CHAPITRE Xlil
copat avec rétablissement temporaire ou partiel du presbytérianisme. Les lords votèrent pour qu'on lui pernitt de résider à Ncwmarket (12 déc.) ; mais les communes y refusèrent leur consentement (24 déc); enfin , les deux chambres fixèrent sa résidence à Holmby , dans le voisinage de Northampton. On ne tint aucun compte de la sécurité qu'il avait demandée pour son honneur et sa liberté; mais on promit qu'on aurait égard à la sûreté de sa personne (6 janv. 1647), dans la défense de la vraie religion et des libertés des deux royaume?, conformément à la ligue solennelle et au covenant. Cette détermination fut communiquée aux commissaires écossais , à Newcasile, lesquels répondirent qu'ils attendaient les ordres de leur parlement (1) (12 janv.).
En Ecosse, la situation du roi avait été le sujet de débats violents et très-animés (16 déc). Dans le parlement, ses amis étaient actifs et persévérants, et leurs efforts amenèrent la résolution que les commissaires à Londres useraient de toute leur influence pour appuyer sa demande d'une conférence personnelle. Encouragés par ce succès partiel, ils proposèrent une mesure qui exprimât leur détermination de maintenir dans toutes les circonstances ses droits au trône d'Angleterre. Mais à cette époque arrivèrent les décisions des deux chambres, qui ordonnaient de le conduire à Holmby; l'élan de la loyauté écossaise fut aussitôt arrêté, et la crainte d'une rupture entre les nations engagea les états à observer un jeûne solennel, afin de gagner les bénédictions du ciel , et à consulter les commissaires de l'Église, afin de pouvoir ensuite procéder dans la paix de leur conscience. La réponse fut telle qu'on devait l'attendre de la bigoterie du siècle : qu'il était illégitime de faciliter le rétablissement d on prince qui avait été exclu du gouvernement de son royaume pour avoir refusé de consentir à des propositions relatives à la religion et au covenant. On prit une nouvelle détermination, tendante* ce qu'il restât à demeure à Holmby, ou dans quelque autre de ses maisons, près de Londres, jusqu'à ce qu'il eût consenti aux
(I) Ménoires de Ctarendon, h, 205, 268, 276. Joaro., 6», 6*5 , 648, 681. Journaux ** conmwnw , 21 dé-
propositions de paix; et tout ce que ses amis purent obtenir, fut un amendement qui exprimait plutôt leurs craintes que leurs espérances, par lequel on stipulait qu'il ne serait fait aucun outrage ou violence à sa personne ; qu'on n'opposerait aucun obstacle à la légitime succession de ses enfants, et qu'on ne ferait aucun changement au gouvernement existant des deux royaumes (25 janv. 1647). Cette addition fut adoptée avec empressement par la chambre anglaise des lords; mais les communes ne daignèrent pas l'honorer de leur attention. Le premier payement de 100,000 liv. avait déjà été effectué à Northallcrton. Les Écossais , suivant les conditions, avaient évacué Newcastle (2 janv.), et les commissaires du parlement s'emparèrent de la personne du roi , sans autre cérémonie (30 janv.). Quatre jours après , les Écossais reçurent la seconde somme de 100,000 liv. (3 févr.) ; leur armée repassa les frontières des deux royaumes, et le monarque captif , sous une forte garde (16 févr.), mais traité avec toutes les démonstrations de 'respect possible, fut conduit à sa nouvelle prison de Holmby (1).
Les royalistes, depuis la visite du roi à Ncwark, avaient vu avec anxiété et terreur la politique et les froids calculs des Écossais. Le résultat convertit leurs soupçons en certitude ; ils n'hésitèrent pas à les accuser de fausseté et de perfidie, et à leur reprocher d'avoir attiré le roi dans leur armée par des promesses trompeuses, afin, comme Judas, de l'échanger contre de l'argent avec ses ennemis. Des insinuations aussi outrageantes pour le caractère de la nation ne peuvent être admises avec légèreté. On doit, à la vérité, convenir que le fanatisme et l'intérêt particulier avaient armé les cœurs des membres du covenant contre les impulsions généreuses de la loyauté et de la compassion; mais on ne peut légitimement rieu inférer de plus de toutes les preuves fournies par l'histoire. 1° Les dépêches de Montreuil démontrent évidemment que l'engagement verbal des commissaires de Londres fut désavoué parles commissaires suivant l'armée.
(I) Jooro., vui, 686, 6S9, 695, 69». 713. Commune* 25, 26, 27 Janvier. Baillie, u, 253. Rwnw., u, 390 308 Wbiielock,232.
devant Newark ; que le roi était officiellement informé que cet engagement ne serait jamais mis a exécution, et que si, par la suite, il chercha un asile parmi les écossais, il n'y fut pas déterminé par leurs promesses, mais entraîné par la nécessité et le dé>espoir. 2° Si la remise de la personne royale, à l'époque même où il leur fut compté 200,000 liv. , a toute l'apparence d'un marché, on doit se souvenir que les comptes entre les deux nations avaient été reconnus au commencement de septembre; que, durant plus de quatre mois ensuite, les Ecossais ne cessèrent de négocier en faveur de Charles, et qu'ils n'abandonnèrent le soin de sa personne que lorsque les résolutions du parlement anglais les forcèrent à choisir entre la soumission et la guerre. Il se peut qu'en prenant leur décision, ils n'aient pas oublié leurs intérêts personnels; mais il existait une considération qui n'était pas sans importance, même pour les amis du monarque. Il était évident qu'en laissant le roi résider à Holmby, le seul prétexte de tenir sur pied l'armée aux ordres de Fairfax se trouvait détruit ; la dissolution de cette armée rendait nulle l'influence des indépendants, ennemis déclarés de l'Écosse, de l'Église, et du roi, et donnait un ascendant incontestable aux presbytériens, leurs partisans dévoués; et la conséquence nécessaire devait être que les deux parlements auraient la liberté de combiner, en conformité avec le covenjnt, l'établissement de la religion et la restauration du trône (1).
Charles n'avait pas perdu l'espoir de recevoir des secours d'Irlande. A IScwcastle, il se consolait des longues heures de sa captivité, en rêvant aux efforts paissants que feraient pour sa délivrance Ormond et Glamorgan , et le conseil de Kilkenny. Il envoya deux messages au premier , l'un ouvertement par La-
(1) Voyez le» déclaration* d'Àrgyle , dan* LainR, m, 660 , et du commissaire écossais au parlement anglais. Journaux , ix , 594-508. . StapleJon , Hollis , et plusieurs autre» dis oo/.e membres, furent ceux qui nous persuadèrent ie plus de quiurr l'Angleterre, et de leur laisser le roi, sur l'assurance qu'il y serait plus convenablement ; 1 que ce serait le seul moyen d'obliger l'armée ennemie à se débander, et d'arranger a notre gré les affaires du roi et celles de la paix ; mats , en visant toujours a l'exécution de ceue idée, ils se sont perdus , eux et tout , jusqu'à ce que Dieu y pourvoie. . Baillie, h, 257.
nark, le secrétaire écossais, et l'antre clandestinement par lord Digby, qui se rendit de France à Dublin. Le premier donnait à Ormond l'ordre positif de rompre le traité avec les catholiques; le second lui commandait de tenir à ses premières instructions, et de n'obéir à aucune instruction qui ne lui serait pas transmise par la reine ou par le prince (20 juillet). Sa lettre à Glamorgan prouve l'état de détresse auquel il se trouvait réduit, et sa confiance dans les efforts de ce seigneur. «Si , lui écrivait-il , vous pouvez lever une somme d'argent considérable, en donnant pour gage mes royaumes à cet effet , je désire que vous le fassiez ; cl si je recouvre mes États, je la rembourserai complètement. Dites au nonce que, si je puis me trouver dans vos bras et dans les siens, ce que vous devez beaucoup désirer, autant pour vous-même que pour le bien de l'Angleterre et de l'Irlande, puisque le reste, comme je le vois, me dédaigne, je le ferai. Et si je ne vous parle pas ainsi du fond du cœur, ou si, à une époque quelconque, je ne vous tiens pas parole, que Dieu ne me rende jamais mes Étals en ce monde, et ne me donne jamais le bonheur éternel dans l'autre, où j'espère que celte tribulation finira par me conduire, après avoir rempli mes obligations envers mes amis, à aucun desquels je n'ai autant d'obligation qu'à vous, dont les mérites sont au-dessus de toutes les expressions que je pourrais employer.
a Votre constant ami,
«Charles R. » (1).
Mais la religion était l écueil contre lequel toutes les espérances du roi étaient destinées à se briser. La persévérance du conseil suprême à kilkenny l'emporta, en apparence, sur les intrigues du nonce et l'opposition du clergé. La paix fut signée de part et d'antre : on la
(1 ) Bireh , Recherche* , 245. Je puis rapporter ici que G'aroorftan, quand il était marquis de Worcesier, publia un livre qu'il appela «une Centurie de noms et modèles» que Hume appelle un «composé ridicule de mensonges, de chimères, et d'impossibilités, qui suffisent pour prouver ce qu'on pouvait attendre d'un pareil boni me. • Si le lecteur parcourt la nouvelle édition de ce traité par M. Parti ngtoo , il conclura probablement que l'historien ne l'avait jamais vu. ou qu'il était incapable de le comprendre.
CHAPITK& XIII.
publia avec plus d'appareil que de coutume dans les villes de Dublin et de Kilkeony ; un synode national, tenu i Waterfbrd à la même époque (6 août), la condamna comme contraire au serment d'association, et conséquemment excommunia ses auteurs, fauteurs, et complices, comme coupables de parjure. La querelle entre les avocats de la paix et les opposants fut bientôt terminée. Les gens de l'Ulster sous Owen ONeil , fiers de leur récente victoire (ils avaient presque détruit l'armée écossaise dans la bataille sanglante de Benburb), épousèrent la cause du clergé : Prcston , qui commandait les troupes de Leicester , se déclara, après quelque hésitation, en sa faveur. On emprisonna les membres de l'ancien conseil qui avaient signé le traité, et Ton créa un nouveau conseil composé de huit laïques et de quatre ecclésiastiques présides par le nonce. Les deux armées marchèrent sous leurs ordres pour assiéger Dublin : cette ville fut sauvée par la prudence d'Ormond, qui avait dévasté le pays voisin, et entretenu la division et la jalousie entre O'Neil et Preston, l'un d'origine irlandaise, et l'autre d'origine anglaise. Ormond toutefois désespéra de préserver la capitale de leurs attaques répétées, et parut incertain sur la question de savoir s'il la livrerait à eux ou au parlement. Le premier parti ressemblait à de la perfidie pour sa religion , et l'autre, à de la trahison envers son souverain. Il préfera le dernier. Il se détermina à rejeter la première proposition (14 oct.), comme attentatoire k son honneur ; une seconde négociation eut lieu, et il consentit à rendre au parlement l'épée, emblème de sa charge , le château de Dublin, et toutes les forteresses occupées par ses troupes (1647, 22 févr.), sous la condition qu'on payerait une certaine somme d'argent, qu'on lui garantirait la sûreté de sa personne, et qu'on lui rendrait ses terres, que l'on avait séquestrées. Cet arrangement fut accepté; Ormond se rendit en Angleterre, et l'espérance que le roi avait placée dans les secours de l'Irlande fut encore une fois détruite (1).
( I ) Journaux , vin , 519 , 522 ; ix, 29 , 32 , 35. Le lecteur trouvera un détail exact drs négociations nombreuses et complique» relattrw a l'Irlande, daoi Birdi. Recherche*, elc, pag. 212 201.
Avaut de terminer ce chapitre, il est à propos de faire remarquer les progrès de la réformation de la religion. Du directoire pour le culte public de l'adoration , le synode et les chambres passèrent au gouvernement de l'Église. Le royaume fut divisé en provinces, les provinces en classes, et les classes en presbytères ou doyennés; et l'on établit par des décrets successifs une gradation régulière d'autorité parmi ces nouvelles judicatures, qui, si nous devons en croire les canons, s'élevaient au nombre de 10,000. Mais aucun des grands partis religieux ne fut satisfait. 1° Les indépendants combattaient fortement l'intolérancedu système presbytérien (I); et tout en voulant qu'il fût protégé et soutenu par l'État , ils réclamaient le droit de former , selon le vœu de leur conscience, des congrégations séparées pour euxmêmes. Leurs plaintes forent favorablement écoutées par les deux chambres, dont les membres (au rapport d'un théologien écossais qui assistait à l'assemblée de Westminster) pouvaient se partager en quatre classes : les presbytériens, qui, par l'influence et le nombre, surpassaient chacun des trois autres; les indépendants, qui, bien qu'en petit nombre, se i distinguaient néanmoins par des talents supérieurs et l'adresse de leurs chefs; les gens de loi, qui voyaient avec jalousie toute tentative pour ériger un pouvoir ecclésiastique indépendant de la législature; enfin , les hommes dont les habitudes irréligieuses redoutaient la discipline sévère de l'Église presbytérienne. Les deux dernières classes servaient souvent à rétablir la balance entre les deux autres, et, en se joignant aux indépendants, à suspendre le zèle et à neutraliser le vote des presbytériens (1641 13 sept.). Gromwell, par leur secours, comme l'organe des religionnaires mécontents, obtint la nomination a d'un grand comité d'accooi-
(I ) Sous le nom gëuérat d'indépendants, je comprend» toutes les sectes différentes énumérées par Êdotiard dans son Gaugrona : indépendants, brownimes, millénaires , aniioom eus . anabaptistes , arminiens, libertins , familiers, enthousiastes, chercheurs, perfectionistes ■ sociniens, ariens, anli-trilioaires, anli-scripturistes , et sceptiques. Puritains de Neal, ch. itii. J'observe que quelques-uns d'entre eux affirmaient que la tolérance éuit due, même aux catholiques. Baillie le reuuique souvent avec des sentiments d'horreur, h, 17, 18, 43,61.
modcment, » qui se réunit pendant quatre mois et ne conclut rien. Son objet apparent était de réconcilier les deux partis, en engageant les presbytériens à rabattre de leurs hautes prétentions, et les indépendants à se relâcher de l'opiniâtreté de leur secte : les uns et les autres furent inflexibles. Les premiers ne voulurent admettre aucune innovation dans les pouvoirs que le Christ, d'après leur croyance, avait conférés au presbytérianisme; les autres, plutôt que d'y acquiescer, déclarèrent qu'ils étaient prêts à subir les pénalités de la loi , ou à chercher d'autres climats où ils pussent jouir de la liberté religieuse et delà liberté civile (1). 2* Le mécontentement des presbytériens venait d'une source bien différente : ils se plaignaient de ce que le parlement avait sacrilégement usurpé la juridiction dont le Christ avait exclusivement revêtu son Église. L'assemblée prétendait que « les clefs du royaume des cicux étaient confiées aux chefs de l'Église, en vertu de quoi ils avaient respectivement pouvoir de retenir et de remettre les péchés, de fermer le royaume des cieux aux impénitents par la censure, et de l'ouvrir aux pénitents par l'absolution. » Ces prétentions des théologiens étaient défendues avec zèle par leurs frères dans le parlement, et combattues avec vigueur par tous ceux qui n'étaient pas de leur communion. Les théologiens réclamaient pour les consistoires le droit de pénétrer dans la vie privée des individus, et d'éloigner de la communion ceux qui en étaient indignes (1646, 5 mars). U parlement refusa d'accorder la première de ces demandes, et borna la seconde au cas de scandale public : les docteurs s'arrogèrent le droit de décider quels seraient les délits regardés comme scandaleux, et de nommer dans chaque province les commissaires civils, auxquels les consistoires devaient référer de tous les cas non prévus : ils défendirent d'appeler des tribunaux ecclésiastiques aux magistrats civils; le parlement permit à tous ceux qui se croyaient opprimés d'en appeler à l'une des deux chambres (2). Cette mutilation profane
(1) Baillie, 1,406 , 420 , 431 ; h , Il , 33 , 37, 42 , 57, 63,66,71.
(2) Journaux, vu, 469. Commune», 25 sepiembre, 10 ociobir, 5 mars.
du droit divin des consistoires excita l'alarme et l'exécration de tous les croyants orthodoxes. Lorsque le règlement relatif à l'exécution du nouveau plan fut discuté par les communes, les ministres se déterminèrent généralement à ne pas agir d'après sa teneur. A la vérité, on imposa silence aux citoyens de Londres qui s'y opposèrent par pétition, en déclarant qu'ils avaient violé les privilèges de la chambre; mais les commissaires écossais vinrent à leur secours, en demandant que la religion fût régularisée à la satisfaction de l'Église; et l'assemblée des théologiens se hasarda à remontrer qu'elle ne pouvait en conscience se soumettre à une forme de gouvernement ecclésiastique aussi imparfaite et aussi contraire à l'Écriture (22 avril). On fit aux Écossais une réponse polie, mais insignifiante ; quant à l'assemblée, il fut résolu que ta remontrance était une violation de privilèges, et qu'on proposerait aux théologiens neuf questions sur la nature et l'objet du droit divin, auquel ils prétendaient. Selden et Whitclock avaient préparé avec habileté ces questions, ostensiblement pour paraître s'instruire, mais en réalité pour semer la dissension et gagner du temps (I).
Quand on annonça à l'assemblée les votes des communes, les membres présents s'attendirent à subir les pénalités sévères qu'on imposait ordinairement â ceux qui violaient les privilèges de la chambre. Ils résolurent d'observer un jour de jeûne et d'humiliation, pour invoquer la protection de Dieu en faveur de son Église persécutée : ils requirent la réunion immédiate de leurs collègues absents, et prirent alors en considérât ion, bien qu'avec regret, les questions que les communes leur avaient envoyées. Peu de jours après, cependant, le le roi se réfugia à l'armée écossaise (26 mai), et un nouveau rayon d'espoir ranima leurs esprits abattus. On présenta de nouvelles pétitions : les réponses des deux chambres devinrent plus conciliantes, et l'on remercia les pétitionnaires de leur zèle, en les assurant, dans
(I) Journ., Tin, 232. Communes, 23 mars, 22 avril. Baillie, h, 194. • Le pape et le roi, t'ecrie-t-il , ne furent jamait aussi empressés à se mettre a ta léte de I "Épine, que la majorité de ce partemeut. • 196, 198, 199, 201,