CHAPITRE XIII
chose d'ignoré du lieutenant , cette ignorance fut affectée et volontaire. A Dublin, tous deux se réunirent pour les négociations avec les députés catholiques. De cette ville, Glamorgan se rendit à Kilkcnny, où le conseil suprême , satisfait de ses pouvoirs, et encouragé par les avis d'Ormond, conclut avec lui ('25 août) un traité, par lequel il était stipulé que les catholiques pourraient exercer publiquement leur religion; qu'ils conserveraient les églises elles revenus des églises qui n'étaient pas actuellement au pouvoir du clergé établi; qu'en retour, ils tiendraient à la disposition du roi , à jour fixé, un corps de 10,000 hommes armés, cl qu'ils affecteraient les deux tiers des revenus ecclésiastiques à son entrelien pendant la guerre (1).
A la surprise de tous ceux qui n'étaient pas dans le secret, le traité public fut conclu avec une facilité à laquelle on ne s'attendait pas. Le seul point en débat enire le lord lieutenant et les députés concernait leur demande d'être relevés , par un acte du parlement , de toutes pénalités relatives à l'exercice du service divin, et l'administration dessacrements, sous d'autres formes que celles de l'Église établie. Ormond prévit leur but ultérieur ; il prit de l'inquiétude, et insista sur la condition provisionnelle que cet article ne devait pas s'étendre aux of-
(1) Le docteur Leybnrn, qui fui envoyé par la reine rn Irlande en 1647, nous dit, d'après l'autorité du nonce et de l'évéque de Clocher, «que mi lord de Worcenler (Glamoruao) était prêt a justifier qu'il avait exactement suivi les instructions qu'il avait reçues , et particulièrement celles qui concernaient le lord lieutenant, auquel il avait donné connaissance de toutes ses transactions avec les Irlandais, ce dont il pouvait fournir la preuve. • liirch. enquête 322 ; et ceux 11 n'en douteront pas, qui se reporteront à la lettre d'Ormond au lord Mmkerry. du 1 1 aont, immédiatement après l'arrivée de Glamorçjan a Kilkenny, dans laquelle, en parlant de celui-ci, il assure a ce lord et à tout le conseil des confédérés qu'il ne connaît pas • un sujet en Angleterre sur lequel ils puissent compter avec plus de raison que sur sa seigneurie, vu le pouvoir et la faveur dont il jouit auprès de Sa Majesté ; et qu'il u'en est pas un avec lequel lui (Ormond) ne transigeât plus volontiers pour les intérêts de ce royaume » (Birch, 62) ; et une autre lettre écrite à Glamorcaii luimême, le 1 1 février, dans laquelle il dit : • Votre *eijueu rie peut poursuivre en toute snreté la route qu'elle sYsl tracée pour servir le roi, san< craindre d'être eut ravée par moi, ou même que je cherche a connaître les moyens qu'elle veut employer pour y parvenir. » Ibid., 163 Voyez aussi une autre leltre, du 6 av.-i - ' V
fiecs célébrés, et aux sacrements administrés dans les églises cathédrales ou paroissiales. A près des discussions réitérées, deux expédients se présentèrent : le premier, qu'à l'article eu litige, on en substituerai! un autre, garantissant que toutes les concessions relatives à la religion, que le roi pourrait faire par la suite, seraient considérées comme faisant partie du présent traité; le second, qu'il ne serait fait aucune mention de religion ; mais que le lieutenant signerait un engagement particulier, par lequel il s'obligerait à ne pas molester les catholiques en possession des églises où ils exerçaient alors leur culte , et qu'il laisserait la question à la décision d'un parlement libre. Les parties consentirent { 1 1 nov.) , et les députés retournèrent à Kilkenny, pour soumettre le résultat des conférences au jugement de rassemblée générale (1 ).
Mais alors le traité secret conclu avec Glamorgan , que l'on avait caché â tout le monde, excepté aux principaux membres du conseil , élait , par accident , venu à la connaissance du parlement (17 ocl.). Vers le milieu d'octobre, l'archevêque titulaire de Tuam avait été tué dans une escarmouche , entre deux partis d'Écossais et d'Irlandais, auprès de SIigo;ct l'on avait trouvé, dans la voiture du prélat, des duplicata de toute la négociation. Cette découverte avait été tenue secrète; mais à Noël, Ormond reçut d'un de ses amis une copie de ces importants papiers, avec l'avis que les originaux avaient été pendant plusieurs semaines au pouvoir du comité des deux nations à Londres. 11 était évident que , pour sauver la réputation du roi, il fallait prendre immédiatement une mesure décisive. Un conseil fut assemblé; Digby se plaignit de la présomption de Glamorgan, en négociant un traité sans l'autorisation de son souverain, ou sans la participation du lord lieutenant, et ce seigneur fut envoyé, sous bonne garde, au château, sous l'accusation de haute trahison. Le conseil fit passer à Charles un rapport de ces opérations, et Digby , qui se croyait le ministre confidentiel, et regardait le secret dont on avait usé envers lui comme un affront personnel, ex-
(1) Compare* Car e, i, 51^, avec BelliuG , Viodici*, il , 13.
HISTOIRE D'ANGLRTERUK
prima sa pensée avec une chaleur cl une liberté qui affectèrent péniblement les sentiments du roi (I).
L'infortuné monarque élail encore à Oxford, imaginant de nouveaux projets, et s abandonnant à de nouvelles espérances. Les dissensions parmi ses adversaires avaient pris un caractère de violence et une importance qu'elles n'avaient jamais eues jusqu'à ce moment. Les Écossais, irrilésdcl'opposition sysiématiquedes indépendants, et des délais affectés du parlement , et fondant la justice de leur réclamation sur la ligue solennelle et le covenant , confirmés par les serments des deux nations, insistèrent sur rétablissement légal du presbytérianisme, et la prohibition exclusive de toute autre forme d'adoration. Us dominaient toujours dans le synode des théologiens; ils furent secondés par le grand corps des ministres de la capitale, et par un nombreux parti de citoyens, et ils réclamèrent avec assurance le secours des membres de la majorité dans les deux chambres, comme leurs frères dans la même croyance religieuse. Mais leurs adversaires, hommes d'intelligence puissante et d'un courage indomptable, furent soutenus par les épées et les mérites d'une armée conquérante. Cromwell , du champ de bataille de Naseby, avait écrit pour exprimer son espoir, que des hommes qui avaient remporte une victoire si glorieuse auraient la permission de servir Dieu suivant les mouvements de leur conscience. Fairfax, dans ses dépêches, plaidait continuellement en faveur de la tolérance. Seldon et Whitclock avertissaient leurs collègues de prendre garde a ne pas établir parmi eux la tyrannie d'une Église presbytérienne, et quelques membres des deux chambres commencèrent à soutenir que le Christ n'avait établi aucune forme particulière de gouvernement d'Église, mais avait laissé cette autorité à l'État, sous les limites
(1) Ruftbworlb, vi , 239, 240. L'Ormond de Carie, m , 430-440. • Vous ne croyez pas, écrit llyde au secrétaire [Hictaolas, que milord Difjby connaisse la commission et la négociation de n.ilord Glamorfjan en Irlande. Je suis certain qu'il n'en sait rien , car il m'a fait voir les copies des lettres qu'il a écrites a ce nijet au roi, et qui n'auraient pas dn être écrites en pareils termes; et je ne pense pas qu'elles lui «oient pardonnées par ceuxlà mêmes pour le *f rvice desquels elle* ont été écrites. ■ Mémoirrsde n.ircml- n n 3-1*5.
convenables (1). Leurs altercations ne se bornèrent pas aux matières religieuses. La décadence de la cause royale avait élevé les espérances des chefs anglais; ils ne déguisèrent pas plus longtemps la jalousie que leur inspiraient les projets de leurs alliés écossais; ils les accusèrent de vouloir usurper la souveraineté de l'Angleterre, en mettant des garnisons a Belfast, Newcastle , et Carlisle, et se plaignirent de ce que leur armée n'était employée qu'à piller les habitants sans défense. Les Écossais répondirent avec fierté que l'occupation des forteresses était nécessaire à leur propre sûreté, et que si les soldats avaient parfois commis des désordres, il fallait en attribuer le blâme à la négligence ou à la parcimonie de ceux qui avaient négligé de- fournir les subsides auxquels ils étaient obligés par \c traité. Les commissaires anglais firent des représentations au parlement d'Écosse; ceux d'Écosse en firent au parlement d'Angleterre. Les accusations se portèrent et se repoussèrent réciproquement avec rudesse et méfiance , et ce qui se passait chaque jour semblait annoncer une prochaine rupture entre les deux nations. Jusque-là, leurs anciennes animosités étaient restées assoupies, à cause du sentiment d'une dépendance mutuelle; mais l'éloignement do danger commun leur donna une nouvelle énergie (3).
La situaliou hostile des partis ouvrait un nouveau champ d'intrigue pour un esprit comme celui de Charles, ardent à multiplier
! les expériences , cl disposé à ajouter foi à des choses improbables : il se persuada qu'en séduisant l'un des partis, il parviendrait à les détruire tous deux (3) ; il commença donc par les indépendants, et leur promit de grandes récompenses et une tolérance sans bornes; en
i même temps, il chargea Montreuil, l'ambas-
(!) Baillie, n , 111, 161. 169, t83. Rusbwortb , ti, 40, 85. WliitelocL , 09, 172. Journaux, vu ,431 , 476,
(2) Journaux , tu , 573, 619, 610 643 , 653 , 66H, C89, 097, 703, vin , 27 , 97. Baillie, u , ICI, 162, 166, 171, 185, 188.
(3) «Je ne désespère pas d'attirer dans mon parti les presbyléritus ou les indépendants, afin de les détruire les uns par les autres, cl, par ce moyen, de devenir de nouveau réellement roi.» L'Ormond de Carte, m. î>2.