranquillité ; et enfin , à stipuler pour leur révocation immédiate, s'il ne pouvait autrement subjuguer l'obstination, ou détruire les soupçons des insurgés. Le traité d'Uxbridge avait découvert aux yeux du monarque l'abîme qui s'ouvrait devant lui : il avait vu que le but de ses adversaires était la subversion totale de la religion et du pouvoir royal , et il commanda à Ormond de conclure la paix, quoi qu'il en pût coûter , pourvu qu'elle assurât les personnes et les propriétés des protestants irlandais, et le plein exercice de l'autorité royale dans l'île (1).

En Ecosse, une diversion inattendue, mais passagère , s'était opérée en faveur de la cause royale. Les comtes, ensuite marquis, d'Antrim et de Monlrose , s'étaient réunis à la cour à Oxford ; Mont rose ne le cédait en talents qu'à peu d'hommes, et en ambition à aucun. Il avait d'abord combattu dans les rangs des covenantaires; mais, rougissant d'être commandé par un sujet, il avait offert ses services à Charles, et il aspirait à la gloire de rétablir l'influence des royalistes en Écosse. D'abord, tons ses plans furent déjoués par la jalousie ou la prévoyance d'Hamilton; mais Hamilton tomba graduellement, et Montrose s'éleva pro-

(1) L Ormond de Carie, n, App., xn , xit, xv, xviiï, cccxrxi. Il exprime ainsi ses raisons au lord lieutenant : • Comme il est maintenant manifeste que les rebelles annlaisont , autant qu'il est en leur pouvoir, donné leeoromandrment de l'Irlande aux Écossais (ils avaient créé l.eslie, comle de Lcven, commandant en cbeF de toutes les forces anglaises et écossaises en Irlande) ; que leur but est la subversion totale de la religion et du pouvoir royal, et que rien autre chose ne les contentera, pour acheter là paix ici, je me crois obligé, en conscience, de ne pas laisser échapper les moyens de ramener ce royaume (s'il est possible) entièrement sous mon obéissance, et de ne pas perdre les secours que je pourrais attendre de mes sujeu irlandais, pour des scrupules qui, dans une situation moins pressante, pourraient raisonnablement m'arrêter... Si elle peut s'effectuer par la suspension de l'acte de Poyning, par les bilis dont vous serez convenus avec eux, et la suppression, par une loi, de lois pénales conlre les papistes, je ne la croirai pas un mauvais marché, pourvu qu'on s'engage franchement et vigoureusement a me secourir contre mes rebelles d'Angleterre et dteosse, a l'égard desquels aucune condition ne peut être trop dure, si elle n'e*l pas contre la conscience et l'honneur.» Œuvres de Charles, 149, 150.

porlionucllement dam» l'oslimc de son souverain (1). Antrim, son compagnon, élait faible et capricieux, mais fier de son importance imaginaire , et prêt ù s'engager dans des entre- i prises pour lesquelles ni ses moyens, ni ses ; talents netaient suffisants. Il avait échoué dans : sa première tentative, pour surprendre le château de Dublin : il était deux fois tombé dans les mains des Écossais de ITlstcr , et s'était deux fois échappe. Cependant sa loyauté ou sa présomption ne diminua point, et il était venu à Oxford pour offrir une troisième fois ses services. Antrim cl Montrosc s'étaient déclarés ennemis personnels du comte d'Argyle, nommé par les étals écossais lieutenant du royaume, et ils arrangèrent promptement un plan, qui avait le double mérite de combiner l'inlérôl du roi avec la satisfaction d'une vengeance particulière. Ayant obtenu la commission royale (2) (1644, 8 juill.\ Antrim se rendit ; en Ulstcr, leva 11 ou loOO hommes parmi ?cs vassaux , et les envoya sur la côte opposée de l'Écosse, sous les ordres de son parent, sir Alaster Macdonald , surnommé Colkillo. Ils débarquèrent à knoydart ; la destruction de leurs bâtiments à Loch Eishord par une flotte ennemie les priva des moyens de retourner en Irlande; Argylc surveilla soigneusement leurs mouvements avec une force supérieure. Ils ne reçurent aucune aide des royalistes écossais; cependant Macdonald s'avança jusqu'à Badenoch, faisaut subir de rudes échecs aux covenantaires , mais exposé à la destruction par la multitude croissante de ses ennemis. Au même

<l) Voyez les accusations contre Ilamilton, et ces réponces dans 1rs Mémoires de Burnct , p. 250. On avait remarqué qu'il s'arrangeait toujours de manière à être bien avec les patriotes écossais, ce qui jeta de tels soupçons sur sa Bdélité, que Charles ordonna qu'il fat arré.é à son arrivée a Oxford, I G décembre 1643, et qu'il fût renfermé au cnaieau de Pendennrs, dans le Cornwall. Son frère, Lanerir, fut pris avec lui, mais il parvint à s'échapper. Clareodon, n. 45$.

(2; Il était autorisé à traiter avec 1rs catholiques confédéré» pour 10,000 hommes; si leurs demandes étaient trop élevées, il devait lever autant d'hommes qu'il pourrait, et les envoyer au roi, emprunter 2,000 hommes pour les débarquer en Écosse, et offrir à Monroe le commandant écossais, le rang de comte, et une pension de 2,000 liv. par an. s'il voulait se joindre avec son armée aui royalistes, 20 janvier 1644. Mém. deC'arendon, h,

temps, Montrosc (l 3 avril), avec le rang de lieutenant général, avait déployé l'étendard royal à Dumfries, mais avec si peu de succès qu'il précipita sa marche sur Carliste, où, par divers exploits brillants, il rendit de tels services à la cause royale , qu'il rcçnt le titre de marquis de la gratitude du monarque. Mais la fatale bataille de Marston Moor le détermina à tourner ses pensées vers l'Écosse. Ayant ordonné a ses compagnons de se diriger sur Oxford, au bout de trois jours, il atteignit , déguisé en domestique, le pied des monts Grampians(leT août): là il reçut avis des mouvements de Macdonald, et lui ordonna de venir le joindre dans le comté d'Atholc. Au château de Blair, qui s'était rendu aux étrangers , les deux chefs se rencontrèrent ; Montrose prit le commandement , publia la commission royale , et appela les États voisins à se ralliera l'étendard royal. Les Écossais, qui avaient dédaigné de servir sous un étranger, accoururent avec empressement. Au grand étonnement des covenantaires , une armée parut sortir de dessous terre dans le lieu le plus éloigné du danger; mais c'était une armée mieux disposée à une invasion de pillards qu'à une guerre permanente. De temps en temps elle s'accroissait de plusieurs milliers d hommes, souvent elle se réduisait à la bande originaire d'Irlandais, conduits par Macdonald. Ceux-ci, n'ayant d'autre ressource que leur courage, s'attachèrent fidèlemeut à leur vaillant chef, dans toutes les vicissitudes de sa fortune. Les montagnards, afin de mettre en sûreté le produit de leur pillage, le quittèrent souvent pour fuir devant la masse supérieure de ses ennemis.

Le premier qui osa faire tête aux royalistes t sur le champ de bataille ( lCT sept. ) fut le lord Elcho, dont la défaite à Tippermuir donna aux vainqueurs la ville de Pcrth , avec une abondante provision de munitions de guerre et de vivres ( 12 sept.). Ils marchèrent de Pcrth vers Abcrdcen. Le lord Burley, avec son armée, s'enfuit a la première charge, et les poursuivants entrèrent dans la ville avec les fugitifs. I>es citoyens avaient éprouvé les rigueurs de Montrose, quand il combattait pour le covenant : ils ne le trouvèrent pas moins vindicatif lorsqu'il commanda pour la couronne. Le pillage dura quatre jours; les1

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