RE XIII
Mais les leçons de l'expérience étaient perdues pour Rupcrt. Il continua la poursuite avec son impétuosité ordinaire, et tandis qu'il s'éloignait du champ de bataille, la victoire était remportée par la conduite habile d'Olivier Cromwcll.
Ce commandant était lui-même opposé à la cavalerie royale, sous les ordres de sir Marmaduke Laogdale. Le combat se soutint des deux côtés avec une valeur opiniâtre; mais la supériorité du nombre permit au premier de prendre en flanc les royalistes, qui commencèrent à plier, et qui, à la fin, tournèrent le dos et s'enfuirent. Cromwell arrêta prudemment la poursuite, et, laissant quatre escadrons pour surveiller les fugitifs, il dirigea le reste de ses forces contre l'arrière-garde de l'infanterie royale. Ce corps, qui ne comptait que 3,500 hommes, avait jusque-la combattu avec la valeur la plus héroïque, et repoussé la ligne ennemie, à l'exception d'un seul régiment de la réserve; mais cette charge inattendue abattit leur courage, ils jetèrent bas les armes, et demandèrent quartier. Charles, qui avait été témoin de leurs efforts et de leur danger, fit tout ce qui était en son pouvoir pour les sauver : il réunit plusieurs corps de cavalerie, se mit à leur tête, les somma de le suivre, leur assura qu'un effort de plus assurerait la victoire; mais cet appel fut fait en vain : loin d'écouter ses prières et ses ordres, ils s'enfuirent, et le forcèrent à les accompagner. On continua de les poursuivre, avec un grand carnage, jusque sous les murs de Leicester, et l'on compta 100 femmes, dont quelques-unes du plus haut rang, parmi les victimes de cette fuite précipitée. Dans cette fatale bataille, livrée près du village de Naseby, le roi perdit plus de 3,000 hommes, 9,000 fusils, son parc d'artillerie, le bagage de l'armée, et avec cela, son propre cabinet, contenant des papiers particuliers de la plus grande importance. Parmi ces papiers, le parlement fit une collection, qui fut publiée avec des re-
une troupe de cavalerie pour le parlement, au commencemeut de la guerre, cl accepta la commission de capitaine dans l'armée nouvellement organisée. A la requête des officiers, Cromwell avait été dernièrement nommé général de la cavalerie , et , à la demande de Cromwell , Irelon fut fait commissaire général sous lui. Journ. , tu, 42I.R.USUW., vi, 42
HISTOIRE D'ANGLKTKRRE.
narqucs, pour prouvera la nation la fausseté de Charles et l'équité delà guerre (1).
Après cette désastreuse bataille, la campagne ne présenta guère plus que les derniers et faibles efforts d'un parti expirant. Parmi les royalistes, on put à peine trouver un seul homme qui ne déclarât pas que la cause était désespérée, et .si quelques-uns firent encore un peu de résistance, ce fut plutôt dans l'espoir de se procurer des conditions avantageuses que de servir les intérêts de leur souverain. Charles supportait ses malheurs avec un air de grandeur qui fut taxé d'obstination par les esprits découragés de ses adhérents. Comme homme d'État, il connaissait la situation désespérée de sa cause; comme chrétien, il déclarait croire que Dieu ne permettrait jamais que la rébellion prospérât; mais que, quoi qu'il pût en arriver, lui, du moins, agirait comme l'honneur et la conscience lui ordonnaient de le faire ; que son nom ne descendrait pas a la postérité comme le nom d'un roi qui avait abandonné la cause de Dieu, outragé les droits de ses successeurs, et sacrifié les intérêts de ses fidèles et dévoués j adhérents (2). De Le'o slcr, il fil sa retraite surHercford (3 juillet); de Hercford, au château
(1) Sur cetie bataille, voyez Clarendon, h, 655. Rushwortb, vi, 42, et le* Journaux , vu, 433-436. I.a publication des papier» du roi a été sévèrement censurée par se* amis , et non moins vivement défendue par le* avocats du parlement. Si leur contenu était de nolure a justifier la conduite de cette assemblée, je ne vois pas pour quelle raison on se serait attendu a ce qu'on les supprimât. La seule plainte qu'on peut faire raisonnablement, et qui semble bien fondée, est que le choix des papiers, pour l'impression , fut fait avec partialité. Le contenu de ce cabinet resta pendant plusieurs jours entre les mains de* officiers, et alors il fut soumis a l'inspection d'un comité de la chambre basse ; par son conseil , ou choisit certains papiers que l'on envoya aux lords, en leur suggérant de les communiquer aux citoyens, dans la salle commune. Mats les lords voulurent voir le reste ; vingt-deux numéros de plus leur furent en conséquence envoyés; mais on déclarait en même temps que l'on en gardait d'autres qui n'avaient pas encore été déchiffrés. Fjr un ordre des communes, les papiers furent ensuite imprimés, avec une préface qui en contenait certains passais et les anciennes protestations du roi. Journaux , 23, 26 , 30 juin ; 3, 7 juillet. Lords, vu, 4«7, 469. Charles lui-même reconnaît que les documents publiés élaient authentiques (Mémoires d'Evely u , App.,101). Mais il soutient aussi que d'autres papiers, qui auraient servi a expliquer les pacages douteux , avaient été supprimés exprès. Mémoires de Clarendon , n, 187. Voyez Baillie, il, 133.
(2) Bushw ,vi, 132. Clar-MoiLn.*^
de Ragland, appartenant au loyal marquis de Worccster, et de là à Cardiff, afin de pouvoir communiquer plus facilement avec le prince Rupert, à Bristol. Chaque jour lui apportait les nouvelles les plus tristes. Leicester s'était rendu (17 juin) presque à la première sommai ion; ses troupes, sous les ordres de Goriog, seul corps de royalistes qui méritât le nom d'armée, furent défaites par Fairfax, à Lamport; Bridgcwater, qu'on avait regardé jusque-là comme une forteresse imprenable, capitula après un siège de peu de jours : une chaîne de postes, qui s'étendait depuis cette ville jusqu'à Lime, sur la côte méridionale, sépara Devonshirc et Cornwall, ses principales ressources, de toute communication avec le reste du royaume; et, ce qui fut pis encore, les dissensions qui existaient parmi ses officiers et ses partisans, dans ses comtés, ne purent s'apaiser, ni par la nécessité de pourvoir à la sûreté commune, ni par la présence et l'autorité du prince de Galles (1). Pour ajouter à son embarras, ses trois forteresses du nord, Carlisle, Ponlcfracl et Scarborough, qui, pendant dixhuit mois, avaient bravé tous les efforts de l'ennemi, étaient alors tombées, la première (28 juin) entre les mains des Écossais, les deux autres (21 juillet) dans celles du parlement. Sous cette accumulation de malheurs, beaucoup de ses amis, et parmi eux Rupert lui-même, jusque-là le partisan le plus déclaré, de la guerre, le supplièrent (25 juillet), avec instance, de céder à la nécessité, et d'accepter les conditions offertes par le parlement (31 juill.). Il leur répondit qu'i's ne considéraient la question qu'avec les yeux de simples soldats et d'hommes d'Etal; mais il était roi, et il avait des devoirs a remplir, dont aucun changement de circonstances, aucun pouvoir humain ne pouvait l'exempter, pour préserver l'Église, proléger ses amis, et transmettre à ses successeurs les droits légitimes de la couronne ; Dieu était engagé à soutenir sa propre cause; il pouvait, pendant quelque temps, permettre que des rebelles et des traîtres prospérassent , mais il les humilierait à la fin devant le trône de leur souverain (2). Dans celle persuasion, il se
(1) Clarendon, n, 663 et suiv. Rusuw., vi, 50, 55, 57. L'Ormond de Carte , m , 423.
(2) Clarendon , u , 679. Journaux des lords , vu , 0C7.