CHAPITRE XIII
A celte époque, le roi continuait à perdre son temps en inutiles négociations avec le parlement, les Écossais, et les indépendants. 1° On l'avait persuadé qu'il existait plusieurs personnages, de très-grande influence, dans la ville et dans les deux chambres, qui désiraient avec ardeur un accommodement qui pftt guérir les plaies de l'Angleterre; que la terreur inspirée par le parti dominant leur imposait silence pour le moment; mais que s'il était à Londres, ils se rallieraient avec empressement autour de lui, et, par leur nombre et leur réunion, forceraient leurs adversaires à rabattre de leurs prétentions (1646, 29 janv.). Ce furent ces motifs qui rengagèrent à solliciter une conférence personnelle à Westminster. Il renouvela sa proposition, et, pour la faire accepter, il offrit d'accorder une tolérance entière à toutes les classes de protestants dissidents; de remettre le commandement de l'armée au parlement, pendant sept ans, et de lui céder le droit de nommer le lord amiral , les juges, et les officiers d'État. Le silence outrageant avec lequel on reçut ce message ne le détourna pas d'une troisième tentative. Il demanda que, s'il licenciait ses troupes, s'il renvoyait ses garnisons, et qu'il retournât à sa résidence habituelle, dans le voisinage du parlement (23 mars), ils s'engageassent f de leur côté, à sauver son honneur , sa personne, ses propriétés, et à permettre à ses partisans de vivre dans leurs domaines, sans les inquiéter. Celte proposition même n'amena point de réponse. Il était évident que ses ennemis n'osaient mettre leurs
terre les parlementaires ayant pendu 20 soldais irlandais, le prince Rupcrt, pour s'en renier, fit pendre 20 de ses prisonniers ( Clarendon , n , 023 ). Après la victoire de IVaseby, Fairfax renvoya cette tâche aux deux chambres. Il n'avait pas , écrivait-il , le temps de s'informer de ceux qui étaient irlandais , et de ceux qui ne l'étaient pas; mais il envoyait tous les prison nier* i Londres pour qu'on en disposât conformément a la loi (Joorn., vit , 433). On fit plusieurs motions dans la chambre des communes , pour faire exécuter l'ordonnance qui prescrivait de pendre les Irlandais (28 juillet ; mais il parait qu'on la laissa tomber. Cependant les Écossais ayant fait prisonniers environ 100 Irlandais dans la victoire qu'ils remportèrent à Philiphaugh, les fusillèrent sans miséricorde, et, peu de jours après, ils noyèrent leurs femmes et leurs enfants, au nombre de 40, en les jetant dans la rivière de l'Aron , par-dessus le pont. Gntbrie , 203. Monteith , 224. Baillie , « , journaux , vu,
partisans à l'épreuve de la présence du roi ; et, craignant qu'il ne se rendit en secret dans la ville ( 31 mars), ils déclarèrent , par une ordonnance , que , si le roi dépassait 1rs lignes de communication, l'officier de garde le conduirait a Saint- James, emprisonnerait sa suite, et interdirait tout accès près de sa personne; et, en même temps, qu'il avertirait, par une proclamation, tous les catholiques et autres personnes qui avaient porté les armes au service du roi, d'avoir à s'éloigner dans l'espace de six jours, sous peine d'être poursuivis comme espions, conformément à la loi martiale ( I ). 2° Dans les négociations encore pendantes entre Montreuil et les commissaires écossais, plusieurs points forent facilement accommodés ; mais les questions de religion présentèrent une difficulté insurmontable: les Écossais insistant pour qtieia forme presbytérienne du gouvernement de l'Église fût établie dans les trois royaumes, le roi consentant bien à ce qu'elle eût la suprématie eu Écosse, mais refusant de consentir à l'abolition de l'épiscopat en Angleterre et en Irlande. Pour donner une couleur à la médialion de Montrcuil , Louis l'avait nommé résident français en Écosse (16 février), et en cette qualité il demanda de pouvoir passer par Oxford, afin de pouvoir remet tre au roi des lettres de son souverain et de la reine régente. Des objections furent faites; des délais furent créés; mais au bout de quinze jours (7 mars), Montreuil obtint un passe-port du comité des deux royaumes, et em ploya son temps , à Oxford, à convaincre le roi de la nécessité de concessions, et à solliciter des commissaires écossais l'autorisation de lui assurer toute sûreté, quant à sa personne et à sa conscience, dans t'a r m ce écossaise. Le 1er avril, il reçut de Charles un engagement écrit de n'emmener avec lui aucune autre personne que ses * deux neveux et M. Ashburnham; de satisfaire les Écossais dans toutes leurs demandes sur des matières civiles; et, relativement à la religion, d'écouter les instructions de leurs ministres, et ensuite de faire toutes les concessions que sa conscience lui permettrait (2). En retour, I'cq-
(1) Œuvres de Charles, 559 , 557. Rushworth , n, 2W. Journaux, 31 mars 1646. L'Ormood de Carte,
(2) Il y avait deux copies de cette pièce, l'une, que l'on devait tenir secrète, et contenant une protestation
HISTOIRE D'AMGLKTKRRF..
voyé îui donna la parole du roi et du régent de France (1), que les Écossais le recevraient comme leur souverain légitime, ne feraient aucune violence à son honneur ni à sa conscience, protégeraient ses domestiques, ses partisans (2), et joindraient leurs forces et leurs efforts aux siens pour conclure « une paix heureuse et solidement fondée, y D'après cela, il fut j convenu que le roi essayerait, la nuit du mercredi suivant, de s'ouvrir un passage a travers les forces parlementaires distribuées autour d'Oxford ; en même temps un corps de 300 cavaliers écossais s'avancerait jusqu'à Harborough , pour le recevoir et le conduire en sûreté jusqu'à leur armée.
Deux joursaprès(3avril), Montreuil eut l'air de poursuivre sa route pour l'Ecosse , et gagna Southwell , dans les quartiers assignés aux Écossais. Afin qu'ils pussent sans inconvénient se dispenser de fournir une forte escorte pour aller au-devant du roi, il avait apporté avec lui un ordre de Sa Majesté à lord Belasysc, auquel était enjoint de remettre Newark entre leurs mains. Mais, à sa grande surprise et consternation, il trouva que les commissaires près de l'armée affectaient d'ignorer son autorité à Oxford , et refusaient d'assumer la responsabilité d'aller chercher et de recevoir le roi. Ils objectèrent que ce serait un acte d'hostilité envers la parlement , une atteinte à la ligue solennelle, au covenant entre les deux nations, et ils ne voulurent pas lui permettre d'informer Charles de leur refus, avant qu'ils eussent eu une conférence personnelle avec leurs commissaires à I/ondres. Dans celle conjoncture, Montreuil
que nul des compactions du roi ne serait ruiné ou déshonoré; l'autre, ostensible, ne contenant pas cette protestation.— < L'une desquelles m'a été donnée pour faire voir que la protestation n'était point faite. A Oxford, ce 1" avril 1610 • Clarendon . P.ip. , u , 220.
(1) On ptut demandrr quelle sécurité cela pouvait donner au roi. On répondra qu-, lorsque les Écossais proposèrent, au mot en de leur agent Murray, a Paris, un traité secret et une réconciliation avec Charles, il fut convenu «que la couronne d" France s'engageait a ce que les Ecossais exécuteraient tout ce qu'ils avaient promis, et a ce que le roi ratifierait tout ce qui serait entrepris par lui, ou par la reine, en son nom. «Clarendon, n,750.
(2) Cette claire ne fut insérée dans le traité que dans la vue de ménager la dignité du roi. Il s'engagea luimême , par écrit , a n'en point tir. r avantage. Mémoires de tlai cudon , u , 2JQ.
brûla l'ordre de la reddition de Newark, et le roi, alarmé d'un silence inexplicable, ne rit aucune tentative pour s'échapper d'Oxford. Quinze jours s'étaient passés en incertitude pénible ; à la fin les deux corps de commissaires se réunirent à Royston (11 avril), et le résultat d'un long débat fut une sorte de compromis entre les partis opposés, en vertu duquel le roi devait être reçu, mais de manière à détourner toute apparence de traité ou d'accord préalable; on devait le sommer de donner satisfaction sur la question de religion, aussi vile que possible, et nulle coopération des forces royales avec celles des Écossais ne serait permise. D'abord Montreuil, dans la vivacité de son dépit, fut d'avis que l'on ne devait ajouter aucune foi dans la parole d'un Écossais; puis il s'imagina entrevoir un rayon d'espoir dans la résolution prise à Royston, et conseilla au roi d'acccpterla proposition, si l'on ne trouvait pas un meilleur expédient (16, 18, 20 avr ). Cela présentait une perspective de sécurité , mais ne promettait rien de plus (1).
3" Durant cette négociation , l'infortuné monarque, averti pourtant qu'en traitant en même temps avec deux partis opposés, il courait risque de perdre la confiance de l'un et de l'autre, avait employé Ashburnham pour faire, par l'entremise de sir Henri Vane, des propositions aux indépendants. Ce que le roi demandait d'eux était de faciliter son accès au parlement. De grandes récompenses furent promises à Vane lui-même, au gentleman qui était logé avec lui -)ct à ses amis, et l'on donna l'assurance que si l'établissement du presbytérianisme devenait encore une condition indispensable de paix, le roi joindrait ses forces aux leurs, a pour déraciner du royaume ce gouvernement tyrannique » (3). D'après ce qui reste de la cor-
(1) Ces particularités paraissent dans la correspondance dans les mémoires de Clareodon 221-6. Montreuil quitta Oxford le tcudredi, par conséquent le 3.
(2) Ce gentleman pouvait être Fairfax ou Crorowd) ; mais d'apres une lettre de Baillie , u , 199, à 213 , je penserais que c'était un ministre indépendant.
(3) • Vous pouvez être ctrlain ( écrit-il h Vane ) que tout sera fait suivant mes promesses. Je vous conjure, par tout ce qu'il y a de bon , de me rendre ce service avec le plus de promptitude possible; autrement il serait trop lard. Je périrai avant de pouvoir en recueillir les fruits. • 2 mars. Mém. deClartndon, n , 227.