CHAPITRE XIII
respondance , il parait qu'à la première communication Vanc avait répondu en termes qui, sans être satisfaisants, n'excluaient pas pourtant tout espoir de concours de sa part, et Charles lui écrivit une seconde fois, reproduisant ses offres, décrivant sa détresse, et déclarant, qu'à moins de recevoir une réponse favorable sous quatre jours, il serait obligé d'avoir recours à quelque autre expédient (1). Toutefois, la négociation se prolongea quelques semaines; elle fut encore découverte par le parti opposé, qui la considéra comme un artifice de la part des indépendants pour retenir le roi dans Oxford, jusqu'à ce que Fairfax et Cromwell eussent ramené l'armée de Cornwall, pour amuser l'oiseau royal jusqu'à ce que les oiseleurs l'eussent enfermé dans leurs filets (2).
Oxford était devenu, pendant la guerre, une des plus fortes citadelles du royaume. De trois côtés , les eaux de l'isis et du Charwell , répandues dans les campagnes adjacentes, tenaient l'ennemi à une distance considérable; et, vers le nord, la ville était défendue par une suite d'ouvrages élevés par les ingénieurs les plus habiles. Avec une garnison de 6,000 hommes, et une abondante provision de vivres et de munitions, Charles pouvait prolonger sa situation pendant plusieurs mois; mais le résultat du siège devait toujours être sa captivité. Il n'avait pas d'armée; il n'avait aucune perspective de secours de l'extérieur, et , au dedans, la famine devait enfin le forcer à se rendre (25 avril). Il attendit jusqu'à ce qu'il eût épuisé toutes ses ressources. ludigné de ce qu'il appelait un manque de foi dans les Écossais, il repoussait l'idée de se mettre à leur merci, et la marche de Fairfax avec l avant-garde de son armée sur Andover l'avertissait qu'il était temps de quitter Oxford. D'abord, il s'informa,
(1) Voyez deux lettres , Tune du 2 mars , d'Asbburnbam, commençant : « Sire, vous ne pouvez supposer que l'œuvre est accomplie; » une autre, un» date, de Charles , commençant ainsi : < Monsieur , je n'ajouterai que ce mot à ce qui vous a été du dans ma dernière. » Elles ont été publiées pour la première fois d'après les papiers du secrétaire [Nicliolas, par Birch, 1764, dans la préface à une collection de . Lettres entre Col. Itamraoud, et le comité de Derby-IIouse , etc. » Et plus tard dans ks papiers de Uarrudon , n , 226, 227.
(2) Baiilic , u , 1 9<J , 200 , 203. Mém. de Clareodon , u ,
par le moyen de deux officiers , de l'opinion d'Ireton , qui avait ses quartiers à Walcrstock (22 avril): si, dans le cas où il licencierait ses troupes, et se rendrait auprès du général, le parlement lui laisserait le titre et l'autorité de roi. Ne recevant pas de réponse d'Ireton , il autorisa le comte de Southampion à déclarer au colonel (25 avril) Rainborowe que le roi était prêt à se remettre entre les mains de l'armée, en recevant un gage que sa sûreté personnelle serait respectée. Mais Rainborowe le renvoya au parlement, et le malheureux monarque, ayant épuisé tous les moyens que lui présentait son esprit, quitta Oxford à minuit (27 avril), accompagné d'Ashburnham et du docteur Hudson, ecclésiastique, qui connaissait bien le pays. Charles était déguisé en domestique et suivait son prétendu maître. Ils s'avancèrent par Henley et Brentfort , jusqu'à llarrow , sur une colline; mais le temps qu'ils employèrent à faire la route prouve que le roi était encore indécis sur ce qu'il voulait faire, ou bien qu'il attendait une communication de la part de ses partisans dans la capitale. Enfin il se dirigea vers Saint- Albans; mais, évitant cette ville, il se hâta, par des détours, d'arriver à Ilarborough (28 avril). Là, il fut encore trompé dans son attente: il ne put avoir de nouvelle d'aucun parti de cavalerie du camp écossais, ni d'aucun messager de l'ambassadeur de France. Hudson se rendit à Newark. l e roi et Ashburnham, traversant Slamford, trouvèrent un asile provisoire à Downham, dans le Norfolkshire (30 avril) et passèrent deux ou trois jours à s'enquérir inutilement d'un vaisseau qui ptU les transporter à Newcastle ou en Écosse , tandis que Hudson allait trouver l'agent français à Soulhwell, et rapportait une courte note de Montreuil, dont les paroles firent croire au messager que les Écossais avaient engagé leur parole, mais sans vouloir donner de titre écrit, de remplir pour leur part le compromis arrêté à Oxford (5 mai). Sur cette légère garantie, et il n'y avait pas de choix , Charles se rendit au logement de Montreuil dès le matin, et fut conduit vers midi, par une troupe de cavalerie, au quartier général , à Kelham. Leslie et ses officiers, tout en affectant la plus grande surprise, le traitèrent avec tout le respect dû à leur souverain; et Loudon, au nom des commissaires , le somma
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1ÏIST0IRK D'ANGLKTERRK.
d'accepter le covenant f d'ordonner à lord Belasyse de rendre Newark , et de dépêcher un courrier avec un ordre royal à Montrose de déposer les armes. Charles s'aperçut bientôt qu'il était prisonnier, et, lorsque, pour s'en assurer , il voulut donner le mot d'ordre à la garde, Leven, l'interrompant, lui dit : «Je suis le plus ancien soldat, sire; Votre Majesté fera beaucoup mieux de me laisser cet office» (I).
. Depuis dix jours , l'esprit public de la capitale était agité par les bruits les plus contradictoires. Dés que le lieu de la retraite du roi fut connu avec certitude, les presbytériens et les indépendants se réunirent pour condamner la perfidie de leurs alliés du nord. Des menaces d'hostilités se firent immédiatement entendre; Poyntz reçut l'ordre de surveiller, avec 6,000 hommes de cavalerie, les mouvements des Écossais; et l'on arrêta queFairfax le suivrait avec le reste de l'armée. Mais les chefs écossais, jaloux d'éviter une rupture , et ne voulant pas rendre la personne du roi, levèrent leur camp devant Newark, et se retirèrent précipitamment versNewcastle.La,àforcede protestations, ils parvinrent à calmer la fermentation des parlementaires anglais (2). Charles y contribua pour sa part, eu faisant connaltrede nouveau ses vœux pour un accommodement, et en priant les deux chambres de lui envoyer les propositions de paix ; et pour plus grande preuve de sa sincérité, il dépécha une circulaire à ses officiers, pour les engager à rendre les forteresses qui tenaient toujours pour sa cause. Ainsi la guerre se termina. Oxford, Worcester, Pendennis , et Ragland , ouvrirent leurs portes; et, à la gloire des vainqueurs, on doit remarquer qu'ils ne souillèrent pas de sang leur lauriers. Les derniers restes de l'armée royale obtinrent des
(1} Rusbwortb, yi, 206, 267, 276. Ctarendon, H Ut., m, 22. Mémoire*, u, 228.
(.') Charles, peu de temps après que Mimtreuii eut quitté Oxford , informa Ormood de l'intention où il était de rejoindre les Écossais, qui lui avaient promis de l'aider contre ses ennemis. Celtre lettre, qui fut publiée par Orinond , 6t revivre toutes les imputations antérieures contre 1rs Écossais. Pour se tirer de la, les commissaires écossais déclarèrent solennellement au parlemeul que l'assertion introduite dans cette lettre était « une fausseté dam sable. • Journaux , * m, 3)1 Le fait est que ces promesses avaient été faites et rétractées.
conditions honorables de la générosité de Fair« fax ; des accommodements faciles se firent avec la plus grande partie des royalistes, pour le rachat de leurs propriétés, et le grand nombre d'individus qui s'empressèrent de profiler du bénéfice de la tolérance prouva la poli* tique de cette mesure, et éteignit les espérances du petit nombre de personnes qui croyaient encore possible de rassembler une autre armée pour la défense du monarque captif (1).
Pendant que les deux chambres, assurées de la victoire, débattaient a loisir les propositions qui devaient être soumises à l'acceptation du roi, les Écossais employaient ce délai à s'efforcer de le convertir i la religion presbytérienne. A cet effet, Hendersoo , le plus célèbre de leurs ministres, se rendit de Londres à Newcastle. Le roi , suivant sa promesse, écouta les arguments de son nouvel instituteur, et une controverse intéressante, sur l'institution divine de l'épi scopat et du presbytérianisme, fut soutenue avec une habileté remarquable par les deux contendants. On peut douter que Charles ait composé, sans le secours d'un maître en théologie , les ouvrages qu'il produisit à cette occasion; mais l'auteur, quel qu'il fût, se montra égal, sinon supérieur à son vieux adversaire (2). Cependant, les chefs écossais
(I) Journaux, vin, 300, 320, 360, 374, 475. Saillie, h, 207-209. Rushw., vi , 280-297. Le dernier qui se soumit à abaisser l'étendard royal fut le marquis de Worcester. Il fut Forcé, a l'âge de quatre- vingts ans, de venir de RaQlaod-Caatle a Londres ; mais il mourut immédiatement après son arrivée. Gomme ses possessions étaient sous le séquestre , les lords Ordonnèrent d'avancer une somme pour faire les frais de ses funérailles. Journ., vin, 498, 616. Voyez la note X a la Bn du volume.
(2j Voici quel fut le point principal de la dispote: on avait allégué de part et d'autre des textes de l'Écriture, pour soutenir une opinion favorite, et chacun avait donné de ces textes des explications différente*. Il eût été certainement aussi déraisonnable que Charles soumit son opinion a Henderson , que Henderson soumit la sienne a Charles. (Test pourquoi le roi demanda quel serait le juge entre lui et son adversaire. Le théologien répondit que l'Écriture ne pouvait être expliquée que par l'Écriture, cequi , dans l'opinion du monarque, laissait la matière indécise. Il soutenait que l'antiquité devait être le juge. Le gouvernement ecclésiastique, établi par les apôtres, doit avoir été conforme au vrai sens de l'Écriture. Maintenant autant qu'il nous est possible de remonter dans l'histoire , nous trouvons l'épiscopat établi ; on peut donc en inférer avec justice que l'épiscopat était la forme éta-