CHAPITRE XIV
Projets oppoftls des presbytériens et des indépendants. — Le roi cm amené de Holmby à l'année. — Les indépendants chassés du parlement. — Rétablis par l'armée.— Origine des niveleurs. — Le roi s'échappe de Hamptnn- Court , et se met en sûreté dans l'Ile de Wight. — Mutinerie dans l'armée. — Opinion publique en faveur du roi. — Les Écossais s'arment pour sa défente. — Les royalistes recommencent la guerre. — IjC* presb) térieus reprennent le dessus. — Défaite des Écossais. — Extinction des royalistes. — Traité de Newport. — Le roi est ramené a l'armée. — \a chambre des communes est puriôée. - Procès du roi. - Jugement. — Exécutiuu. — Réflexiou*.
Le roi, pendant sa captivité à Holmby, partageait son temps entre ses éludes et ses arau-
(1) (Tétaient les deux seules places où le gouvernement presbytérien eut été établi d'après la loi.
(2) Baillie dit : « Il était ici le chef de notre parti, et c'était lui qui tenait liés ensemble tous ceux qui vont se brouiller maintenant après sa mort. La chambre des lords dépendait absolument de lut , la cité y tenait beaucoup, ainsi que plusieurs des comtés. » n, 231.
(3) Baillie.u, 207, 215,226.231, 236, 250. Journ. , vin, 332 , 509; ix, 18, 72, 82. Communes, 26 mai , 27 uor., 7 déc, 15 et J0 mars.
sements. Il passait une grande partie de la journée dans son cabinet , le reste à jouer à la boule ou â monter h cheval dans le voisinage; il était surveillé strictement, et Ton ne pouvait obtenir aucun accès près de lui, sans un ordre du parlement. Les gardes repoussaient les personnes qui venaient se faire toucher pour des maladies scrofuleuses, les domestiques qui le servaient étaient nommés par les commissaires, et quand il refusa les secours spirituels de deux ministres presbytériens qu'on lui avait envoyés de Londres ( 17 févr.), sa demande pour qu'on lui accordât l'un de ses douze chapelains fut également rejetée (6 mars). Trois mois s'écoulèrent ainsi , sans aucune communication officielle des deux chambres. Sa patience s'épuisa, et il leur adressa une let(f e ( 1 2 mai ) qui , en la supposant sortie de sa plume, est un spécimen favorable de ses talents. Il y observait que le défaut de conseillers pouvait, dans l'opinion de tout homme raisonnable, le dispenser de faire mention des propositions importantes qu'on lui avait présentées à Ncwcastle; mais que le désir de rétablir la bonne harmonie entre lui et ses deux chambres de parlement l'avait engagé à en faire l'objet de son étude journalière , et que, s'il ne pouvait donner une réponse satisfaisante sur chaque objet, il ne fallait pas l'attribuer au défaut de volonlé, mais aux scrupules de sa conscience. Il était prêt a céder beaucoup de choses de grand cœur, et, sur d'autres points , disposé à recevoir des observations, et cela en personne, si tel était le plaisir des lords et des communes. Beaucoup de personnes, dans sa situation, pourraient se persuader que des promesses extorquées d'un prisonnier ne les engagent pas. Si telle avait été son opinion, il n'eût pas hésité un moment à accorder tout ce qu'on lui avait demandé. Sa répugnance même prouvait indubitablement qu'avec lui, du moins, les paroles d'un roi étaient sacrées.
Après ce préambule, il signifie son consentement à la plupart des propositions, et répond aux trois principaux points en discussion : 1° qu'il est prêt à confirmer, pour l'espace de trois ans, le gouvernement presbytérien, à condition qu'on accordera , a lui et ù sa maison , la liberté de culte, qu'on adjoindra à l'assemblée de Westminster vingt théologiens à sa
nomination , et qu'à l'expiration de cette période, rétablissement définitif de la religion se fera régulièrement par lui et 1rs deux chambres; 2° qu'il consent à ce que le commandement de l'armée et de la marine soit confié à des personnes nommées par elles, â condition qti après dix ans, ce droit reviendra à la couronne; et 3° que, si ces points sont accordés, il s'engage à donner toute satisfaction relativement à la guerre en Irlande (20 mai). Les lords reçurent favorablement la réponse du roi, et arrêtèrent, à une majorité de 13 sur 9, que le roi serait envoyé de Holmby à Oatlands; mais les communes négligèrent de s'occuper de crt objet , parce que leur attention était absorbée par une question d'un intérêt immédiat, et par conséquent, danricur opinion, plus importante (f).
Le lecteur sait que tes presbytériens voyaient depuis longtemps avec une jalousie particulière, l'armée aux ordres de Fairfax : elle offrait en même temps un refuge assuré à leurs adversaires en reh'gion, et un boulevard solide à leurs adversaires politiques. Sous sa protection , ils étaient à l'abri de l'intolérance, ils priaient et prêchaient comme ils le voulaient. Le fanatisme de l'un servait à contenir le fanatisme de l'autre, et quoiqu'ils différassent en grâce spirituelle et en notions théologiques, tous se trouvaient liés par la professiou commune de dévotion , et la crainte de la persécution. Fairfax, regardé comme presbytérien, n'avait rien de ce caractère austère et peu conciliant qui marquait les chefs du parti. Son activité et son audace le faisaient distinguer à la guerre; mais dès qu'il avait rempli ses devoirs militaires, il retombait dans ses habitudes de repos et d'indolence, et, avec le naturel et la crédulité d'un enfant, il se laissait guider par les avis ou les désirs de ceux qui l'entouraient , par sa femme, ses compagnons, et surtout par Cromwell. Cet aventurier était parvenu à obtenir la confiance du commandant en chef et du soldat. Sombre, artificieux, la tête pleine de projets, il gouvernait Fairfax par ses insinuations, quoiqu'il prétendit secouder seulement les desseins de ce général. Près des soldats, il semblait l'avocat de la
(1) Journ., 19, 69, 123, 199 Communes, 20 février, 2, 9 mars, 21 mai.
liberté et de la tolérance, se joignait â eux dans leurs conventicules, adoptait avec eux le jargon du fanatisme, et affectait de partager les injustices qu'ils éprouvaient comme religionnaires , et leurs privations comme soldats; avec les officiers ses camarades, il déplorait l'ingratitude et la jalousie du parlement, cour où l'expérience démontrait que personne, pas même le patriote le plus méritant n'était en sûreté : aujourd'hui l'on s'y trouvait en haute faveur; demain, à l'instigation de quelque obscur légiste , ou d'un bigot à esprit rétréci, on était arrêté et renfermé dans la Tour. Il est difficile de croire que Cromwell aspirât, dès ce moment, à l'élévation qu'il atteignit ensuite; mais il était évident , pour l'observateur le plus indifférent, que son ambition était éveillée, et qu'il faisait tous ses efforts pour mettre l'armée en lutte avec le parlement (1).
Le principal objet des chefs presbytériens était alors de licencier cette armée ; mais ils déguisaient leurs véritables motifs sous le prétexte d'un avantage national. Les royalistes étaient dans la poussière, les Écossais étaient partis , et il était temps de soulager la contrée du fardeau d'une multitude d'hommes armés, sans aucun but ostensible. L'on parvint , malgré une forte opposition , à obtenir les résor lut ions suivantes : de prendre dans l'armée trois régiments de cavalerie et huit régiments d'infanterie pour le service de l'Irlande ; de ne garder en Angleterre que l'infanterie nécessaire pour le service des garnisons, avec 6,000 hommes de cavalerie, pour apaiser plus promptement les tumultes et les émeutes y et de ne conserver aucun officier au-dessus du rang de colonel, à l'exception de Fairfax, le commandant en chef. Il fut en outre décidé qu'on n'accorderait aucune commission à aucun membre de la chambre basse, ou à aucun individu qui refuserait d'adopter la ligue solennelle ou le covenant,ou à ceux dont la conscience ne leur permettrait pas de se conformer au système
(1) Dés le 11 août 1618, tluntincdon , major dans son réftimeut, remarque, dans son récit de la conduite de Cromwell , qu'il dit dans sa chambre à Kingston, «que Sta piéton et Hollis araieiii été tout-puissants auparavant dans le royaume, mais qu'il De voyait pas pourquoi il ne serait pas aussi capable de le Gouverner qu'aucun d'eux. • Journaux, i, 411.