CHAPITRE XIII
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peignait à lui-même les choses miraculeuses que devait accomplir la bravoure de Montrose en Ecosse; et il attendait avec impatience l'arrivée d'une armée imaginaire de 20,000 hora- . mes, qui venait d'Irlande. Mais il fut bientôt arraché à ces rêves par le mécontentement croissant de la population qui l'entourait, et par le bruit que les Écossais s'avançaient pour assiéger la ville d Hcreford. De Cardiff, il traversa à- la hâte le royaume jusqu'à Newark (21 août); averti que la cavalerie écossaise était à sa poursuite, il quitta Newark, se précipita sur les comtés associés, ravagea les terres de ses ennemis, prit la ville dlluntingdon, et parvint enfin eu sûreté à sa cour, à Oxford (28 août). Ce n'était pas que, dans celte expédition, il eût eu en vue aucunobjet particulier : son unique intention, en errant de place en place, était d'éviter de tomber dans les mains de ses ennemis avant l'hiver. Dans cette saison, la rigueur du temps lut devait fournir une protection suffisante, et il ne doutait pas qu'à l'approche du printemps, les victoires de Montrose, la pacification de l'Irlande, et la compassion de ses alliés étrangers, ne le missent en étal de reprendre l'offensive avec une armée puissante, et les plus flatteuses espérances (1).
A Oxford , Charles entendit parler de la victoire brillante de kilsyth, près de Slirling, remportée par Montrose, qui, tout en ayant été forcé de battre en retraite à Dundee, se trouva encore en état de maintenir sa supériorité dans les Highlands. Le premier qui osa se mesurer avec le héros écossais fut le vieux général Hurry. Mais les assaillants quittèrent le lieu du combat à Auldearn (9 mai) , et Hurry se réfugia lui-même, avec les faibles restes de ses trou-
Trois jours seulement avaDt son armée à Oxford, il écrivit (25 août) une lettre au secrétaire Nicholas arec ordre d'en publier le contenu , savoir, que sa résolution fixe, par la grâce de Dieu, était de ne jamais céder, en aucune circonstance possible , le gouvernement de l'Église aux papistes, aux presbylériens, ou aux indépendants, et de ne pas faire tort a ses successeurs , en renonçant a une partie quelconque du pouvoir ecclésiastique ou militaire que lui avaient légué ses prédécesseurs, et de ne jamais abandonner la défense de ses amis, qui avaient risqué leur vie et leur fortune dans sa querelle. Méra. de Clarendon . u , App., 101.
(1) Clareodoo,ii, 677. Rush won b, vi, 13t. LOrroond de Carie ih , 415 , 416 , 4 18 , 420 , 423 , 427. Baillie , u ,
pes derrière tes murailles d'Inverness. A Hurry succéda Baillie, le commandant en chef, qui n'eut pas plus de succès. Une action sanglante eut lieu à Alfbrd dans le comté d'Abcrdeeu (2 juillet), et quelques fantassins seulement s'échappèrent avec les principaux officiers et la cavalerie. Une nouvelle armée de (0,000 hommes fut réunie; quatre jours furent employés en jeûnes et en prières , et l'armée de Dieu marcha pour fouler sous ses pieds les troupes du roi. Baillie avait pris une position défensive; mais il avait été forcé, si nous en croyons son rapport, d'abandonner son plan, par l'ordre du comité des états. Lorsqu'il se préparait à attaquer, il fut prévenu par Montrose (15 août). Sa cavalerie se rompit au premier choc, l'infanterie prit immédiatement la fuite, et 5,000 hommes périrent, poursuivis dans un espace de 20 milles. Glascow et les comtés voisins sollicitèrent la clémence du vainqueur: les citoyens d Edimbourg lui envoyèrent les prisonniers qui avaient été condamnés, comme adhérents de la cause royale , et plusieurs, nobles, empressés de se ranger sous son étendard, acceptèrent la commission de lever des troupes au nom du souverain (26 août). A cette nouvelle, la cavalerie des Écossais, qui avait atteint Noltingham, recula jusqu'à la Tweed, pour protéger leur propre contrée , et le troisième jour, le roi quitta Oxford, avec 6,000 hommes, pour chasser l'infanterie qui assiégeait Hcreford. Elle n'attendit pas son arrivée, et il fit son entrée dans la ville, au milieu des acclamations joyeuses des habitants.
Maison ne laissa pas Charles jouir longtemps de son triomphe (10 sept.). Plein de confiance, il marcha d'Ilercford au secours de Bristol : au château de Ragland, il apprit que cette ville étail déjà au pouvoir de l'ennemi. Cet événe-
| ment inattendu le découranca entièrement (1). Il lui semblait incroyable qu'un prince de sa fa-
" mille, un officier dont la réputation de cou-
(I) Rusbworth , vi , 230. Gutliry, 194. Baillie, u, 156, 157. Cette défaite embarrassa la théologie de cet nomme savant. «J'avoue que je suis étonné, et ne puis concevoir, à la satisfaction de mon esprit , les raisous de la conduite de Dieu envers celle terre... Que veut faire le Seigneur en nous rabaissant autant contre l'attente des plus clair- ' voyants, et cela de sa propre main ? J'avoue que je ne le
rage et de fidélité élail irréprochable , eût I rendu, au bout de trois semaines de siège, une importante cité, qu'il avait promis de garder quatre mois. Son esprit était tourmenté de soupçons et de jalousie. Il ne savait s'il devait attribuer la conduite de son neveu a la lâcheté, au désespoir, ou à la malveillance ; mais il prévit et déplora l'influence funeste de celte conduite sur le peu qui lui restait de serviteurs (M sept.). Dans l'angoisse de son âme, il révoqua la commission du prince , et lui ordonna de sortir du royaume; il commanda au conseil de veiller sur sa conduite, et, au premier signe de désobéissance , de le mettre en prison; il fit arrêter son ami, le colonel Leggc, et nomma sir Thomas Glcnham pour lui succéder, en qualité de gouverneur d'Oxford, o Dites à mon fils, ajouta t-il , que j'aurais moins de douleur en apprenant qu'il a été frappé à la téte, que de savoir qu'il eût pu commettre une action aussi basse que celle de rendre le château et le port de Bristol aux conditions où ils ont été livrés» (1).
Tandis que le roi déplorait ainsi la perle de Bristol, il reçut d'Écosse des nouvelles plus désastreuses encore. La victoire de Kilsyth avait dissous l'armée royale. Les Gordons avec leurs hommes avaient regagné leurs foyers ; Colkitto avait ramené les Highlands dans leurs montagnes, et Montrose avec le reste, 600 hommes au plus , s'approcha des frontières pour attendre l'arrivée de forces anglaises qui avaient été promises, mais non pas réunies, par Charles. Cependant David Lcslie avait été détaché, avec 4,000 cavaliers, de l'armée écossaise en Angleterre. II traversa la Tweed (6 sept ), marcha vers le nord , comme pour se placer entre l'ennemi et les Highlands; puis revint brusquement sur ses pas pour le surprendre à Philipshaugh. Montrose passa la nuit à Sclkirk à préparer des dépèches pour le roi : Lcslie, qui élait caché à peu de distance, franchissant l'K- " trick au point du jour (13 sept.) , à la faveur d'un épais brouillard, tomba tout a coup sur le
(I) aarendon, n, C63. Rushworlli, vi, (36-82 Journ., vi, 584. Mémoire» d'Evclyn, n, App., 108. Le soupçon sur la fidélité de Leflxje fut inspiré au roi par Digby. Charles ordonna qu'on le mit en lieu de sûreté, mais refusa de le croire coupable, jusqu'à ce qu'il lui en fût donné de meilleures preuves. Il iJ , m.
camp des royalistes sans défense. l-eur chef avec sa garde à cheval accourut pour les soutenir; mais après d'inutiles efforts, il fut forcé de les abandonner à leur destin. La plus grande partie se forma en un corps compacte, et tint l'ennemi en respect jusqu'à ce qu'une capitulation fût acceptée. Mais alors les ministres réclamèrent à grands cris le sang des vaincus, prononcèrent que la capitulation péchait contre Dieu, et par conséquent était nulle, et ils goûtèrent le plaisir de voir le corps entier des prisonniers massacré de sang-froid. Des seigneurs et des gentilshommes enfuis avec Montrose, plusieurs furent pris aussi, et bien peu échappèrent au supplice. Montrose lui-même s'ouvrit un passage jusqu'aux Highlands, où il avait naguère levé l'étendard royal , et avec de faibles troupes et une renommée ternie, continua de braver ses ennemis. A la fin, obéissant aux messages répétés du roi, il congédia ses compagnons, et se relira bien à regret sur le continent (1). Ainsi s'évanouirent, en un seul instant, les brillantes espérances qui avaient consolé le roi de ses premières pertes; mais l'activité de ses ennemis ne lui laissa pas le loisir de s'abandonner à sa douleur : ils avaient déjà formé leurs logements dans les faubourgs de Chcster, et menaçaient de lui enlever cette ville, le seul port par lequel il pût encore entretenir des communications avec l'Irlande. Il se hâta de marcher à son secours, poursuivi, à la distance d'un jour de marche seulement, par Pointz (23 sept.), officier parlementaire. L'intention du roi était de faire simultanément deux attaques, l'une de l'intérieur de la ville, l'autredu coté de la campagne, contre le camp des assiégeants. Dans cette vue, il laissa la plus grande partie de la cavalerie royale à Routenhcath, sous les ordres de sir Marmaduke Langdalc, et entra lui-même à Chcster, avec le reste, vers le soir. Mais Pointz méditait aussi une tenta^vc semblable, à l'aide des assiégeants, contre les forces aux ordres de Langdale ; et la position singulière des armées marqua le jour suivant des plus singulières vicissitudes de fortune (23 sept.). De grand matin, les royalistes repoussèrent les troupes
(I) Rusbw. , vi , 237. Guthry, 201. Journ. , vi , 581.
Wi»n.irr,203 Bnillie, m, 161.