‹ Histoire d' AngleterreChapitre 186 sur 307 · CHAPITRE Xlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xlll

vinrent au secours de leur champion par des ;

arguments politiques. Us certifièrent au roi que son retour à l'autorité royale, ou son exclusion perpétuelle du trône, dépendait de son choix présent; que s'il entrait dans la ligue, s'il concourait à rétablissement du directoire, la nation écossaise, jusqu'au dernier homme , et les Anglais, à l'exception des indépendants, se déclareraient en sa Faveur. Sa conformité en ce seul point les porterait à céder de la rigueur de leurs autres demandes à le replacer sur le trône de ses ancêtres, et à forcer la faction opposée à se soumettre. S'il refusait, il ne devait en attribuer les conséquences qu'à lui-même. Il avait reçu des avertissements suffisants: ils avaient accepté le covenant, et ils devaient remplir leur devoir envers Dieu et leur patrie.

On crut alors , et l'on a souvent répété depuis, que le refus du roi provint de l'opiniâtreté et de l'obstination de son caractère; et que ses appels répétés à sa conscience n'étaient que des prétextes pour déguiser son projet de replonger la naliou dans toutes les horreurs dont elle venait à peine de se dégager. Mais cette supposition est complètement réfutée par toute la teneur de sa correspondance secrète avec la reine et son conseil en France. Il parait avoir divisé sis objections en deux classes, l'une politique, l'autre religieuse. 1° On était, disait-il, dans un âge où le genre humain était gouverné par la chaire. Il était donc de la plus grande importance pour le souverain, de se fixer sur les individus aux soins desquels il fallait confier un instrument si redoutable. Les principes du presbytérianisme étaient antimonarchiques : ses ministres prêchaient ouvertement la légitimité de la rébellion, et si l'on en faisait les seuls dispensateurs de l'instruction publique, lui et ses successeurs seraient rois de nom, mais esclaves de fait. Le plus sage de ceux qui avaient porté le sceptre depuis Salomon avait donné sa sanction à cette maxime, a sans évêque, pas de roi;» et sa propre his-

•équencf. L'Église des juifs avait tourné à l'idolâtrie pendant le court séjour que Moïse fit sur la montagne; PË gli»e du Christ pouvait être auxsi lombée dans quelque erreur peu de temps après la mort des a poires. La controverse finit la, par la maladie « la mort du théologien. Voyez les OKuvres de Charles, 75,90.

toire fournissait une triste preuve de la sagacité de son père. 2° L'origine de l'épiscopat était une question théologique qu'il avait spécialement étudiée. 11 était convaincu que l'institution venait du Christ, et qu'en coateienceil ne pouvait la changer pour adopter une autre forme de gouvernement ecclésiastique, provenant d'un homme. En montant sur le trône , il avait trouvé l'épiscopat établi dans l'Église, il avait juré de le maintenir dans tous ses droits, et il se trouvait obligé à le laisser subsister jusqu'à sa mort. Une fois, à la vérité, pour corn plaire aux deux chambres, il avait trahi sa conscience, eu donnant son assentiment à la mort deStrafford : la punition de cette transgression pesait encore sur sa tète; mais si, pour leur plaire de nouveau, il la trahissait une seconde fois, il ne serait lui-même qu'un pécheur incorrigible, et par conséquent, il mériterait la malédiction de Dieu et des hommes (I).

Le roi avait atteint Ncwark en mai, et la fin de juillet était arrivée avant que les propositions de paix fussent soumises à son examen. En substance, c'étaient les mêmes que celles de l'année précédente; mais elles avaient été aggravées par de nouvelles restrictions, et par une liste de proscriptions plus complète. Le dixième jour (2 avril), terme définitif assigné aux commissaires, Charles répondit qu'il lui était impossible de donner un consentement , sans observations, à des propositions d'une si haute importance ; qu'il ne pouvait, sans éclaircissements, savoir ce qu'il devait conserver ou retrancher de l'ancienne constitution; qu'une conférence personnelle était nécessaire aux deux parties, pour lever tous les doutes, peser les raisonnements, et finir par s'entendre complètement ; et qu'à cet effet , son intention était de se rendre à Westminster, si les deux chambres et les commissaires écossais voulaient lui donner l'assurance qu'il y pourrait résider avec liberté, honneur, et sûreté (2).

Ct) Pour toutes ces particularités, voyez les Mémoires de Oantndon, h, 243, 248, 256, 290, 2rt3, 2H5, 274, 277, 295. Baitlie, ai, 208, 209, 214, 218, 219, 238, 241, 242, 243, 219.

(2) Journaux , toi , 234 , 447, 460. Le roi maintenant désirait s'échapper des mains des Écossais. Asbbunibaiu avait pour instruction de sonder Pterpoint, l'un des commissaires parlementaires; mais Pierpoint refusa de conférer avec lui. Ashburo., u, 78.

HISTOIRE DAiNGLKTERRE.

Ce message, que l'on crut évasîf, et qui v par conséquent, sembla pen satisfaisant, remplit les indépendants de joie, et les presbytériens de douleur. Les premiers ne déguisèrent plus leur désir de détrôner le roi, et de mettre à sa place son fils le duc d'York, que fa reddition d'Oxford avait livré entre leurs mains; ou, ce qui semblait préférable à un grand nombre, de substituer un gouvernement républicain au gouvernement monarchique. Les commissaires écossais cherchèrent à diminuer la fermentation (Il août), en attirant sur d'autres points l'attention des chambres. Ils exprimèrent leur empressement à concourir, non-seulement aux mesures que l'obstination du roi rendrait nécessaires, mais encore à ramener leur armée dans leur pays, aussitôt qu'ils auraient reçu la compensation de leurs services passés. Leur offre fut acceptée avec joie ; un comité s'assembla pour balancer les comptes entre les deux nations; plusieurs accusations furent portées et repoussées de part et d'autre, et enfin les Écossais consentirent à recevoir 400 000 liv. pour couvrir toutes leurs réclamations. La moitié de cette somme devait leur être payée avant qu'ils quittassent l'Angleterre, et le reste, après qu'ils seraient arrivés en Écossc(l).

A cette époque, un vote inattendu des deux chambres donna naissance à une controverse qui n'avait pas de précédents dans l'histoire. 11 fut arrêté (21 sept.) que le droit de disposer du roi appartenait au parlement d'Angleterre. Les Écossais se hâtèrent de faire des remon-

(1) Journaux, vm, 461-485. BaiUie, u, 222, 223, 225, 267. Ruahwortb, vi, 322-326. Pour se procurer cet argent, on fit un nouvel emprunt de cette manière: chaque souscripteur aux premier» emprunts faits mus la loi du parlement, u avant encore reçu ni principal m intérêt*, souscrivit pour la même somme au présent emprunt , et , eu retour, les deux sommes avec les intérêts devaient lui être assurées sur l'excise et la vente des domaines des évéques. Trois ordonnances furent publiées a cet effet. La première interdisait a toute personne de tenir la fonction, de prendre le nom, et d'exercer la juridiction d 'archevêque ou d'évéque dans le royaume, et investissait certains dépositaires, pour en faire usage, selon les besoins de la nation, de toutes les terres appartenant aux archevêques et aux évéques (Journ., 515). La seconde hypothéquait sur ces terres les dettes contractées envers les souscripteurs (Ibid., 520). La troisième nommait certaines personnes pour faire des contrats de ventes et recevoir l'argent. Journaux des communes, 16 novembre.

traners. Disposer du roi était une expression ambiguë ; ils pensaient que sa signification était de déterminer le lieu où il résiderait, jusqu'à ce que l'harmonie fût rétablie entre lui et son peuple. Mais on devait se rappeler qu'il était roi d'Écossc, comme roi d'Angleterre, que les deux nations avaient un intérêt égal à ce qui concernait la personne royale ; que toutes deux avaient participé à la guerre, que toutes deux avaient donc le droit d'être consultées sur le résultat, les Anglais prétendirent, au contraire, que les Écossais n'étaient pas partie, mais auxiliaires seulement, et qoe leur devoir était d'obéir aux ordres de ceux qui les nourrissaient et qui les payaient ; que l'Écosse était certainement un royaume indépendant; mais que ses droits ne s'étendaient pas plus loin que ses frontières; qu'en conséquence, elle n'avait aucune autorité à exercer dans les limites de l'Angleterre. Cette altercation menaça de dissoudre l'union qui existait entre les deux royaumes. 11 y eut des conférences réitérées (1er oct.). Les Écossais publièrent leurs discours : les communes ordonnèrent que ces libelles fussent saisis, et les imprimeurs empriprisonnés; et chaque parti refusa obstinément d'admettre les prétentions de son adversaire (7 oct ), et d'en venir à un compromis. Mais ce qui marqua plus fortement l'intention du parlement (13 oct ), ce fut la détermination qu'il prit de lever de l'argent, pour le payement de l'armée, pendant les six mois suivants ; preuve bien intelligible de la résolution qu'il avait prise de soutenir ses prétentions par la force des armes, si ta présomption de ses alliés cherchait à leur porter quelque atteinte (1).

Cette querelle extraordinaire, la difficulté de faire immédiatement un emprunt, et les arrangements préparatoires du départ des Écossais, occupèrent l'attention des deux chambres pendant le reste de l'année. Charles eut un loisir suffisant pour réfléchir au sort qui le menaçait (30 sept.). Sa constance sembla fléchir : il consulta les évéques de Londres et de Salisbury, et proposa successivement plusieurs expédients peu satisfaisants, dont l'objet était de combiner la tolérance de l'épis-

(1) Journ., 498, 531 Communes, 7, 13, 14, 16 octobre. Rushw., vi, 329, 373. Baillie, u, 248

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