CHAPITRE XIII
montagnards disparurent avec leur butin, et Argyle s'approcha avec une force supérieure. Monirosc, poursuivi par l'ennemi, conduisit ses Irlandais ù Banff, s'avança le long de la rive droite de laSpey, traversa les montagnes de Badenoch, marcha à travers lecomté d'Athole, jusque dans le comté d'Angus, et fit face aux Écossais au château de Fyvie, dont il s'était emparé. Les covenantaires se virent repoussé* dans toutes leurs tentatives pour enlever sa position sur le sommet dune montagne. L'ennemi s'étant retiré, il annonça à ses compagnons son intention de chercher un asile dans les Highlands; les rigueurs de l'hiver chassèrent ses allies des basses terres, et Mont rose lui-même, accompagné de ses plus fidèles adhérents, gagna sans opposition les passes d'Athole.
Enchanté de la disparition des royalistes, Argyle, licenciant ses troupes, fil une courte visite à Edimbourg, et se relira dans son château d'Inverary, où il se reposa en sfirctë , au milieu de montagnes qui semblaient impraticables pour une armée. Mais ni les obstacles de la nature, ni l'inclémence de la saison, n'arrêtèrent l'impétuosité de Mont rose. Il pénétra par des défilés obstrués de neige ( 13 déc), força son ennemi à se sauver en bateau sur le Lochtync , et employa sept semaines à assouvir sa vengeance sur les domaines et les vassaux du fugitif. La honte et la colère ramenèrent encore une fois Argyle sur le champ de bataille ( 1645, 2 févr.). Il atteignit les pillards à Innerlorchy, dans le Lochabar ;mais, craignant la bravoure de* Montrose, il refusa de prendre part au combat; et, d'un bateau au milieu du lac, il vit l'arrivée de l'ennemi , le choc des combattants, et la déroute de ses gens. Les vainqueurs dirigèrent alors leur marche sur Elgin,et d'Elgin sur Abcrdcen, ravageant sur K ur passage les terres des covenantaires; et Dundee eût cédé à leurs attaques répétées, si une nombreuse armée ne se fut approchée, formée de nouvelles levées , mêlées aux vétéran* des troupes écossaises, d'Angleterre, et d'Irlande, sous les ordres de Baillie (i avril). Dundee fut sauvé , et les royalistes regagnèrent, par des marches rapides, leurs montagnes du nord. Telle fut la campagne courte , mais pleine d'événements, de Montrose. Ses victoires, exagérées par la renommée, et em-
bellies par l'imagination des auditeurs, jetèrent un éclat faible et trompeur sur la cause déclinante de la royauté; mais elle ne rendirent aucun autre service. Son passage fut celui d'un météore, desséchant tout dans sa carrière. Dans tous les lieux où il parut, il accabla les habitants de tous les maux, mais il ne fit aucune conquête permanente. Il apprit aux covenantaires à trembler a son nom; mais il ne fil rien pour arrêter cette ruine qui menaçait le trône et ses adhérents (1).
Cependant l'Angleterre était la véritable arène où la querelle devait se décider; et en Angleterre le roi se trouva bientôt lui-même dans l'impossibilité de combattre ses ennemis. Il possédait encore environ un tiers du royaume. Depuis Oxford , il étendait son empire presque sans interruption jusqu'à l'extrémité du Cornwall. Les Galles du nord , à l'exception des châteaux de Pembroke et de Montgomery, reconnaissaient son autorité, et l'étendard royal était encore déployé dans plusieurs villes des comtés intérieurs (2). Mais son armée, sous le commandement nominal du prince de Galles et les ordres réels du prince Rupert , se subdivisait en une multitude de petites garnisons, et languissait dans un état d'insubordination alarmante. Les généraux, partagés en factions, osaient désobéir aux ordres royaux , et refusaient de servir sous un adversaire ou un rival; les officiers se livraient à toute espèce de débauches; les simples soldats vivaient à discrétion , et les troupes royales se rendaient encore plus terribles à leurs amis, par leur conduite licencieuse , qu'à leurs ennemis par leur valeur (3). Leurs excès provoquèrent de nouvelles associations dans les comtés de Wilts, Dorset, De von, Somerset, et Worcester, connues sous la dénomination de clubs, dont le premier but était la protection des propriétés particulières, et l'infliction d'une punition immédiate aux
(1) Voyez Rusvorlh, v, 928-932; vi,228. Cutliry, 162-183. Baillie , 11 , 64 , 65, 92-96. Clarendon , u , C06- 618. WUhart , 67-110. Joui u. , vu , 6C6
(2) Ru«bw., vi, 18-22.
(3} Clareodon , u , 60Î , 633 , 636 , G42 , 66 1 , 668. • I es hommes de bien sont tellement scandalises de l'affreuse impiété de nos armées, qu'ils ne veulent pas croire que Dieu puisse bénir aucune cause qui soit en de telles mains. • Lord Colepeper a lord Dioby. Mémoires de Clarendon, n, 189. L'OratoDd de Carte ui , 396-399.
pillards qui appartenaient à l'une ou 5 l'autre armée. Ces associations furent encourages cl organisées par les gentilshommes du voisinage. On rassembla des armes de toute espèce pour leur usage, et souvent elles se réunirent au nombre de 4, 6, et même 10,000 hommes. Leur confiance en leurs propres forces , cl les insinuations de leurs chefs leur apprirent à étendre leurs vues : elles invitèrent les comtés adjacents à suivre leur exemple, et elles songèrent à terminer forcément la guerre dénaturée qui dépeuplait la contrée. Mais tout en professant la plus stricte neutralité entre les parties contondantes, leurs réunions excitèrent des soupçons bien fondés de la part des chefs parlementaires, qui, dès qu'ils purent le faire sans danger, déclarèrent que ces associations étaient illégales, et ordonnèrent de les dissoudre par la force militaire (I ).
D'un autre côté, l'armée du parlement avait été formée de nouveau, selon l'ordonnance. I>es membres des deux chambres avaient résigné leurs commissions, l'exception d'un seul individu, celui même qui avait imaginé la mesure, le lieutenant général Cromwell. Ce fait a été allégué par quelques écrivains comme une preuve de l'hjbilcté consommée de cet aventurier, qui cherchait à éloigner de sa route tous les nommes placés entre lui et l'objet de son ambition ; mais la vérité est que sa continuation dans le commandement fut la suite d'une
11) Clarcndon , ii , 665. Whitelock, 4, Il , 15 mars. Kushw., vi, 52, 53, CI, 62. Mais le meilleur rapport «tir tes clubisles se trouve dans une lettre de Fairfax au comité des deux royaumes, conservée dans les Journaux des lords, vu, 184. Ils portaient des rubans blancs pour se distinguer-, ils empêchaient autant qu'il leur était possible toutes les hostilités entre 1rs soldais des parUs opposés. Ils rédigèrent deux pétitions , avec les mêmes expressions, l'une pour être présentée au roi, l'autre au parlement , les priant de conclure une paix , et en attendant de retirer du pays leurs garnisons respectives, s'engagrant a prendre possession des diverses forteresses cl châteaux , et à ne les remettre que sur une commission signée a la fois du roi et du parlement. Fairfax observe que • leurs chefs avaient fait un service actif dans l'armée du roi, où ils étaient connus pour favoriser son parti. Dans les deux comtés de Wilts et de Dorset, ils sont beaucoup plus attachés à l'ennemi qu'au parlement. Je ne sais pas ce qu'ils pourraient tenter. • Ibid. « Enfin les deux chambres déclarèrent toutes personnes qui se réuniraient en armes , sans autorité , traftres à ta république. • Journaux , vu, 549.
série d'événements qu'il ne lui était pas possible de prévoir, llavait étéenvoyéavec Wallcr, pour s'opposer aux progrès des royalistes dans l'ouest. A son retour, il reçut l'ordre d'empècher la jonction de la cavalerie royale avec les troupes, réunissous les ordresdu roi, et on lui dorina alors la commission de protéger les comités associés contre toute insulte. Pendant qu'il était employé à ce service, le terme fixé par l'ordonnance approcha. Mais Fait-fax exprima sa répugnance à se séparer, dans une telle crise, d'un officier si expérimenté, et 1rs deux chambres consentirent à ce qu'il restât quarante jours de plus avec l'armée. Avant leur expiralion, la grande bataille de Nascby avait été livrée; en raison de celte victoire, l'ordonnance fut suspendue trois mois en sa faveur; et dans la suite, la même tolérance fut accordée aussi souvent qu'elle devint nécessaire (l).
11 était évident que l'armée n'avait rien perdu par l'cxclusiou des membres du parlement, et par le changement qui s'était opéré dans son organisation. Les commandants furent choisis parmi ceux qui s'étaient déjà distingués par l'éclat de leurs services et leur dévouement à la cause; les nouveaux régiments étaient formés des soldats qui avaient servi sous Esscx, Manchester, et Waller; cl on avait eu soin de composer la plus grande partie des uns et des autres de celte classe de religionnaircs nommés indépendants. Ces hommes étaient animés d'un enthousiasme dont nous ne pouvons aujourd'hui nous former une idée. Ils partageaient leur lemps entre les devoirs militaires et la prière. Ils chantaient des psaumes en marchant au combat, et invoquaient le nom du Seigneur en massacrant leurs ennemis. Le résultai prouva que le fanatisme était un aiguillon plus puissant que la royauté. Les soldats de Dieu n'avaient pas d'égaux parmi les soldais du roi (2\
Charles fut le premier à se mettre en cam-
(1) Journ. , 27 février, lOmai, 16 juin , 8 août. Jouro. des lords , vu , 420 , 535.
(2) Essex , Manchester, et Denbigh, donnèrent à regret leur démission , la veille du jour ou l'ordonnance fut adoptée. Le premier mourut dans le cours de l'année suivante (14 septembre); et les deux chambres, afin d'exprimer leur respect pour sa mémoire, suivirent ses funérailles, et en payèrent les frais sur le trésor public. Journaux des lord», vm , 508-533.